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L'ennemi Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, X

Publié le 11/04/2024

Extrait du document

« L’ennemi L'Ennemi est un des poèmes les plus connus des Fleurs du mal de Charles Baudelaire publié en 1857.

Il se situe dans la section Spleen et Idéal.

Le temps est l'une des plus obsédantes composantes du spleen Baudelairien (« l'horloge », « le goût du néant »).

Omniprésent, étouffant, il se révèle douloureusement à chaque étape de la vie en y imposant un bilan désespérant. 1 Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage, Traversé çà et là par de brillants soleils ; Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage, Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils. 5 Voilà que j'ai touché l'automne des idées, Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux Pour rassembler à neuf les terres inondées, Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux. 1 0 Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve Trouveront dans ce sol lavé comme une grève Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ? – Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie, Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur Du sang que nous perdons croît et se fortifie ! Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, X 1.

Analysez succinctement l'évolution du thème poétique au fil des deux quatrains. Vous serez sensible à la métaphore filée et vous analyserez sa symbolique.

(20 pts) Dégagez de manière concise le thème central du poème.

(5 pts) 2.

Par quel procédés poétiques (figures de style, rythme, sonorités, métrique…) le temps est-il représenté.

Qu’est-ce qui le caractérise ? Analysez sa symbolique. Quel est le rôle de l’écriture (20pts) 3.

Montrez en quoi ce poème est caractéristique pour l'auteur et son œuvre. ( 15pts) 1 L’ENNEMI 1. Analysez succinctement l'évolution Baudelaire du thème poétique au fil des deux quatrains.

Vous serez sensible à la métaphore filée et vous analyserez sa symbolique. (Question n°1) 1er Quatrain : La jeunesse est comparée à un été bouleversé par les vicissitudes du temps. Il se compose de deux parties complémentaires délimitées par la ponctuation (v.

1-2/v.

3-4).

A l’évocation de la jeunesse fait suite un bilan décourageant. La caractérisation de la jeunesse passée : la jeunesse est présentée comme ponctuée par une alternance d’ombre et de lumière (çà et là, (v.2) ténébreux (v.1), brillant (v.2)).

Cette alternance est métaphoriquement celle de l’espoir et du désespoir, des élans vers l’idéal et du poids du spleen.

Le bilan décourageant est souligné par le passé composé on fait v.3 et par la proposition de conséquence : Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils (v.4).

C’est le résultat d’une jeunesse orageuse.

La métaphore se poursuit dans l’image du jardin (la vie) dévasté et presque entièrement dépouillé de ses productions comme en automne.

L’idée d’alternance soleil/pluie est soulignée par la ponctuation forte (; et .). 2ième Quatrain : Le bilan négatif de la maturité est comparée à l’automne : annonce de la mort. Il s’ouvre sur une constatation résignée qui apparaît comme la conséquence (Voilà que, v.5) sur le plan de la pensée de la première strophe.

C’est un résultat donné en deux étapes successives (voilà que...

et que, v.5-6). Il fait apparaître une suite chronologique (l’automne après l’été).

L’image du jardin est prolongée et aggravée (dévastation et nécessité de réparation). L’utilisation de termes concrets (pelle, râteaux) et l’accumulation des images font de cette strophe une illustration visuelle des désastres du temps. 2 Ces désastres préfigurent la mort, comme le suggère la comparaison du vers 8 (comme des tombeaux): la vie et l’inspiration sont ravagées par le temps. 1er et 2e tercet : Le passage du premier au second quatrain évoque le passage de l’été («orage », « soleils », « tonnerre », v.

1 à 3) à l’automne (« l’automne des idées », v.

5). ♦ Le premier tercet représente l’espoir de renouveau généralement lié au printemps (« les fleurs nouvelles », v.

9). ♦ La strophe finale associe l’hiver à la mort («mange la vie », « ronge le coeur », « sang », v.

12 à 14). L’angoisse du poète face à l’écoulement du temps s’exprime à travers le champ lexical de l’enterrement et de la mort : « pelle », « terres », « creuse », « trous » et surtout « tombeaux » (vers 6 à 8). D’autre part, cet écoulement du temps est matérialisé par les nombreuses monosyllabes dans le poème: ♦ « Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils » (v.

4) ♦ « Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux » (v.

8) ♦ « Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve » (v.

9), etc. Le poète entre espoir et désespoir Dans « L’ennemi« , le poète oscille entre espoir et désespoir. Les deux premiers vers introduisent cette dualité : « Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage, Traversé çà et là par de brillants soleils » . L’alternance entre lumière et obscurité se manifeste à travers l’antithèse « ténébreux orage » (v.

1) et « brillants soleils » (v.

2). Cette alternance se retrouve dans la composition même des rimes.

L’on observe en effet des rimes croisées (ABAB) qui sont favorisées par la forme du sonnet. Le poète hésite ainsi dès son plus jeune âge entre l’ombre et la lumière, entre l’espoir et le désespoir. 3 Cette oscillation est renforcée par les sonorités, qui alternent entre douceur et agressivité. L’assonance en « ie » et les allitérations en « l » et en « s » (« jeunesse » au vers 1, « brillants soleils », « pluie » et « vermeils » aux vers 2, 3 et 4, etc.), s’opposent à une allitération en « r » et une en « t » qui marquent la dureté et l’agressivité : « orage » (v.

1), « tonnerre » et « ravage » (v.

3), « terres »(v.

7), « creuse » et « trous » (v.

8), « trouveront » (v.

10), « ronge » (v.13), etc. L’espoir apparaît brièvement au premier tercet sous les modes du conditionnel : « le mystique aliment qui ferait leur vigueur» (v.

11), et du futur mis en valeur en tête de vers (« Trouveront dans ce sol », v.

10). Mais, à la strophe suivante, avec le retour au présent, c’est l’obscurité, et donc le désespoir, qui l’emporte : « Et l’obscur ennemi qui nous ronge le cœur » (v. 13). Symbolique de la métaphore filée… Le déterminant « le » présente un ennemi connu du poète (et de nous ?). Quel est-il exactement ? Il est rappelé en fin de poème, v.

13, magnifié par la majuscule « Ennemi ». Le poème repose sur une métaphore filée .

Elle est développée à travers une succession d'images associant la vie du poète à un jardin dévasté par le cours des saisons.

Généralement, Le jardin est symbole du paradis terrestre, du cosmos dont il est le centre, du paradis céleste dont il est la figure.

Il peut donc ici figurer ce lieu de l’idéal auquel aspire Baudelaire et signifier la faillite de son entreprise « d’initiation »… « D’élévation » ; entreprise compromise pas la fuite du temps et l’approche de la mort.

Le jardin est aussi le symbole de la culture opposée à la nature sauvage, du réfléchi au spontané, de l'ordre au désordre et de la conscience à l'inconscient.

Dans ce cas précis, il peut souligner alors la tourmente s’emparant de l’esprit du poète.

A l’exemple du poème : Quand le ciel bas et lourd…, […] l'Espoir,// Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, // Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Enfin le jardin est le symbole de la fertilité.

Ici, « la fertilité poétique » ou plus précisément l’inspiration ne semble plus n’être qu’un désert stérile. Les deux premières strophes proposent dans un déroulement chronologique les épisodes d'une vie associée au temps et à ses variations. 4 Le poète se souvient de sa jeunesse.

L'orage traduit la violence des passions selon un schéma très romantique.

Poésie lyrique: le constat initial est une plainte.

L'épithète « ténébreux » (v.1) dramatise cette mise en scène d'une époque révolue (passé composé du vers 5).

Les contrastes : évocation hyperbolique de l'ombre et de la lumière, vers 1/2, mettent l'accent sur les forces cosmiques et le déchaînement de la nature dont l'intensif (« tel » v.3) marque le degré de destruction.

Cette idée de jardin ravagé est reprise et développée dans la phrase du deuxième quatrain.

La comparaison hyperbolique du vers 8 assimile le jardin à un cimetière : mouvement vers le bas et la fermeture, à l'opposé de l'amplification céleste du vers 2.

Les termes prosaïques (pelle et râteau v.6 ) amène l'idée d'une nécessaire reconstruction , évoquée dans le premier tercet : renouvellement (nouvelles) d'un sol stérile car usé par l'érosion du temps (image en filigrane du flux et du reflux de la mer). Thème du poème Le temps est l’une des plus obsédantes composantes du spleen Baudelairien (l’horloge, le.... »

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