Les Hiboux de Charles Baudelaire
Publié le 06/01/2026
Extrait du document
«
Charles Baudelaire: Les hiboux
1.
Auteur et contexte littéraire
Charles Pierre Baudelaire est né le 9.
avril 1821 au sein d‘une France en
pleine restauration Bourbonienne.
Perçu par beaucoup comme le père de
la poésie moderne avec ses créations remettant en question les normes
du romantisme et ouvrant les voies vers le symbolisme et plus tard vers
le mouvement parnassien, il s’est crée un nom considerable parmis les
poètes français avec la sortie du receuil les Fleurs du Mal.
Ce dernier
comprend la quasi-totalité de sa production en vers (celle en prose étant
sortie dans un recueil posthume; Le spleen de Paris).
Baudelaire a grandi pendant l’ère de la poésie romantique en France.
En
effet, après la Révolution se voit apparaître une première vague
romantique, contre-révolutionnaire et chrétienne.
S’inclinant vers la
subjectivité, traitant principalement du ressenti de l’individu, cette
tendance donne la place à l’expression de la sensibilité et la passion en
opposition à la rationalité et aux structures imposées par le classicisme.
Le romantisme en poésie française est très varié et divisé en plusieures
étapes.
Il est resté prominant jusqu’aux annés 1850 voir la deuxième
moitié du 19e siècle designé par le terme romantisme tardif ou le postromantisme.
La vie de Baudelaire a été marquée par des conflits dans le milieu familial,
notamment avec le nouveau conjoint de sa mère, arrivé après le décès de
son père.
Son beau-père, le chef de bataillon Jacques Aupick, s’opposa
apparemment à son désir de devenir poète, s’interposant également entre
sa mère et lui, une mère à laquelle il tenait particulièrement.
Une autre
femme semble avoir eu un impact important sur la vie et l’œuvre de
Baudelaire.
Cette femme, dont nous savons peu, est connue sous le nom
de Jeanne Duval.
La nature de leur relation est complexe : elle fut l’une
des nombreuses maîtresses de Baudelaire, mais leur lien semble avoir été
plus profond que cela.
Dans le recueil Les Fleurs du Mal (précisement
1
dans la première partie de l’œuvre), Duval est évoquée en tant que "La
Vénus noire".
Baudelaire mena une vie de bohème à Paris, puis se lança dans un mode
de vie luxueux grâce à l’héritage paternel qu’il toucha à sa majorité.
Il se
fit remarquer pour ces traductions de textes de l’écrivain américain Edgar
Allan Poe qu’il admirait fortement, puis également en tant que critique
d’art.
Cependant, comme beaucoup d’artistes de son temps, il finit ses
jours dans la misère matérielle et dans un état physique déplorable,
affaibli par le syphilis dont il souffrait.
Charle Baudelaire se retrouve
inhumé dans la tombe aux côtés de son beau-père haï, le général Aupick,
au cimitière de Montparnasse.
Jeanne Duval, qu’il fréquenta tout au long
de sa vie, mourut dans les années 1870, peu après le décès de Charles
Baudelaire en 1867, probablement rongée par la même maladie.
La naissance des Fleurs du Mal à été une affaire s’étalant sur près de 30
ans, allant de la création des premiers poémes autour de l’an 1840
jusqu’à l’edition finale du recueil sortie en 1869 1.
En l’espace de onze ans,
pas moins de quatre editions du recueil sont apparues, chaqu’une
différemment volumineuse.
En 1857, l’édition première contient 100
poèmes, ce chiffre représantant un idéal ultime.
Néanmoins il s’en suit un
procés acompagné d’une censure pour « outrage à la morale publique »
et « offense à la morale religieuse » qui a résulté en l’omission de 6
poémes, qui ne seront restitués pour completer l’œuvre qu’après la mort
du poète.
Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire sont la plupart du
temps liées au Parnass notamment pour l’exigence de la bauté et la
recherche de la poésie «parfaite».
Le mouvement parnassian apparaît en
réaction aux tendances romantiques; il se distancie de la subjectivité
lyrique et sentimentale, se tournant plutôt vers l’impersonalité et la
splendeure sans chercher une utilité morale ou politique.
Le slogan « L’art
pour l’art » de Théophile Gautier, dédicataire des Fleurs du Mal, devient
symbolique de ce courrant littéraire.
Le concept de la beauté, pas
seulement dans le contexte de la forme de la poésie, est grandement
1 L’edition posthume complétée par Madame Aupick, la mère du poète
2
présent dans le parcour créatif de Baudelaire.
Le titre même des Fleurs du
Mal présente un contrast entre l’idée plaisante et belle des fleurs, qui
peuvent avoir des connotation d’une certaine puretée.
Combiné avec le
mot mal stylisé avec la majuscule en référence directe au péché originel.
Le choix du titre pourrait également être renvoyé à une transformation du
mal en quelque chose de beau, à la recherche de la beauté là ou elle n’est
pas naturellement apercevable.
Le sonnet intitulé Les hiboux, publié dans le recueil Les Fleurs du Mal de
Charles Baudelaire en 1857 ne fait pas partie des plus connus ni des plus
controversés.
Il se trouve dans la première des six sections, intitulée
Spleen et Idéal, composée de 85 poèmes.
Ces derniers traitent, de près
ou de loin, d’une profonde tristesse découlant du monde réel, que
Baudelaire désignera par le terme spleen.
Les motifs également présents
dans cette section sont ceux d’une certaine sérénité ou d’un idéal
difficilement atteignable.
Dans cette section se trouvent en effet trois des
six pièces condamnées (jugées immorales) après la première publication
du recueil : Les Bijoux, Le Léthé et À celle qui est trop gaie.
2.
Forme et structure
Les hiboux
Charles Baudelaire
Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur oeil rouge.
Ils méditent !
A
B
B
A
m
f
f
m
Sans remuer, ils se tiendront
Jusqu’à l’heure mélancolique
Où poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s’établiront.
A
B
B
A
m
f
f
m
Leur attitude au sage enseigne,
Qu’il faut en ce monde qu’il craigne:
Le tumulte et le mouvement.
C
C
D
f
f
m
L’homme ivre d’une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D’avoir voulu changer de place.
E
D
E
f
m
f
3
Il s’agit dans ce cas d’un sonnet, donc un poème à 14 vers, composé de
deux quatrains suivis de deux tercets.
Les quatrains sont des examples de
rimes embrassés (ABBA) d’une disposition classique.
Quand au tercets,
on peut remarquer un sizain classique divisé en deux parties.
Les deux
premiers rimes étants identiques tandis que les quatres restants sont des
rimes croisés (DEDE), comformément à la structure d’un sonnet dit
français.
Les vers sont isométriques; il s’agit d’un octosyllabe.
Les rimes
sont organisés selon un principe souvant observé dans les forme
«traditionelles» de la poésie française, comme le sonnet, oú des rimes
masculines(m) sont en alternance avec des rimes feminines(f).
Ceci rend
le poéme visuellement harmonieux.
Étant donné que les vers sont
composés de huit syllabes et ne sont de ce fait pas si longs, on ne trouve
pas dans ce cas une division en deux hémistiches.
Néanmoins je tiens
amener l’attention sur deux anomalies, la première se trouvant dans le
dernier vers du premier quatrain.
Dardant leur oeil rouge.
Ils méditent !
Ici, le vers est partagé en deux partie directement par un point, le
divisant ainsi entre 5 syllabes et trois syllabes.
Cette desision du poète
donne un rhytme à l’ensamble du quatrain, tout en le dramatisant par
l’ajout du point d’exclamation.
Le vers suivant qui ouvre le deuxième
quatrain est lui aussi divisé en deux parties.
Sans remuer, ils se tiendront
Dans ce cas, une pause est imposé par la virgule, qui divise l’octosyllabe
en deux hémistiches de quatre syllabes.
Cette pose rhytmique dans le
récit amène l’attention au contenu, précisement accentue la première
partie du vers : « Sans remuer ».
Je considère cela important dans le
contexte du contenu du sonnet, oú l’immobilité du sujet est un des motifs
principales.
Le resultat serait différent si, par example, cette virgule serait
placée à la fin du vers, come cela:
Sans remuer ils se tiendront,
« Sans remuer » n’est pas mis en relief mais également le rhytme est
beaucoup plus rapide, ce qui rend l’ensamble uncomfortable.
Je note
4
également qu’au vue du vers précedent, qui est achevé par le mot
méditer (Ils méditent !), le ton paisible et méditatif du poème ne serait
pas mis en valeur.
Le premier vers du deuxième quatrain mentioné si-dessous amène cette
analyse au prochain phénomène que je souhaite d’aborder; celui de
l’enjambement.
On peut le remarquer entre les vers 5 et 6 :
Sans remuer, ils se tiendront
Jusqu’à l’heure mélancolique
la phrase commence au vers 5 et continue sans pause au vers 6, ceci est
un enjambement classique.
Également entre les vers 10 et 11 :
Qu’il faut en ce monde qu’il craigne:
Le tumulte et le mouvement.
Dans ce cas, la phrase ne trouve son sense complet qu’à la lecture du
vers suivant.
Le complément d’object direct est repoussé au vers suivant,
ce qui renforce l’effet d’énumération.
Il est traditionnel de commencer
chaque vers par une majuscule, ce qui dans ce cas peut atténuer
l’impacte de l’enjambement en créant une forme de rupture....
»
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