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On relit le XVIIIe siècle, écrit Taine; sous les moqueries légères, on trouve des idées profondes; sous l'ironie perpétuelle, on trouve la générosité habituelle; sous les ruines visibles, on trouve les bâtisses inaperçues. Apprécier cette opinion, en prenant des exemples chez Montesquieu, chez Diderot et surtout chez Voltaire.

Publié le 14/02/2012

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montesquieu

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montesquieu

« tons-le, quelques specimens de haute ironie, comme de plaidoyer en faveur des negres esclaves. Diderot n'est pas comme Montesquieu, un specialiste de la moquerie.

Fon- tenelle ou Beaumarchais eussent pris avantageusement sa place ici.

C'est un sentimental plus qu'un cerebral et la moquerie vient 'Hut& de l'esprit que du cceur, II ecrit avec fougue et emportement et ne se donne point, a l'ordi- naire, le temps d'aiguiser des traits et des fleches, de distiller le poison dans lequel it les trempera ensuite.

De temps a autre pourtant, un mot ironique jaillit de ses levres, et it se brouille avec ses amis; l'ironie apparait aussi dans le Neveu de Rameau,.

Mais la note ordinaire de Diderot c'est la verve, l'enthousiasme, la declamation et, si l'on veut, par endroits, la poesie. Il en va tout autrement de Voltaire, roi des moqueurs.

Il a fait de la moquerie une arme redoutable; it s'en sert a tout propos et hors de propos. Il a, par elle, rapetisse les plus grands sujets, avili les plus nobles pensees, rabaisse les sentiments les plus excellents.

Il connaissait ses compatriotes et savait combien Hs sont sensibles au ridicule.

Il a jete le ridicule sur tout ce qui lui deplaisait ou le genait, choses et gens : chez nous le ridicule tue, et les haines d'Arouet etaient mortelles.

Il se moque de ce ne comprend pas, ce qui est, a son avis, la fa on la plus elegante de vier.

Ses romans et ses contes, ses pamphlets et ses libelles, ses petits vers et ses satires sont a base de raillerie; mais, ce qui est plus grave, ses ouvrages reputes serieux, ou qui eussent dil l'etre, comme le Dictionnaire philosophique ou l'Essai sur les Mceurs sont remplis de faceties railleuses et deplacees.

Buffon a trouve des coquilles de mollusques sur de hautes montagnes; Voltaire craint d'y voir une confirmation du deluge universel raconte par la Genese.

Ce sont des pelerins qui ont seme la-haut ces coquilles.

Il coupe la tete a des limaces; elle repousse...

et le voila parti a plaisanter sur saint Denis portant sa tete en ses mains.

II plonge des eciats de roche dans du vinaigre bouillant; elles deviennent friables comme sable; it en deduit qu'Annibal s'est fraye un pas- sage a travers les Alpes en y versant du vinaigre.

Il parle du Paradis terrestre a frere Pediculoso - le nom est déjà une moquerie - et lui donne ces renseignements topographiques « Il vous sera tres aise de le trouver, car it est a la source de l'Euphrate, du Tigre, de l'Araxe et du Nil...

Vous n'aurez qu'a demander le chemin aux Capucins de Jerusalem, vous ne pourrez vous egarer...

» L'Encyclopedie - qu'il meprisait in petto -- est-elle attaquee? voici comment it la defend : « Les semences de l'atheisme sont jetties an premier volume dans les articles Beurre, Brouette, Chapeau; elles se develop- pent dans toute leur horreur aux articles Falbala, Jesuite et Culotte.

2.

11 faudrait titer la moitie de Pceuvre pour avoir une idee de ce prodige de moquerie.

Mais, comme Frederic, on se lasse assez vite.

Sa raillerie per- petuelle est une difformite morale qui irrite.

Reconnaissons pourtant que cet esprit eblouissant l'emporte sur la declamation de Diderot, et n'offre pas cette tension qui fatigue chez Montesquieu.

II jaillit, naturellement, en des phrases courtes, sautillantes, nerveuses, tranchantes, penetrantes, emaillees de noms cocasses - frere Rigolet, pere l'Escarbotier, Ramponeau le mar- chand de vins - et de petits details pittoresques.

Mais Voltaire manque de cordialite, it est 4 mechant 3.; son ironic ne procede pas d'une vue profonde comme parfois chez Montesquieu; it se repete aussi, a satiete et, sans cesse, se contredit; it commence presque toujours par &former et parodier ce qu'il critique.

Enfin it professe pour les hommes, sauf une elite infime, un mepris qui nous froisse : 4 Ce monde est un compose de fripons, de fana- tiques et d'imbeciles parmi lesquels it y a un petit troupeau separe qu'on appelle la bonne compagnie.

» « La terre est couverte de gens qui ne meritent pas qu'on leur paHe.

3.

Et it ecrit a Mme du Deffand : « Je me couche tou- jours dans l'esperance de me moquer du genre humain en me reveillant... Nous voila renseignes et edifies!... Il est beaucoup plus difflcile de determiner la part de ruiner accumulees par chacun de nos trois auteurs que de definir leur moquerie.

Nous pouvons, croyons-nous, les mettre « dans le meme sac »°, car, avec des moyens dif- ferents, Hs ont concouru aux memes fins : la destruction de ce que l'on nomme 1' 4 Ancien Regime ».

D'autres qu'eux y ont travaille, a commencer par Bayle et Fontenelle et en continuant par les collaborateurs de l'Ency- clopedie.

Rousseau a lui seul, si nous en croyons certains historiens, aurait fait plus que tons les autres ensemble.

Et si l'on en juge par la place gull tient dans les discours, les &Ms et les actes revolutionnaires, par ('influence tons-le, quelques spécimens de haute ironie, ·comme de plaidoyer en faveur des nègres esclaves.

Diderot n'est pas comme Montesquieu, un spécialiste de la moquerie.

Fon­ tenelle ou Beaumarchais eussent pris avantageusement sa place ici.

C'est un sentimental plU;S qu'un cérébral et la moquerie vient plutôt de _I'esP,rit qu~ du cœur, Il écrit avec fougue et emportement et ne se donne pomt, a l'ordi­ naire, le temps d'aiguiser des traits et des flèches, de distiller le poison dans lequel il les trempera ensuite.

De temps à autre pourtant, un mot ironique jaillit de ses lèvres, et il se brouille avec ses amis; l'ironie a~parait aussi dans le Neveu de Rameau ..

Mais la note ordinaire de Diderot c est la verve, l'enthousiasme, la déclamation et, si l'on veut, par endroits, la poésie.

Il en va tout autrement de Voltaire, roi des moqueurs.

Il a fait de la ·moquerie une arme redoutable; il s'en sert à tout propos et hors de propos.

II a,.

par.

elle, rapetissé les plus grands sujets, avili les plus nobles pensées, :rabaissé les sentiments les plus excellents.

Il connaissait ses compatriotes et savait .combien ils sont sensibles au ridicule.

Il a jeté le ridicUle sur tout.

ce qui lui déplaisait ou le gênait, choses et gens : chez nous le ridicule tue, et les llaines d'Arouet étaient mortelles.

Il se moque de ce qu'il ne comprend pas, ce qui est, à son avis, la façon la plus élégante de mer.

Ses romans et ses contes, ses pam_{lhlets et ses libelles, ses petits vers et ses satires sont à base de raillerie; ma1s, ce qui est plus ~rave, ses ouvrages réputés sérieux, ou qui eussent dû l'être, comme le Dictzonnai.re philosophique ou l'Essai sur les Mœurs sont remplis de facéties railleuses et déplacées.

Buffon a trouvé des coquilles de mollusques sur de hautes montagnes; Voltaire craint d'y voir une confirmation du déluge universel raconté par la Genèse.

Ce sont des pèlerins qui ont semé là-haut ces coquilles.

Il coupe la tête à des limaces; elle repousse ...

et le voilà parti à plaisanter sur saint Denis portant sa tête en ses mains.

Il plonge des éclats de roche dans du vinaigre bouillant; elles deviennent friables comme sable; il en déduit qu'Annibal s'est frayé un pas­ sage à travers les Alpes en y versant du vinaigre.

Il parle du Paradis terrestre à frère Pédiculoso -'- le nom est déjà une moquerie - et lui donne ces renseignements .topographiques : « Il vous sera très aisé de le trouver, car il est à la source de l'Euphrate, du Tigre, de l'Araxe et du Nil ...

Vous n'aurez. »

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