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Rousseau écrit dans une lettre du 4 novembre 1764 : « On ne peut être heureux sur la terre qu'à proportion qu'on s'éloigne des choses et qu'on se rapproche de soi. » Vous expliquerez et vous apprécierez, en prenant quelques appuis précis sur ses oeuvres, cette solution apportée par J.-J. Rousseau au problème du bonheur.

Publié le 11/09/2014

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Mais s'éloigner des choses, ce n'est pas aller d'un point à un autre, c'est se modifier soi-même. Car les racines de nos attache­ments sont en nous : l'avarice, la sensualité, la curiosité, et surtout cet auxiliaire secret des servitudes sociales, l'amour-propre. C'est sur ce point que Rousseau eut le plus à lutter.

Au lendemain du Devin de village il pouvait devenir l'idole des salons et de la cour : les Confessions racontent par quel sursaut il trancha ce lien de la « gloriole« et se déroba, «à tout risque «, à l'entrevue que lui réservait le roi. Mais son public le « tenait « par un lien plus profond que la gloriole : il avait de grandes vérités à dire aux hommes, il voulait en être écouté, et écouté avec confiance ; aussi lui fallait-il être fidèle jusque dans 

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« 128 ROUSSEAU vie tout luxe superflu : «plus d'épée, plus de montre, plus de bas blancs, de dorure, de coiffure ».

On songe aux épicuriens antiques, qui cherchaient le plaisir dans la frugalité; aux stoïciens, voire à ces ascètes chrétiens, pour qui le détachement à l'égard des choses du monde est la condition nécessaire, sinon suffisante, de la paix intérieure.

Le « généreux » de Descartes, lui aussi, connaît la joie parce qu'il dénie toute importance à ce qui ne touche pas sa responsabilité morale.

C'est dans cette tradition qu'il faut comprendre le mot «choses» : «Je quittai le monde et ses pompes», écrit Rousseau dans sa Ille Promenade; et il précise : « choses extérieures », « fortune » « honneurs », « parures », « places ».

Mais s'éloigner des choses, ce n'est pas aller d'un point à un autre, c'est se modifier soi-même.

Car les racines de nos attache­ ments sont en nous : l'avarice, la sensualité, la curiosité, et surtout cet auxiliaire secret des servitudes sociales, l'amour­ propre.

C'est sur ce point que Rousseau eut le plus à lutter.

Au lendemain du Devin de village il pouvait devenir l'idole des salons et de la cour : les Confessions racontent par quel sursaut il trancha ce lien de la « gloriole» et se déroba, «à tout risque », à l'entrevue que lui réservait le roi.

Mais son public le « tenait » par un lien plus profond que la gloriole : il avait de grandes vérités à dire aux hommes, il voulait en être écouté, et écouté avec confiance; aussi lui fallait-il être fidèle jusque dans les «petites choses» au personnage incorruptible qu'il avait choisi d'être : ce biais le ramenait aux petites servitudes du « paraître ».

Puis ce furent celles de la persécution, quand il sentit que les Encyclopédistes cherchaient, en le déshonorant, à discréditer ses idées : il se tint plusieurs années à l'affût des menus indices qui lui auraient permis, pensait-il, de démasquer le complot universel.

Son attention reste ainsi tendue vers les «choses» jusqu'au jour où, à bout de résistance, il se découvre détaché de tout, indifférent à ce qu'on pourra dire de lui, prêt à vivre enfin pour lui seul.

L'« amour-propre» l'a quitté, libérant en lui «l'amour de soi».

Son bonheur retrouvé s'épanche dans les pages lumineuses des Rêveries.

S'approcher de soi Détaché, rendu à soi, Rousseau est heureux.

De quoi est fait ce bonheur? D'abord de l'indépendance, que Rousseau ressent comme une joie avant même de savoir quel usage il en fera : la IIIe lettre à Malesherbes évoque le« battement de cœur »,le «pétillement de joie» qui le saisissent lorsqu'il peut se dire : «me voilà maître. »

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