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Aimer son travail, est-ce toujours travailler ?

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travail
Pour comprendre ce que dit Marx, il faut se souvenir que les débuts du capitalisme ont été sauvages ; qu'un théoricien comme Smith écrivait calmement : « Dans les progrès que fait la division du travail, l'occupation de la majeure partie de ceux qui vivent de ce travail, cad de la masse du peuple, se borne à un très petit nombre d'opérations simples [...] Or l'intelligence des hommes se borne nécessairement par leurs occupation ordinaires. Un homme qui passe toute sa vie à faire un petit nombre d'opérations simples [...] n'a pas lieu de développer son intelligence, ni d'exercer son imagination [...] et devient généralement aussi stupide et ignorant qu'il soit possible à une création humaine de la devenir. » (« La richesse des nations », 1776) Les formes modernes de travail consistent (si l'on s'en réfère à Taylor et à Ford) à décomposer les opérations nécessaires à la fabrication d'un objet & à attribuer chacune d'elles à un ouvrier. Cette forme de division du travail, si elle favorise la production dans des proportions exponentielles, fait que d'une part la conception de l'objet et son exécution sont deux tâches séparées, attribuées à des hommes bien distincts (ce qui suppose que certains ne sont plus que des exécutants purs & simples, travaillant avec des machines & à leur rythme), et que, d'autre part, l'objet n'est plus produit littéralement par personne. Non seulement un homme ne produit plus un objet du début jusqu'à la fin, mais on ne peut plus parler de travail d'équipe dans la mesure où l'organisation du travail est imposée de l'extérieur et que chacun exécute sa tâche isolément. Cet anonymat, cette séparation de la conception et de l'exécution, cette imposition d'une tâche abrutissante & répétitive, Marx la décrit en 1844 comme une véritable perversion du travail. L'ouvrier est dépossédé de son travail, et cela à plusieurs titres.

« Le travail n'est pas, par nature, une peine. Même la malédiction divine de la Genèse, dans la Bible, ne donnepas le travail comme châtiment. Comme le fait remarquer Jacques Leclercq, le châtiment, c'est que le travaildevienne pénible. «L'homme non déchu eût travaillé dans la joie, mais il eût travaillé.» (Leçons de droitnaturel) Il n'y a pas d'opposition entre le travail et le plaisirOn peut très bien aimer ce que l'on est obligé de faire. C'est même, selon Nicolas de La Rochefoucauld, «lesecret du bonheur». Le travail est devenu pénible lorsque l'organisation économique en a fait une exploitationde l'homme, mais cette pénibilité n'appartient pas à la nature du travail. Un rapport positif peut s'établir entrel'homme et son travail. [L'idée de travail contient l'idée de contrainteet d'activité forcée. Si on aime ce que l'on fait, ce n'est plus un travail. Le sens commun ne se trompe pas vraiment lorsqu'il perçoit spontanément letravail comme une activité pénible et forcée. Un travail que j'aime n'est plus véritablement un travail, c'est une activité ludique.] L'étymologie est significativeEn latin, le mot labor signifie à la fois «travail» et «souffrance». L'adjectif français a hérité de cetteéquivocité: laborieux signifie aussi bien «relatif au travail» (dans l'expression activité laborieuse, par exemple)que «difficile et pénible» (un effort laborieux ). Le mot peine évoque la souffrance, mais aussi le travail(comme dans l'expression: prendre la peine de...).Comme transformatrice, consciente et médiate, l'activité du travailleur est déterminée par un but à atteindre.La subordination constante de la volonté à ce but crée un état de tension. L'oeuvre, dit Marx, « exigependant toute sa durée, outre l'effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut elle-même résulter que d'une tension constante de la volonté ». Voilà pourquoi le travail est pénible. Le travail aliénéIl faut distinguer ici « exploitation » et « aliénation ». Ce ne sont pas des termes équivalents : le mot «exploitation » désigne la réalité économique d'un travail non payé, au moins en partie. Le mot « aliénation »renvoie à une situation où le travailleur ne se « reconnaît » plus dans son travail. Il ne s'agit plus seulementde la dimension économique. La dénonciation se fait en fonction d'une certaine idée de ce que devraitreprésenter le travail pour l'homme : permettre la réalisation de l'individu en étant la manifestation,l'extériorisation de lui-même. La critique de l'aliénation fait référence à une « essence » de l'humanité, dont letravail est censé accomplir la réalisation. Cette critique suppose donc un point de vue « philosophique », enquoi elle se distingue de la problématique plus « économique » qui analyse l'exploitation du travail.Cette réflexion sur l'aliénation implique en effet que le travail, non seulement comme rapport à la nature, maisaussi comme rapport à autrui, met en jeu la définition et la réalisation de l'humanité.La production capitaliste entraîne d ‘abord l'appauvrissement continu de toute une partie de la population : «L'ouvrier s'appauvrit à mesure qu'il produit la richesse, à mesure que sa production gagne en puissance et envolume. » Mais ce n'est là encore que l'aspect le plus extérieur, et en quelque sorte quantitatif, duphénomène. En réalité, l'ouvrier se perd lui-même dan le processus de production. « Plus il crée demarchandises, plus l'ouvrier devient lui-même une marchandise vile. La dévalorisation des hommes augmenteen raison de la valorisation directe des objets. Le travail ne produit pas seulement des marchandises, il seproduit lui-même et il produit l'ouvrier comme des marchandises dans la mesure même où il produit desmarchandises en général. »L'ouvrier se perd comme homme et devient chose dans l'acte économique de production. Cette aliénation seprésente sous un double aspect, que Marx caractérise brièvement comme suit :« 1. Le rapport entre l'ouvrier et les produits du travail comme objet étranger et comme objet qui le domine.Ce rapport est en même temps son lien avec le monde environnant sensible, avec les objets de la nature,monde sensible hostile à l'ouvrier.2. Le rapport du travail avec l'acte de production à l'intérieur du travail. C'est la relation de l'ouvrier avec sonactivité propre comme avec une activité étrangère, qui ne lui appartient pas, une activité qui est souffrance,une force qui est impuissance, une procréation qui est castration. » C'est donc à la fois le rapport dutravailleur avec le produit de son travail et son rapport avec ce travail lui-même qui portent la marque del'aliénation. Le premier a d'ailleurs pour corollaire un rapport aliéné à la nature.Précisons. L'ouvrier est d'abord aliéné par rapport à son produit. Celui-ci lui échappe. Aussitôt qu'il est créé,l'ouvrier en est dépossédé : « L'objet que le travail produit, le produit du travail, vient s'opposer au travailcomme s'il s'agissait d'un être étranger, comme si le produit était une puissance indépendante du producteur.» L'ouvrier ne perd pas seulement son produit, mais son produit se présente en face de lui comme unepuissance hostile : transformé en capital, il devient l'instrument d'exploitation de sa force de travail. Plus le »

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