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Autrui, médiateur entre moi et moi-même ?

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C'est que pour Sartre, la source de tout sens, c'est la conscience (le pour-soi). Dès lors, « je dois poser le problème d'autrui à partir de mon être « (p. 300). Dans de telles conditions il n'est pas étonnant que la pluralité des consciences apparaisse comme un véritable scandale. C'est l'analyse du regard qui nous révèle sans doute le mieux ce rapport conflictuel de moi à autrui. Le regard de l'autre, lorsqu'il se pose sur moi, tend à me nier comme conscience, à m'objectiver, c'est-à-dire à me poser comme objet. Reprenons l'exemple du phénomène de la honte dont nous avons déjà parlé. Sartre analyse le cas de quelqu'un qui, pour une raison ou pour une autre (jalousie, vice, simple curiosité) regarde par le trou de la serrure. Or tout à coup survient une autre personne.

  • autrui:

Désigne l'autre, en tant qu'il est cependant mon sem­blable. Autrui est un alter ego, c'est-à-dire à la fois un autre moi, et un autre que moi. C'est cet entrelacement du même et de l'autre en autrui qui fait l'objet d'un questionnement philosophique.

« L'affirmation de Sartre selon laquelle « autrui est le médiateur indispensableentre moi et moi-même » semble être sinon aisément, du moins d'une façonglobale, compréhensible. En effet nous savons bien que l'homme isolé, au sensstrict du terme, n'existe pas. Autrui est au fond toujours présent, directementou indirectement. Autrui peut être présent à travers un récepteur de radio,mais aussi à travers le moindre objet du monde culturel. Mais est-ce bien à ceniveau qu'il faut situer la phrase de Sartre ? Ne convient-il pas plutôt dechercher d'abord à en préciser les termes ? C'est le terme de médiateur qui enpremier lieu retient notre attention. Car généralement on entend parmédiateur ce qui sert d'intermédiaire entre deux personnes ou deux groupesde personnes différents. On parle parfois d'un médiateur de l'O.N.U.,désignant par là un diplomate qui par exemple s'entremet entre deux Étatspour essayer de parvenir à un accord sur tel ou tel point. Or Sartre emploie icile mot médiateur à propos d'une seule et même chose : moi. Le médiateurentre moi et moi-même, c'est autrui, et ce médiateur est, ajoute Sartre,indispensable. Nous pouvons comprendre ainsi : le médiateur indispensable estcelui dont je ne peux absolument pas faire l'économie. Non seulement je nepeux pas me passer du médiateur qu'est autrui, mais encore il faut que j'enpasse par lui pour me découvrir et me reconnaître. A partir de là le sens dumot médiateur dans la phrase que nous commentons se précise quelque peu.Nous trouvions surprenant que l'on puisse appliquer ce terme à une seulechose (en l'occurence : « moi »). Mais en fait c'est entre moi et moi-même qu'autrui apparaît comme un médiateur indispensable. Le « moi-même » marque la plénitude de mon ipséité, c'est-à-dire de ce qui me caractérise en propre et me distingue de tout autre. Lorsque j'ai honte (parce qu'un autre m'asurpris alors que j'écoutais à une porte par exemple), «J'ai honte de moi devant autrui » (L' Être et le Néant, p.350). C'est ainsi à bon droit que Sartre peut employer le terme de médiateur à propos d'autrui puisque l'on ne peutpas purement et simplement confondre le premier et le second « moi s. Il y a donc bel et bien « trois dimensions »(p. 350). Mais que recouvre an juste ici le concept d'autrui ? Autrui, c'est l'autre que moi. C'est même le non-moi. Siautrui est donc celui par qui il faut nécessairement que j'en passe pour être moi-même, il est aussi, comme non-moi,ce qui ne peut que s'opposer à moi.Il semblerait donc que la phrase de Sartre, en même temps qu'elle affirme que l'existence d'autrui m'estindispensable (puisque je ne suis vraiment moi-même que par son intermédiaire), pose aussi le rapport moi-autruid'une façon inévitablement conflictuelle. Autrui est là, comme un fait irrécusable. « Je ne conjecture pas l'existenced'autrui, dit Sartre, je l'affirme » (p. 308). Mais en se présentant ainsi autrui perturbe mon univers. Par exemplelorsque autrui regarde le même paysage que moi, il me dérobe pour ainsi dire le monde. « L'apparition d'autrui dans lemonde correspond... à une décentration du monde qui mine par en dessous la centralisation que j'opère dans lemême temps » (p. 313). C'est que pour Sartre, la source de tout sens, c'est la conscience (le pour-soi). Dès lors, «je dois poser le problème d'autrui à partir de mon être » (p. 300). Dans de telles conditions il n'est pas étonnant quela pluralité des consciences apparaisse comme un véritable scandale. C'est l'analyse du regard qui nous révèle sansdoute le mieux ce.rapport conflictuel de moi à autrui. Le regard de l'autre, lorsqu'il se pose sur moi, tend à me niercomme conscience, à m'objectiver, c'est-à-dire à me poser comme objet. Reprenons l'exemple du phénomène de lahonte dont nous avons déjà parlé. Sartre analyse le cas de quelqu'un qui, pour une raison ou pour une autre(jalousie, vice, simple curiosité) regarde par le trou de la serrure. Or tout à coup survient une autre personne. Leregard de l'autre déclenche chez moi la honte. « Il suffit qu'autrui me regarde pour que je sois ce que je suis » (p.320), je ne suis plus pour l'autre que celui qui regarde par le trou de la serrure, de la même manière que le pot àtabac est sur mon bureau. Nous retrouvons ainsi cette singulière triple dimension caractéristique du rapport moi-autrui. La honte en effet fait non seulement apparaître un moi-objet aux yeux de l'autre, mais aussi « une ipséité(moi-même) qui a honte » (p. 350). On peut dire que l'affrontement des regards manifeste bien le conflit qui sous-tend toutes mes relations avec autrui. Le conflit serait ainsi le mode selon lequel s'articulerait le rapport moi-autrui :« Le conflit est le sens originel de l'être-pour-autrui » (p. 431). Or le conflit est-il vraiment le mode fondamental du rapport moi-autrui. Nous ne le pensons pas. Nous dirons doncplutôt que le conflit est un des modes de ce rapport, mais non le mode unique ou privilégié. Lorsque deux personnesregardent le même paysage, il n'y a pas forcément conflit, il peut même fort bien y avoir aide ou compréhension.Prenons un autre exemple. Supposons que je regarde un tableau avec quelqu'un d'autre ; si l'autre a un regard quiest plus exercé que le mien, il pourra m'apprendre à voir ce tableau. On peut se demander si les trois dimensions deSartre ne se réduisent pas, malgré tout, aux deux dimensions qu'elles sont initialement, à savoir moi et autrui. Ilmanquerait ainsi une dimension fondamentale à Sartre : celle du monde. C'est peut-être parce que Sartre n'a pasanalysé avec suffisamment de densité cette appartenance commune d'autrui et de moi-même au monde que sesdescriptions manquent de nuances et ont un aspect unilatéral (elles se déroulent dans l'horizon du conflit). Merleau-Ponty a quant à lui bien mieux tenu compte des véritables trois dimensions que sont autrui moi et le monde. Ils'aperçoit alors qu' « autrui n'est plus tellement une liberté vue du dehors comme destinée et fatalité, un sujet rivald'un sujet, mais qu'il est pris dans le circuit qui le relie au monde, comme nous-mêmes, et par là aussi dans le circuitqui le relie à nous. — Et ce monde nous est commun, est intermonde (Le Visible et l'Invisible, p. 322). Autrement ditce qu'on peut rapprocher au sujet, à l'ego sartrien, c'est de n'avoir aucun relief, d'être si l'on veut, un egodésincarné. L'ego en effet n'est' peut-être pas ce pur pour-soi que décrit Sartre. Et l'ego auquel pense Merleau- »

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