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Commentez cette, affirmation de Sartre : « Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même ».

Publié le 03/01/2020

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L’affirmation de Sartre selon laquelle « autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même » semble être sinon aisément, du moins d’une façon globale, comptéhensible. En. effet nous savons bien que l’homme isolé, au sens strict du terme, n’existe pas. Autrui est au fond toujours présent, directement ou indirectement. Autrui peut être présent à travers un récepteur de radio, mais aussi à travers le moindre objet du monde culturel. Mais , est-ce bien à ce niveau qu’il faut situer la’phrase de Sartre ? Ne convient-il pas plutôt de chercher d’abord à en préciser les termes ? C’est le terme dé médiateur qui en premier lieu retient notre attention. Car généralement on entend par médiateur ce qui sert d’intermédiaire entre deux personnes ou deux groupes de personnes différents. On parle parfois d’un médiateur de l’O.N.U., .désignant- par là un diplomate qui par exemple s’entremet entre deux Etats pour essayer de parvenir à un accord sur tel ou tel point. Or Sartre emploie ici le mot médiateur à propos d’une seule et même chose : moi. Le médiateur entre moi et moi-même, c’est autrui, et ce médiateur est, ajoute Sartre, indispensable. Nous pouvons comprendre ainsi : le médiateur indispensable -est celui dont je ne peux absolument pas faire l’économie. Non seulement je ne peux pas me passer du médiateur qu’est autrui, mais encore, il faut que j’en passe par lui pour me découvrir et me reconnaître. A partir de là le sens du mot médiateur dans la phrase que nous commentons se précise quelque peu. Nous trouvions, surprenant que l’on puisse- appliquer ce terme à une seule chose (en l’occurence : « moi »). Mais en fait c’est entre moi et moi-même qu’autrui apparaît comme un médiateur indispensable. Le « moi-même » marque la plénitude de mon ipséité, c’est-à-dire de ce  qui me caractérise en propre et me distingue de tout autre. Lorsque j’ai honte (parce qu’un autre m’a surpris alors que j’écoutais à une porte par exemple), «J’ai honte de moi devant autrui » (L’Être et le Néant, p. 350). C’est ainsi à bon droit que Sartre peut employer le terme de médiateur à propos d’autrui puisque l’on ne peut pas purement et

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« 52 CORRIGÉ DE · DISSERTATIONS PHILOSOPHIQUES En ce qui concerne l' il,ere et le Néant (Gallimard), l'on consul­ tera surtout dans la deuxième partie (l'être-pour-soi) le chapitre premier, dans la troisième partie (le pour-autrui) également le chapitre premier puisque c'est celui où Sartre traite du problème de l'eXistence d'autrui,et le chEJ.pitre troiS (les relations concrètes avec autrui). Enfin on peut àussi lire la quatrième et dernière partie de ce volumineux ouvrage (principalement ce qui conéerne la libertli). De Jean-Paul Sartre, on peut encore lire son premier livre (c'est' un texte très court) : La Transcendance de l'Ego (Vrin) et L'Existentialisme et un Hunamisme (Nagel). Sans quitter l'horizon sartrien, on pourri! lire le roman de Simone .de Beauvoir, l' Invitée (livre de poche) où les relations avec autrui sont analysées d'·une façon qui en somme illustre les thèses de Sartre. On trouvera aussi, dans la collection Idées . (Gallimard), l'Essai de Simone de Beauvoir : Pour une 1Ylorale de l'Ambiguïté (cet essai est suivi par un autre: Pyrrhus et Cinéas»). Les tl;ièses de Merleau-Ponty sui autrui sont exposées par exemple dans Phénoménologie de la Perception (Gallimard ): cf. deuxième partie, chapitre IV et troisième partie, chapitres I et III. Lire aussi les notes de travail du Visible et l' Invisible (Gallimard) consacrées à cette question. Enfin, signalons, plus pour mémoire comme on dit que pour lecture (c'est en effet un texte très compliqué), la cinquième des Méditations cartésiennes de Edmund Husserl. Il s'agit, en ce qui concerne, la question d'autrui, d'un texte fondamental. Si l'on rencontre. parfois, dans l'existence quotidienne, des problèmes avec les autres, l'on ne fait pas pour autant d'autrui un problème. Réfléchir sur le rôle d'autrui vis~ à-vis .de· moi-même, autrement dit· poser la question du rapport moi-autrui, voilà qui semble·t·il appartient en propre au domaine de la philosophie. C~est ainsi que Jean• Paul Sartre, parlant dans l' Être et le Néant du« problème ii de l'existence d'autrui, affirme qu' «autrui est le médiateur. indispensable entre moi et moi-même 'ii. Nous analyserons dans un premier temps les termes employés par Sartre ·dans cette phrase. Nous nous apercevrons alo.rs que des questions apparaissent à propos de la phrase. De quelle façon, en effet autrui se présente-t-il chez Sartre comme .un médiateur ? En repla~t l'affirmation dans son. contexte, nous constaterons que la relation moi • autrui est surtout posée dans l' Être et le Néant de façon conflictuelle. Or· ime. telle façon de voir n'est-elle pas par trop unilatérale ? »

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