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Ce qui ne peut s'acheter est-il dépourvu de valeur ?

Publié le 16/08/2005

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  Chaque objet a ainsi une certaine valeur d'échange, valeur qui peut être rapporté à un étalon commun : l'argent. Celle-ci n'est rien d'autre que la matérialisation de cette valeur d'échange  qui permet la mise en relation de toutes les choses en circulation dans la société susceptibles d'être échangées. Dès lors, le principe d'une société marchande est qu'il est possible de fixer un prix à un moment donné pour une chose quelconque.     Transition : Dans ce contexte, ce qui ne peut s'acheter semble nécessairement dépourvu de valeur en effet, mais au sens de valeur d'échange, de prix. Est-ce que pour autant ce qui ne peut s'acheter est dépourvu de toute valeur ?   II- Valeur et prix.   A- Il semble qu'il faille distinguer entre prix et valeur. En effet, bien souvent la valeur d'un objet et son prix ne correspondent pas, ainsi une chose peut ne pas pouvoir recevoir de prix mais avoir une grande valeur. [L'exemple classique est celui de l'air : il n'a pas de prix, il ne coute rien et pourtant il est d'une grande valeur, sans lui il n'y a pas de vie.] Ainsi, il y a des choses qui ne peuvent entrer dans le système d'échanges car leurs valeurs ne sont tout simplement pas mesurable ni quantifiable et par conséquent ne sont pas comparables avec  d'autres choses.

 On entend quelque fois dire qu’il y a des choses « qui ne s’achètent pas «, avec l’idée qu’il y a des choses qui n’auraient pas de prix, qui ne pourraient pas être considérées comme des marchandises, mais est-ce que pour autant ce qui ne peut s’acheter est nécessairement dépourvu de valeur ? On peut en effet se demander ce qui fait que certaines choses ne s’achètent pas, non dans le sens bien évidemment d’une impossibilité matérielle (un manque d’argent…), mais parce qu’elles semblent ne pas rentrer dans le système achat/vente c’est-à-dire d’échange habituel propre à certaines choses. Serait-ce parce que certaines choses seraient dépourvues de valeur ? Ainsi, si personne n’a envie d’acheter le vieux vélo de mon enfance à moitié rouillé, c’est parce que, comme on dit couramment, « il ne vaut plus rien « et pourtant, l’idée de le jeter à la déchetterie m’est insupportable : il représente beaucoup pour moi, il a une certaine valeur. Si cela semble contradictoire, peut-être faut-il alors s’interroger aussi sur le concept de valeur employée dans les relations « commerciales et marchandes « ? Ce qui amène donc à s’interroger sur le fait que, si ce qui ne s’achète pas peut être dépourvue de valeur, est-ce que pour autant cela est dépourvue de toute valeur ? Si l’on verra d’abord, le statut et le sens que l’on peut attribuer au concept de valeur dans le cadre des échanges et des relations « commerciales « entre les hommes, on verra ensuite que toute valeur ne peut s’y réduire, qu’il y a de l’inquantifiable. Enfin, on verra qu’inversement, il y a de l’inaliénable : c’est parce qu’une chose est pourvue d’une valeur tellement absolue qu’on ne peut l’acheter.

« Cette idée, que ce qui ne peut s'acheter c'est justement ce qui est pourvu d'une valeur absolue, se retrouve defaçon particulièrement frappante dans la question de la dignité humaine et plus généralement de l'inaliénabilité decelle-ci.

III- L'inaliénable : ce qui a une valeur tellement absolue qu'on ne peut l'acheter.

Fondamentalement, ne peut être acheté ni vendu tout ce qui est inaliénable, c'est- à dire tout ce dont un individune peut se séparer sans renoncer à lui-même.

A- Pour Rousseau, il n'est rien contre quoi on puisse échanger, avec autrui,sa liberté, puisque dès lors que je la lui aurais abandonnée, quoi qu'il puissem'offrir en échange, c'est encore lui qui en disposerait puisqu'il resteraitmaître de l'usage que j'en ferais.

C'est dans le « Contrat social » que l'on trouve l'une des affirmations les plus radicales de Rousseau concernant la liberté comme bien inaliénable, définissant l'homme en propre. L'idée que la liberté est un bien inaliénable, et que nul ne peut consentir à y renoncer pourappartenir à l'Etat, est une thèse centrale de la pensée politique de Rousseau .

Elle sous-tend tout le « Contrat social », où il s'agit de déterminer comment les hommes peuvent véritablement s'associer, obéir à un pouvoir commun, à des lois valant pour tous, sans abdiquer leurimprescriptible liberté.Cette fameuse formule s'inscrit dans un contexte polémique.

Rousseau vient de montrer, en accord avec Hobbes et les partisans de l'école du droit naturel, que toute société, tout Etat, ne peut reposer que sur des conventions :« Puisqu'aucun homme n'a une autorité naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produitaucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorité légitime parmi leshommes. » Rousseau entend maintenant se démarquer de ses prédécesseurs en refusant toute espèces de pacte de soumission qui lierait le peuple à des gouvernants, qui soumettrait la liberté des hommesà celle d'un autre.

C'est pourquoi il entend prouver que renoncer à sa liberté conduit à se détruireen tant qu'être humain, et que, par suite, nul ne peut le vouloir.Mais sans doute faut-il comprendre que la liberté pour Rousseau est constitutive de l'humanité : être humain, c'est être libre.

On peut aller jusqu'à dire que la liberté pour Rousseau prend la place du cogito chez Descartes .

Descartes considérait les animaux comme de simples automates, des machines, et la pensée seule assurait l'homme de sa différence essentielle avec les bêtes.

A cela Rousseau rétorque, faisant sienne les thèses sensualistes : « Tout animal a des idées puisqu'il a des sens […] et l'homme ne diffère à cet égard de la bête que du plus ou moins. » Mais, alors que l'animal est régi par l'instinct, par des règles de comportement innées, fixées par la nature, l'homme est libre : « et c'est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme ».

Ce qui fait la grandeur de l'homme , sa spécificité, sa spiritualité, ce qui le définit en propre, ce n'est plus la raison, c'est la liberté.A partir de ces fondements, mis à jour dans le « Discours sur l'origine et les fondements parmi les hommes » (1755), Rousseau va s'employer à démontrer tous les arguments qui tentent de justifier l'esclavage privé et la sujétion politique.Il entend d'abord réfuter le parallèle établi par Grotius (1583-1645) entre l'esclavage privé et la soumission des peuples.

Si l'on pouvait comprendre qu'un homme se vende pour pouvoir survivre, il n'en resterait pas moins incompréhensive qu'un peuple se donne à un maître qu'il devra nourrir.Rétorquer que le peuple gagne au moins sa sécurité revient à dire, selon Rousseau , que les compagnons d' Ulysse étaient en sécurité dans l'antre du Cyclope : ils attendaient tranquillement d'être dévorés chacun à leur tour.

Enfin, même si u peuple pouvait se donner, il ne pourrait en aucun cas engager la liberté de ses enfants, nés libres, car en admettant que l'on puisse disposer de sa liberté, on ne peut engager celle des autres.Rousseau commence ici à démontrer les arguments fallacieux qui justifient l'emprise du pouvoir sur les hommes, et les privent de leur bien le plus précieux au nom d'une prétendue sécurité.

Mais il va plus loin en montrant que même un contrat de soumission est, en fait, juridiquement nul,moralement inconcevable.Un contrat suppose un échange de biens entre contractants, or renoncer à sa liberté, c'est renoncer à tout, c'est échanger un bien un bien infini(ma liberté) contre un avantage qui sera par définition disproportionné.

Si je donne tout, que pourra-t-on me restituer en échange ? Ce contrat estun contrat de dupe.

Je renonce à tous mes droits, je les donne à une autre qui en use à sa guise.

Qu'aurais-je à réclamer contre lui ? Que pourrais-jefaire s'il veut me nuire ? « C'est une convention vaine et contradictoire de stipuler d'une part une autorité absolue et de l'autre une obéissance sans borne.

» Renoncer à ma liberté revient à promettre d'obéir inconditionnellement à un autre, donc à me considérer comme un simple instrument, un simpleobjet, une chose dont l'autre peut disposer à sa guise.

Or, vouloir être un objet, un esclave, est impossible Je n'abdique pas alors simplement mesdroits, mais que je renonce aussi à mes devoirs, que je me détruis comme être moral.

Si celui auquel j'ai promis d'obéir m'ordonne de faire une action que je juge atroce, de deux choses l'une, ou bien j'obéis, mais alors j'abdique tout jugement, me considère comme une machine, et me niecomme être moral, je ne suis alors (à mes propres yeux) qu'un instrument animé, ou bien je refuse d'obéir et dans ce cas je fais éclater au grandjour que ce contrat de soumission est intenable, que je n'ai jamais pu véritablement vouloir obéir inconditionnellement.Ne pas être libre signifie ne pas accomplir sa volonté mais celle d'un autre.

Or, Rousseau montre que la liberté définit l'homme comme tel, et que nul e peut vouloir renoncer à sa liberté, cad nul ne peut vouloir véritablement se soumettre.

Ce serait « renoncer à sa qualité d'homme », vain &contradictoire : autant dire qu'un homme voudrait devenir un esclave, un instrument, une chose.

L'importance de la conception de Rousseau n'est donc pas tant de montrer que l'homme est naturellement libre que d'affirmer que cette liberté est inaliénable, et doit perdurer sous les lois, sous lepouvoir.

La liberté ne s ‘échange pas, on n'échange pas tout contre rien.

Sont ainsi disqualifiées toutes les théories qui, sous couvert d'assurer àl'homme sa sécurité, sa simple survie biologique, le privent en réalité de l'essentiel.

Cette sécurité est illusoire, cette survie est dégradante, en tantqu'elle transforme l'homme en chose et le prive de toute moralité.

En ce sens, La pensée de Rousseau se veut libératrice : « Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'au désir d'en sortir ; ils aiment leur servitude comme les compagnons d'Ulysse aimaient leur abrutissement. ». »

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