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Claude Bernard : « Nos idées ne sont que des instruments intellectuels qui nous servent à pénétrer les phénomènes. Il faut les changer quand elles ont rempli leur rôle comme on change de bistouri quand il a servi trop longtemps. »

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claude bernard

De la réalité, en effet, nous ne nous faisons jamais une représentation adéquate; toutes les notions constitutives de la connaissance scientifique sont nécessairement schématiques et sommaires; on ne saurait jamais, sans erreur, les considérer comme achevées et définitives.

 

Des propositions considérées jadis comme des principes universels et nécessaires paraissent aujourd’hui rabaissées soit au rang des vérités de fait simplement approximatives et toujours révisables, soit à celui de ces propositions librement choisies et révocables à volonté que les mathématiciens d’autrefois appelaient postulats et auxquels on étend aujourd’hui le terme d’axiome. Les distances diminuent et les oppositions s’estompent entre axiome et hypothèse, aussi bien qu’entre hypothèse et loi expérimentale ou qu’entre loi expérimentale et axiome (4). Toute affirmation participe de la précarité que Claude Bernard reconnaissait à l’hypothèse. « La dégradation du vrai est un fait accompli (5).

 

Le principe du déterminisme en particulier, fondement indiscuté de la science d’hier, est mis en discussion au niveau atomique, et par là même est déchu de sa qualité de principe : ce n’est plus qu’un fait constaté au niveau macroscopique. Le principe de non-contradiction lui-même n’est plus considéré comme la loi fondamentale de la pensée : au contraire, c’est à travers la contradiction que celle-ci progresse. C’est donc tout notre

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« 212 LOGIQUE idées, dit-il (1), ne so·nt que des instruments intellectuels qui nous servent à pénétrer les phénomènes ... >> Comment comprendre cette affirmation et qu'en pen·ser? Pour répondre à cette question, nous nous placerons successivement à deux points de vue : d'abord au point de vue de Claude BERXARD; ensuite à celui d'un lecteur contemp-orain, qui, examinant le texte proposé sans tenir compte du contexte et même de 1 'auteur, pourrait y voir une expres­ sion de la conception dialectique de la science. l. - LA CONCEPT!Oll' DE CLAUDE BERNARD, A. Commentaire. - Dans le vocabulaire de Claude BERXARD, " idée ,, ou « idée ex·périmentale >> est ·synonyme d' " hypothèse " ou même de " théorie "· Opposant l'expérimentateur au métaphysicien, l'auteur de l'lntroduiClion à l'étude de la Médecine expérimentale note que le premier '' pose son idée comme une question, comme une interprétation anticipée de la nature, plus ou moins probable, dont il déduit logiquement des conséquences qu'il confronte à chaque instant avec la réalité au moyen de l'expérience ( ... ). L'idée expérimentale est donc aussi une idée à priori, mais c'est une idée qui ·se présente sous la forme d'une hypothèse dont les conséquences doivent être !SOUmises au critérium expérimental afin d'en juger la valeur" (2). Plus Ioin, I'autem fait au savant un dev·oir de '' douter de son sentiment, c 'ed-à-dire de l'idée à priori ou de la théorie qui lui servent de point de départ" (3). On le voit, ''idée "• pour Claude BERNARD, équivaut à cc hypothèse " ou à cc théorie"· Ces idées, c'est-à-dire les hypothèses, sont des instruments intellectuels. On ne le·s f-orme pas pour elles-mêmes, mais comme un moyen de parvenir à l'intelligence des choses, de s'élever de la constatation des faits il la découverte des lois. Le proces·sus par lequel s'effectue ce passage a été bien analysé par Claude BERXARD : le fait suggère l'idée ou hyopthèse; lïdée dirige l'expérience; l'expérience juge l'idée. Une füis I 'hypothèse formulée, on en tire les conséquences logiques qui en déc.oulen t, puis on vérifie si ces conséquences sont conformes à la réalité : dans la négative, l 'hypo­ thèse e-st démontrée fausse; dans l'affirmative, elle est confirmée en ce sens qu'elle acquiert une probabilité qui augmentera à chaque nouveau contrôle. Voilà ce que Claude BERXARD appelle le raisonnement expéri­ mental, dont l'exemple classique est la série d'expériences faites sous la direction de PASCAL pour vérifier l'hypothèse de TonmcELLI. Une fois le· contrôle effedué, l'idée a rempli son rôle; on passe à une autre. B. Discussion. -Cette ·sorte de mise au rancart. générale de toutes les hypothèses, une fois vérifiées les conclusions du raisonnement expéri· mental dDnt elles étaient l'âme, peut paraître quelque peu surprenante. Qu'on abandonne une hypothèse qui, au contact des frlils, s'est révélée insuffisante, tout comme on met de côté un bistouri ébréché Du qui a perdu son tranchant, c'est la règle même du jeu. Mais Claude BERXARD ne ([} Introduction à l'étude de la médecine expérimentale 1re partie, chap "· § 4. Edition Delagrave, 1941, p. flll. (2) lhid., chap. n, Tntrod., p. t,.fi. (3) Ibid., cha p. n, § 7, p. 8!'l »

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