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Comment comprendre la formule: Dieu est mort ?

Publié le 10/02/2004

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dieu
Dieu, hypothèse encombrante et inutile, est alors nié.Cette compréhension de la formule « Dieu est mort » ne nous paraît guère satisfaisante. Elle est statique, rigide, elle ne concerne que des individus dans une société donnée. A la limite, elle pose seulement Dieu comme idée, non point comme transcendance vivante. Elle ne répond nullement au problème posé, dans la mesure où nous arrivons seulement "à affirmer ceci : l'idée de Dieu est purement illusoire - Dieu n'existe pas. Mais, en bonne logique, l'athéisme n'affirme pas vraiment que Dieu est mort. Tournons-nous donc vers une seconde interprétation, plus vivante, qui rende compte de ce mot de mort qui est inscrit dans notre champ de recherche et qui pose ici véritablement problème.2. Dieu est mort : un processus historiqueLa formule « Dieu est mort » reprend un sens beaucoup plus vivant et beaucoup plus vrai si elle dépasse le contenu d'une conscience individuelle et d'une idée personnelle pour être saisie comme un processus historique qui a frappé les chrétiens eux-mêmes, à commencer par Pascal, à l'intérieur d'un certain devenir. Car la foi de Pascal ne s'enracine pas dans une présence, celle d'un Dieu immanent à l'univers et l'éclairant, mais elle se comprend, au contraire, par référence à un Dieu caché, dissimulé.

L'analyse du mot « Dieu « et de toutes les valeurs qui gravitent autour de lui conduit, sur la base d'une réflexion sémantique, à examiner les différentes acceptions possibles de la formule :  — Sens « athée « brutal : Dieu n'existe pas.  — Sens « pascalien « du « Dieu caché «.  — Sens « nietzschéen « de la négation de toutes les valeurs humaines liées à Dieu.  Vous avez donc ici un plan très particulier par analyse successive de notions.

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« 3.

Le nihilisme de Nietzsche : Dieu est mort Nous comprenons maintenant que l'expression « Dieu est mort » a le sens d'unprocessus historique qui s'est accompli dans le temps.Néanmoins, une investigation plus serrée s'avère indispensable.

Cetteinvestigation, nous pouvons la poursuivre avec Nietzsche qui aremarquablement analysé le « Dieu est mort » à travers le phénomène dunihilisme. LA MONTÉE DU NIHILISME ET LE DERNIER HOMME A.

La mort de DieuC'est sous le signe de la mort de Dieu que s'ouvre le prologue et que s'amorcela « descente » de Zarathoustra parmi les hommes.

C'est l'événement de lamort de Dieu qui rend possible l'enseignement de Zarathoustra.

Il signifie que,pour la première fois dans l'histoire humaine, le « monde suprasensible » estconsidéré comme n'existant pas, et ce, aux yeux de Nietzsche, de manièreirréversible.

Cet événement produit une mutation dans l'histoire de l'humanitéet place celle-ci devant un double avenir : elle rend possible l'existence dudernier homme, mais elle pourrait également, et c'est tout le sens del'enseignement de Zarathoustra, rendre possible l'existence du surhomme.Cette annonce de la mort de Dieu peut être entendue de diverses manières. C'est en fonction de leur manière d'accueillir cet événement porteur de plusieurs sens que se dessinent les diversesfigures rencontrées dans le Zarathoustra.

Le saint ne sait pas ou ne veut pas savoir que Dieu est mort.

L'hommesupérieur veut faire comme si les anciennes valeurs avaient toujours cours, quoiqu'il sache que ce qui permettait deles fonder et de les légitimer appartient désormais au passé.

Le dernier homme est celui qui tient l'événement de lamort de Dieu pour une évidence et une bonne nouvelle : il croit qu'elle veut dire simplement que désormais « toutest permis », que l'existence est devenue plus simple et plus légère, et il est incapable de concevoir que cette mortde Dieu place l'humanité devant la tâche la plus lourde et la plus décisive. B.

Le dernier hommeLe dernier homme est dernier au sens où il vient en dernier, mais aussi au sens où il est le plus petit et le plusméprisable : il est le dernier des hommes.

Il est l'homme moderne, imbu de lui-même, qui se voit comme le digneaboutissement de toute l'histoire humaine.

Toute grandeur et tout héroïsme lui sont étrangers ; c'est pourquoi sapropre histoire lui est devenue inintelligible (« Jadis, tout le monde était fou »).

Il s'imagine avoir inventé raison etbonheur, qu'il identifie au confort, à la tranquillité, au bien-être.

Tout mode de vie plus intrépide qui vise au-delà deces « valeurs » lui paraît insensé et symptôme de folie.Le dernier homme est incapable d'envisager l'avenir autrement que comme l'amélioration et la généralisation de sonpropre mode de vie : égalité entre les hommes, chaleur du troupeau, sécurité, confort – il ne conçoit rien desupérieur à cela.

Toute aventure humaine qui vise au-delà de ces valeurs lui semble risible et digne de l'asile(Zarathoustra leur dit : « Tous êtres jusqu'ici par-dessus eux créèrent quelque chose ; et de ce grand flux vousvoudriez être, n'est-ce pas, le reflux, et plutôt que de surmonter l' homme vous préférez encore revenir à la bête !»).

A un certain moment de l'histoire (xx° siècle) apparaît l'étape du nihilisme européen.

L'avènement du nihilisme estmarqué par la mort de Dieu (Dieu est mort), par le dépérissement des idéaux suprasensibles et par la dévaluation detoutes les valeurs.

Dieu est mort : le Transcendant disparaît, les valeurs supérieures se déprécient. Les fins manquent.

Dès lors, il n'est plus de réponse à cette question : à quoi bon? Tel est, aux yeux de Nietzsche,le plus grand des événements récents, la mort de Dieu, et cette mort entraîne la dévaluation de toutes les valeurset la tyrannie de l'absurde : le non-sens.Dès lors, le « Dieu est mort » signifie l'absurdité de tout ce qui arrive.

Nietzsche, grand clinicien de notre époquequ'il a pressentie et annoncée, tire tout le sens de l'expression « Dieu est mort ».

L'aboutissement de la mort deDieu, c'est la dévaluation des valeurs, le nihilisme (nihil = rien) et l'approche du dernier homme, c'est-à-dire del'homme « dévalorisé » totalement, faible, tombé au plus bas degré de la passivité et de l'impuissance.

« Je leurparlerai de ce qu'il y a de plus méprisable au monde, je veux dire du Dernier Homme...

Le temps vient où l'hommedeviendra incapable d'enfanter une étoile dansante.

Hélas! ce qui vient, c'est l'époque de l'homme méprisable entretous, qui ne saura même plus se mépriser lui-même » (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra).

« Ce tout ce qui est écrit, je n'aime que ce que l'on écrit avec son sang.

» Cette phrase de Nietzsche suffit àcaractériser son oeuvre.

Car, même si Nietzsche a beaucoup lu, le véritable laboratoire de sa pensée est son proprevécu.

D'où une pensée angoissée, lucide, qui oscille entre le pessimisme et la gaieté.

Une pensée éclatée,contradictoire.

Un immense pied de nez à la morale hypocrite, à l'érudition bête, à l'Etat oppresseur.

Une entreprisede Nietzsche est totalement originale dans l'histoire de la philosophie occidentale.

Que se propose-t-il, en effet,sinon, dans une philosophie « à coups de marteau », de « briser les vieilles tables », de « surmonter la métaphysique», de « surmonter les philosophes par l'annihilation du. »

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