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Commentez et discutez cette formule de J.-P. Sartre : « Il n'y a pas, il ne saurait y avoir d'images dans la conscience, mais l'image est un certain type de conscience. L'image est un acte et non une chose. » ?

Publié le 19/06/2009

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INTRODUCTION. — Au siècle dernier, les images mentales jouaient un rôle capital en psychologie. Pour tous, elles expliquaient la plupart des souvenirs et l'activité automatique de l'esprit plus connue sous le nom d'association des idées. Pour les empiristes, toutes nos connaissances se réduisaient à des images et s'ils parlaient d'idées, ce mot était pris comme synonyme d'images, comme dans le terme classique d' « association des idées ». Bien plus, avec les phénoménistes qui, à la suite de HUME, rejettent toute substance, la réalité — celle de l'esprit comme celle des choses — se réduit à des images. C'est, la thèse formulée par TAINE en une comparaison célèbre : l'esprit « est un polypier d'images ». Images sans support, sans miroir qui les reflète, sans conscience qui les contienne. C'est une thèse diamétralement opposée quant aux termes, qu'à la fin d'un petit livre sur L'imagination, formule J.-P. SARTRE : il y a bien une conscience, mais elle ne contient pas d'images. « Il n'y a pas, il ne saurait y avoir d'images dans la conscience. Mais l'image est un certain type de conscience. L'image est un acte et non une chose. L'image est conscience de quelque chose. » (p. 162.) Notre tâche principale sera d'expliciter la position du célèbre philosophe existentialiste. Nous verrons ensuite si nous pouvons la retenir saris réserves. I. — COMMENTAIRE La thèse que nous avons à exposer est une réaction contre la conception commune et qui semble même de sens commun : c'est donc cette conception qu'il nous faut d'abord rappeler.
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« l'image s'en suivra logiquement. 1. Le caractère essentiel de la conscience consiste dans ce que Franz BRENTANO, le maître de HUSSERL, adénommé son « intentionnalité ». La conscience est « intentionnelle », c'est-à-dire, comme l'indique l'étymologie decet adjectif, qu'elle « tend » « vers » quelque chose. On peut bien parler de « vie intérieure », mais à la conditionde ne pas la concevoir comme renfermée sur elle-même « Sans doute, il y a des contenus de conscience, mais cescontenus ne sont pas l'objet, de la conscience : à travers eux l'intentionnalité vise l'objet qui, lui, est le corrélatif dela conscience mais n'est pas de la conscience »; il en est de la conscience comme de la perception visuelle : celle-ci suppose l'image rétinienne, qui est quelque chose du sujet; mais c'est l'objet qui est perçu, et non l'image qu'ilforme sur la rétine.La conscience se réfère toujours à un objet et non à un contenu subjectif : « la conscience est toujours laconscience de quelque chose ». Tel est l'axiome fondamental des phénoménologues qui soulignent ce de, pourmarquer précisément le caractère intentionnel de la conscience et l'impossibilité de séparer le sujet connaissant del'objet connu : la conscience suppose quelque chose dont on ait conscience, tout comme la perception suppose unobjet perçu.Car l'intentionnalité n'est pas propre à la perception ou à l'activité cognitive; c'est le caractère commun de tous lesfaits psychiques ou de tous les faits de conscience : la tristesse ou la colère ne sont pas de purs états subjectifs;je suis triste de quelque chose, en colère contre quelqu'un; ces états de conscience, eux aussi, renvoient à unobjet.La conscience n'est même qu'une attitude à l'égard des choses : « elle est tout entière dans cette référence à...quelque chose »; sa nature « consiste à n'avoir pas de nature », et par là de pouvoir devenir toutes choses. Elle ledevient par l'acte intentionnel; elle est tout entière dans cet acte. 2. Il n'y a donc pas d'images dans la conscience. L'image se réduit à l'acte de l'esprit qui imagine, tout comme laperception consiste dans le fait de percevoir et non dans une représentation enregistrée dans la conscience. «L'objet de l'image n'est jamais rien de plus que la conscience qu'on en a: il se définit par cette conscience (...).L'image n'est pas un état, un résidu solide et opaque, mais (...) une conscience ».Le Pierre que j'imagine n'est pas différent du Pierre qu'aux vacances dernières je voyais de mes yeux : « Il n'y aqu'un seul et même Pierre, objet des perceptions et des images » ; « si loin qu'il soit, je le vise dans le monde » etnon dans ma conscience »; « Ainsi, dans l'acte d'imagination, la conscience se rapporte directement à Pierre et nonpar l'intermédiaire d'un simulacre qui serait en elle ». Commentaire des propositions de J.-P. Sartre. — A la lumière de cet exposé, le texte que nous avons à commenter ne doit pas sembler difficile.« Il n'y a pas, il ne saurai y avoir d'images dans la conscience. » Il n'y en a pas, c'est un fait : quand je songe à feumon grand-père ou à mon village natal, je les imagine là où je les ai vus, dans un passé ou dans un lieu plus oumoins lointains, et non dans ma conscience. Il ne saurait y en avoir, l'image-cliché est impossible : car la consciencen'est qu' « intuition », comme le dit la définition A de LALANDE, elle n'est pas chose intuitionnée; et encore ne peut-on pas accepter sans réserve la suite de cette définition : intuition « qu'à l'esprit de ses états et de ses actes »; laconscience ne se renferme jamais en elle-même; elle est toujours « conscience de quelque chose ».« L'image est un certain type de conscience », c'est-à-dire un certain type d'intuition, ou encore une certainemanière d'avoir conscience. Il y a une intuition ou une conscience affective — agréable ou désagréable - despersonnes et des choses. Plus classique l'intuition ou la conscience perceptive des objets présents. Ce qu'on avaitnégligé avant la phénoménologie, c'est l'intuition ou la conscience des personnes et des choses absentes, ou plutôtles différents types de conscience auxquels ces objets donnent lieu. Ils relèvent de la conscience imageante; niaiscelle-ci diffère suivant que l'objet est imaginé existant encore, ou n'existant plus, ou n'ayant jamais existé.« L'image est un acte et non une chose. » Ce n'est pas une chose : une ombre sur on ne sait quel écran intérieur.C'est un acte : l'acte d'imaginer. On trouve dans les livres des pensées et des images réduites à l'état de choses.Dans la conscience, avoir une pensée consiste à penser; de même, avoir une image, c'est imaginer. II. - - DISCUSSION 1. La critique de la conception classique, effectuée par J.-P. SARTRE après HUSSERL nous semble définitive.Revenant aux choses elles-mêmes, suivant le mot d'ordre du fondateur de la phénoménologie, en faisant tous lesefforts possibles pour se libérer des opinions préconçues, de celles, en particulier qui sont impliquées dans le langageet en mettant entre parenthèses les problèmes philosophiques d'ébattus entre philosophes, la phénoménologie estparvenue à se faire une idée plus juste des faits.L'image n'est pas comparable à un document d'archives qu'un mécanisme mystérieux ferait sortir de son classeur etamènerait au jour. De telles images, nous n'avons aucune conscience, et les difficultés auxquelles se heurtent ceuxqui veulent déterminer leur nature nous fournissent une raison de plus de rejeter leur existence. Quand je mereprésente le passé, je no tourne pas les feuilles d'une sorte d'album mental : je l'imagine un peu à la manière dontl'historien se représente une scène historique, je le recrée ou le ressuscite. En tout cas, ce n'est pas dans maconscience que je le contemple, mais là et au moment où j'en ai été le témoin. Que les psychologues expliquent cefait comme ils le pourront, mais qu'ils commencent par reconnaître les faits.Au fond, la grande erreur de la psychologie classique de l'image mentale fut d'en faire la théorie en se fondant surl'expérience de l'image matérielle plutôt que sur une authentique observation intérieure. On peut lui faire le mêmereproche de matérialisme en ce qui concerne la conscience. La conscience n'a rien d'un récipient dans lequelgrouillent des faits psychiques ni un tableau sur lequel se projettent des représentations : comme le dit J.-P.SARTRE, la conscience consiste à être conscient; c'est un acte et non une chose. »

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