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Critique de la glorification du travail chez F. NIETZSCHE

Publié le 07/01/2020

Extrait du document

travail

Nietzsche s'interroge ici sur l'origine des déclarations sur la valeur morale du travail, y compris quand il s'agit d'un labeur épuisant. Elles visent, selon lui, à en cacher la véritable fonction répressive.

Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail — on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir — qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême — Et puis ! épouvante ! Le « travailleur », justement, est devenu dangereux ! Le monde fourmille d’« individus dangereux » ! Et derrière eux, le danger des dangers — l’individuum !

Friedrich Nietzsche, Aurore (1880), Livre III, trad. J. Hervier, Gallimard, 1974, pp. 181-182.

travail

« vidu.

Et de fait, ce travail empêche ce qui est d'ordre stricte­ ment personnel.

Il signifie «oubli de soi», soumission à un rythme imposé, intégration à une collectivité.

Il n'y a plus de temps pour la solitude, pour la méditation personnelle, plus d'énergie pour les passions individuelles.

L'individu, en tant que tel, est dangereux pour la société car il n'a pas pour but l'intérêt général, l'utilité commune, mais seulement lui-même.

Il est du plus grand intérêt pour la société que les hommes oublient qu'ils sont des individus, pour se percevoir comme des membres de la société, et le travail est un excellent moyen pour les dépouiller de leur être individuel.

Il faut remarquer la spécificité du point de vue de Nietzsche : il ne s'agit pas pour lui de défendre les travail­ leurs en tant que tels, mais de voir, derrière le travailleur, l'individu.

- Un chimiste heureux de son métier P.

LÉVI (1919-1987) Le travail n'est pas réductible au labeur et l'on pourra lire dans cette page, extraite d'une œuvre littéraire, un témoignage de la satis­ faction trouvée à /'exercice d'un métier.

Je m'épris de mon travail dès le premier jour, bien qu'il ne s'agît pas d'autre chose, au cours de cette période, que d'ana­ lyses quantitatives sur des échantillons de roche : attaques à l'acide fluorhydrique, et allez donc, le fer avec l'ammoniaque, le nickel (si peu ! une pincée de sédiment rose) avec la diméthylglyoxime, le magnésium avec le phosphate - toujours la même chose, toute la sainte journée: en soi, ce n'était pas très excitant.

Mais une autre impression était excitante et nou­ velle: l'échantillon à analyser n'était plus une poudre anonyme manufacturée, comme une devinette matérialisée, c'était un morceau de roche, un morceau des viscères de la terre, arraché à la terre à coups de mine.

Et sur les données des analyses quo­ tidiennes naissait peu à peu une carte, le dessin des veines sou­ terraines.

Pour la première fois depuis dix-sept années de. »

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