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DESCARTES René : sa vie et son oeuvre et fiches de lecture

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descartes

Les Méditations. — Les Méditations sur la philosophie première, dans laquelle sont démontrées l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme furent rédigées en latin et d'abord publiées dans cette langue. Le duc de Luynes en donna une traduction française (1647). Elles comportent six étapes. Dans la Méditation lre. Descartes décide de mettre méthodiquement en doute toutes les données des sens et de l'imagination, ainsi que les connaissances acquises par l'entendement; apparaît l'hypothèse du « malin génie ». La Méditation IIe contient une analyse du nouveau « cogito » qui permet au philosophe de poser son existence comme certaine, existence dont l'attribut principal est la pensée. La Méditation IIIe démontre l'existence de Dieu par l'idée innée d'infini. La Méditation IVe traite « du vrai et du faux » : l'origine de l'erreur se trouve dans l'articulation de la liberté qui est en moi infinie et de mon entendement fini, entraînant une adhésion trop hâtive à des propositions dont l'évidence n'est pas prouvée. La Méditation Ve établit que l'« essence des choses matérielles » est l'étendue géométrique; quant à l'existence de Dieu, elle peut être prouvée par la seule analyse de son essence. Selon la Méditation VIe, Dieu, dont la véracité ne peut être mise en doute, a mis en moi une forte « inclination » à croire que les impressions venues des sens avaient pour origine la substance matérielle : donc celle-ci existe. D'autre part, les sens ont pour fonction de nous indiquer ce qui est utile au composé d'âme et de corps qui constitue le «vrai homme». Les Méditations ont été publiées en même temps que les « Objections » adressées à Descartes avec les « Réponses » à ces objections.

DESCARTES René ( 1596-1650). Descartes est-il « cartésien »? La rigueur logique des quatre règles de la Méthode et celle du « Je pense, donc je suis » n’est en réalité que l’aspect le plus connu d’une aventure spirituelle qui intègre, sous toutes ses formes, la dimension du temps : celui où vécut le philosophe, le temps de Galilée, de Harvey, de Huyghens, un temps où la principale occupation d’un gentilhomme est la guerre; le temps qui fait mûrir une réflexion personnelle; mais aussi celui

 

des souvenirs, des bilans, le temps compté qui s’enfuit : le Discours de la méthode est construit comme un récit, les Méditations sont divisées en «journées», fussent-elles de plusieurs mois, la Correspondance témoigne d’opinions en constante progression. Le temps de la vie et le temps de la pensée se renvoient l’un à l’autre : au risque de menacer la cohésion de sa philosophie, Descartes ne perdra jamais de vue l’homme réel; et, en le situant dans le temps où il peine, il cherchera moins à le comprendre qu’à l’aider : d’où ce traité Les passions de Pâme, dont l’enseignement n’est que ruses de l’âme condamnée à vivre, avec le corps, une irrémédiable union.

 

Un gentilhomme-philosophe

 

René Descartes naît le 31 mars 1596 à La Haye, près de Tours, dans une famille de petite noblesse. Son père, conseiller au parlement de Bretagne, veille sur ses études avec soin et l’envoie, à dix ans, chez les jésuites de La Flèche. Élève pieux et doué, il gardera le meilleur souvenir de ses maîtres, tout en n’hésitant pas à fustiger, par la suite, un enseignement par trop fidèle à la tradition scolastique. En 1611, un événement était venu frapper le collégien : l’annonce des découvertes faites par Galilée grâce à l’invention de la lunette astronomique. Au sortir de l’école, le jeune Descartes reçoit le complément d’éducation qui convient à son état de gentilhomme : danse, équitation, escrime; et, en 1616, tout naturellement, le voici militaire : il sert d’abord en Hollande, sous les ordres du prince d’Orange, puis, en 1619, auprès du duc Maximilien de Bavière. D’autres préoccupations ne laissent pas, cependant, de le hanter : « Le commencement de l’hiver m’arrêta en un quartier où, ne trouvant aucune conversation qui me divertît, et n’ayant par bonheur aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurai seul dans un poêle où j'avais tout loisir de m’entretenir de mes pensées » (Discours de la méthode). A la même époque, le 10 novembre 1619, il connaît une nuit d’enthousiasme où une « révélation admirable » lui découvre sa vraie vocation, en lui laissant entrevoir les principes d’une nouvelle philosophie. En 1620, il quitte la vie militaire pour voyager à travers l’Europe. Revenu à Paris en 1626, il commence à diffuser ses idées dans le public avec les encouragements du cardinal de Bérulle, fondateur de l’Oratoire et adversaire des jésuites. Le temps est alors venu : Descartes s’établit en Hollande, où, durant vingt ans, il entretient une correspondance réglée avec le monde savant et rédige son œuvre : les Regulae ad directionem ingenii (1628), le Discours de la méthode (1637), les Méditations (1641), les Passions de Pâme (1649). Le philosophe ne dédaignait pas le commerce des femmes, moins « instruites » que les hommes, donc moins soumises aux préjugés : sa Correspondance avec la princesse Élisabeth de Bohême et la reine Christine de Suède illustre bien le plaisir que trouvait le gentilhomme à débattre avec des femmes d’esprit d’une œuvre déjà célèbre dans l’Europe cultivée. En 1649, pressé par la reine Christine, il se rend en Suède, à contrecœur. Séjour fatal : le dépaysement, le climat, l’hostilité de la Cour, les exigences de la reine, qui ne voulait étudier qu’au petit jour, eurent raison de sa santé : à l’aube du 2 février 1650, se rendant au palais, il fut saisi par le froid. Atteint de pneumonie, il mourut huit jours plus tard, le 11 février 1650.

 

L'assurance technique

 

« Toute ma physique n’est autre chose que géométrie » (lettre à Mersenne). Formulées à la première personne, les Regulae jalonnent les étapes d’une difficile praxis; car, pour faire cette « physique »-là, il faut s’accoutumer à ne voir du monde sensible que l’unique connaissable : la figure et l’extension. A cette seule condition, l’analyse fera apparaître l’ordre rigoureux commun à la disposition des choses et aux lois innées des mathématiques. Ordre à la fois réel et rationnel que Descartes cherche dans le monde, en s’attaquant à un vaste traité (le Monde; /’Homme) qui étudiera la lumière, le Soleil, les étoiles fixes, les comètes, la Terre, et enfin « l’homme, qui en est le spectateur ». Le philosophe décrit un univers héliocentrique où les mouvements des sphères, se déplaçant dans l’espace, s’expriment aisément en un langage d’autant plus parfait que Descartes est l’inventeur de la géométrie analytique, sa plus durable découverte scientifique. Et « l’homme, spectateur des mondes »? Instruit par les dissections qu’il pratique à Amsterdam, Descartes réserve à l’étude du corps humain le même traitement qu’à celle des autres objets. En vogue au xviic siècle, les automates lui fournissent le modèle d’un corps machiné dont « toutes les parties n’agissent les unes sur les autres que par leurs mouvements » (F. Alquié). Mais, en 1633, Galilée est condamné. Descartes renonce aussitôt à publier son ouvrage. A-t-il craint d’être frappé à son tour? Il semble plutôt qu’il ait déjà aperçu les limites du « mécanisme ». Le monde dont il traite est une « fable » (mundus est fabula). Pourquoi opposer une fable à une autre? Le langage déréalisé de la physique géométrique, certain en son plan, n’est pas du même ordre que celui du récit biblique, totalisateur en un autre plan. Si la prudence a inspiré Descartes, elle est surtout le fait d’un homme qui sait distinguer entre les discours et évaluer leurs limites respectives. Mais de ce renoncement l’assurance technique ne sort pas affaiblie : le Discours de la méthode en est au contraire tout illuminé. Le propos de Descartes est d’y « représenter sa vie comme un tableau », quitte à juxtaposer la narration linéaire d’une existence en forme de récit initiatique et l’exposé d’une doctrine qui se veut intemporelle.

 

Dire ou construire : le Discours de la méthode

 

Le Discours est d’abord l’histoire d’une vie, qui s’inscrit dans un ordre événementiel : une éducation « en l’une des plus célèbres écoles de l’Europe »; des voyages, des guerres qui font voir « des cours et des armées », « des gens de diverses humeurs et ccnditions » : narration sans pittoresque, jalonnée de dates, mesurée en périodes; c’est le temps de l’horloge. Un récit initiatique? Mais le philosophe s’empresse de jeter sur la singularité du «je » le voile d’un « moi » que rien ne distingue d’autrui : « Pour moi, je n’ai jamais présumé que mon esprit fût en rien plus parfait que celui des autres hommes. » Dès lors, l’apprentissage individuel s’efface derrière le dessein philosophique : témoin la déception du jeune Descartes face à l’enseignement reçu à La Flèche, fortement soulignée par une série de « mais ». Désenchantement personnel? Certainement, mais également signe d’une gêne croissante, commune aux savants du xviie siècle, devant le principe d’autorité. Descartes a du goût pour les « métaphores d'architecture » (M. Serres); or, l’enseignement des jésuites es: juste bon à construire une de ces cités désordonnées, dues à la fortune, alors que le philosophe doit « bâtir une de ces places régulières qu’un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine » (Discours, II). L’itinéraire initiatique de Descartes sert de modèle à la conduite du bon « ingénieur » : d’un côté, « déraciner », « arracher », « détruire » les opinions douteuses pour dégager la « plaine »; de l’autre, dessiner la place à l’aide d’une méthode scientifique éprouvée, qui, pour l’auteur du Discours, se résume à quatre « préceptes » réglant l’enchaînement de propositions évidentes.

Discours de la méthode. — Rédigé en français et publié en 1637, le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher ta vérité dans tes sciences se compose de six parties, auxquelles ont été ajoutés trois discours scientifiques qui sont des essais de cette méthode et auraient été intégrés au Traité de ta lumière (autre titre du Monde] : la Dioptrique, les Météores, la Géométrie. Dans la première partie, Descartes indique la nature de son projet : représenter sa vie comme en un tableau, et fait part des doutes que lui inspirent l'incertitude qu'il a trouvée dans les sciences et la diversité qui règne dans les opinions des hommes. La deuxième partie affirme la volonté de se délivrer des opinions dans lesquelles subsistera le moindre doute et expose les quatre préceptes de la méthode qui permettront de remplacer ces opinions par une science certaine. Dans la troisième partie. Descartes définit les préceptes d'une « morale par provision » qu'il cherchera à suivre en attendant d'appliquer son esprit à la recherche de la vraie sagesse. Dans la quatrième partie, le philosophe découvre par le « Cogito, ergo sum » (je pense, donc je suis) l'existence de sa pensée et la séparation des substances, pensée et étendue. Il prouve ensuite l’existence de Dieu par les idées de perfection, de dépendance et de création continue; quant à l'existence du monde sensible, nous en avons une « assurance morale » fondée sur la véracité divine. La cinquième partie contient l'exposé des principes d'une physique mécanicienne, qui mèneront de la connaissance du monde spatial à celle du corps humain. Enfin la sixième partie annonce une physique nouvelle dont les applications pratiques rendront les hommes « maîtres et possesseurs de la nature ».

 

Mais ce n’est pas tout d’abattre le « logis » pour le reconstruire, encore faut-il trouver le refuge d’un toit provisoire; bref, il faut vivre. D’où la nécessité d’une morale. Comme don Juan abritant ses intrigues sous le manteau de l’hypocrisie, sans vivre d’« autre façon en apparence » qu’un gentilhomme de sa condition, le philosophe s’acharnera à faire table rase des préjugés sous le « masque » d’une « morale par provision ». Il se conduira en bon citoyen, soumis aux lois, à la religion, modéré dans ses opinions, acceptant la contrainte sociale pourvu que soit sauvée la liberté intérieure.

 

La « plaine » est dégagée, l’« ingénieur » en possession d’une méthode et d’une morale. Pourquoi Descartes s’aventure-t-il sur le terrain métaphysique? En réalité, le discours métaphysique rejoint ici le discours scientifique : le doute du Discours de la méthode est la figure universelle de la déception désarmée par l’évidence; le cogito, modèle, type même de l’évidence claire et distincte, pose le primat de l’entendement qui la conçoit; enfin et surtout la séparation radicale des substances en Pensée et Étendue, hâtivement déduite du cogito, assure les fondements de la physique mécanicienne : dorénavant l’étendue, vidée de tout pouvoir occulte, appartient sans restriction au domaine du physicien. Les preuves de l’existence de Dieu, elles-mêmes, servent le dessein scientifique : ce Dieu parfait qui tient tout en sa dépendance, à commencer par nous-mêmes, est le « créateur des vérités éternelles » dont Descartes entretenait déjà Mersenne en 1630. Tout à la fois, il rappelle le savant à l’humilité et affermit sa confiance : créées par Dieu, les lois physiques sont premières par rapport à l’entendement, mais la perfection divine assure leur pérennité.

 

Seul reste précaire le statut ontologique du monde sensible : les illusions de nos sens, de nos rêves rendent son existence incertaine. A moins d’être « extravagant », on ne saurait la nier; mais, garantie seulement par l’« assurance morale » que Dieu nous en donne, elle n’en reste pas moins extérieure aux évidences du Discours. Mais qu’importe, du moment que la substance «étendue » se dévoile dans ses trois dimensions? La possible irréalité du monde sensible n’empêche pas la science cartésienne de « tourner », comme le monde de Galilée. Pourtant, une double inquiétude palpite entre les lignes ambitieuses du Discours. L’« ingénieur » se rendra un jour « maître et possesseur de la nature »; mais cette nature, quelle

« coutumer à ne voir du monde sensible que l'unique connaissable : la figure et l'extension. A cette seule condition, 1' analyse fera apparaître l'ordre rigoureux commun à la disposition des choses et aux lois innées des mathématiques. Ordre à la fois réel et rationnel que Descartes cherche dans le monde, en s'attaquant à un vaste traité (le Monde; l'Homme) qui étudiera la lumière, le Soleil, les étoiles fixes, les comètes, la Terre, et enfin «l'homme, qui en est le spectateur». Le philosophe décrit un univers héliocentrique où les mouvements des sphères, se déplaçant dans l'espace, s'expriment aisé­ ment en un langage d'autant plus parfait que Descartes est l'inventeur de la géométrie analytique, sa plus dura­ ble découverte scientifique. Et« l'homme, spectateur des mondes >>? Instruit par les dissections qu'il pratique à Amsterdam, Descartes réserve à l'étude du corps humain le même traitement qu'à celle des autres objets. En vogue au xv11• siècle, les automates lui fournissent le modèle d'un corps machiné dont « toutes les parties n'agissent les unes sur les autres que par leurs mouvements >> (F. Alquié). M.:lis, en 1633, Galilée est condamné. Des­ cartes renonce aussitôt à publier son ouvrage. A-t-il craint d'être frappé à son tour? Il semble plutôt qu'il ait déjà aperçu les limites du « mécanisme ». Le monde dont il traite est une « fable» (mundus est fabula). Pourquoi opposer une fable à une autre? Le langage déréalisé de la physique géométrique, certain en son plan, n'est pas du même ordre que celui du récit biblique, totalisateur en un autre plan. Si la prudence a inspiré Descartes, elle est surtout le fait d'un homme qui sait distinguer entre les discours et évaluer leurs limites respectives. Mais de ce renoncement l'assurance technique ne sort pas affai­ blie : le DiscoMrs de la méthode en est au contraire tout illuminé. Le pwpos de Descartes est d'y «représenter sa vie comme un tableau », quitte à juxtaposer la narration linéaire d'une �xistence en forme de récit initiatique et l'exposé d'une doctrine qui se veut intemporelle. Dire ou construire : le Discours de la méthode Le Discours est d'abord l'histoire d'une vie [voir AUTOBIOGRAPHIE], qui s'inscrit dans un ordre événemen­ tiel : une éducation « en 1 'une des plus célèbres écoles de l'Europe>>; des voyages, des guerres qui font voir « des cours et des armées», « des gens de diverses humeurs et conditions >> : narration sans pittoresque, jalonnée de dates, mesurée en périodes; c'est le temps de l'horloge. Un récit initiatique? Mais le philosophe s'empresse de jeter sur la singularité du «je >> le voile d'un « moi » que rien ne distingue d'autrui : > (Discours, II). L'iti­ néraire initiatique de Descartes sert de modèle à la conduite du bon «ingénieur>> : d'un côté, ; de l'autre, dessiner la place à l'aide d'une méthode scientifique éprouvée, qui, pour l'auteur du Discours, se résume à quatre « préceptes » réglant 1' enchaînement de propositions évidentes. Discours de la méthode. -Rédigé en français et pu blié en 1637. le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vé ri té dans les sciences se compose de six parties. auxquelles ont été ajoutés trois discours scientifiques qui sont des essais de cette méthode et auraient été in tégré s au Traité de la lumière (au tre titre du Monde) : la Dioptrique, les Météores, la Géométrie. Dans la première partie, Descartes indique la nature de son projet : représenter sa vie comme en un tableau, et fait part des d out es que lu i in sp iren t l'incertitude qu'il a trou vé e dans les sciences et la diversité qui règne dans les opinions des ho m mes. La deuxième partie affirme la volonté de se délivrer des opinions dans lesquelles su bs is te ra le moindre doute et expose les quatre préceptes de la méthode qui permettront de rem plac er ces opinions par une science c e rta in e. Dans la troi siè m e partie. Descartes définit les pré­ ceptes d"une «morale par provi sio n » qu"il cherchera à su i­ vre en attendant d'appl ique r son esprit à la recherche de la vraie sagesse. Dans la quatrième partie. le ph il os ophe découvre par le« Cogito, ergo sum • (je pense. donc je suis) l'existence de sa pensée et la séparation des substances. p en sée et étendue. Il prouve ensuite !"existence die Dieu par les idées de perfection. de dépendance et de création continue; quant à l'existence du monde sensible. nous en avons une "assurance morale» fondée sur la véracité divi ne. La cinquième partie contient r·exposé des principes d'une physique mécanicienne, qui mènero nt de la connais­ sance du monde spatial à celle du corps humain. 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En réalité, le discours métaphysique rejoint ici le discours scientifi­ que : le doute du Discours de la méthode est la figure universelle de la déception désarmée par l'évidence; le cogito, modèle, type même de l'évidence claire et dis­ tincte, pose le primat de 1' entendement qui la conçoit; enfin et su!·tout la séparation radicale des substances en Pensée et Etendue, hâtivement déduite du cogito, assure les fondements de la physique mécanicienne : doréna­ vant l'étendue, vidée de tout pouvoir occulte, appartient sans restriction au domaine du physicien. Les preuves de l'existence de Dieu, elles-mêmes, servent le dessein scientifique : ce Dieu parfait qui tient tout en sa dépen­ dance, à commencer par nous-mêmes, est le «créateur des vérités éternelles » dont Descartes entretenait déjà Mersenne en 1630. Tout à la fois, il rappelle le savant à l'humilité et affermit sa confiance : créées par Dieu, les lois physiques sont premières par rapport à 1' entende­ ment, mais la perfection divine assure leur pérennité. Seul reste précaire Je statut ontologique du monde sensible : les illusions de nos sens, de nos rêves rendent son existence incertaine. A moins d'être« extravagant », on ne saurait la nier; mais, garantie seulement par l'« as­ surance morale >> que Dieu nous en donne, elle n'en reste pas moins extérieure aux évidences du Discours. Mais qu'importe, du moment que la substance «étendue )) se dévoile dans ses trois dimensions? La possible irréalité du monde sensible n'empêche pas la science cartésienne de «tourner ''• comme le monde de Galilée. Pourtant, une double inquiétude palpite entre .Jes lignes ambitieu­ ses du Discours. L'>; mais cette nature, quelle »

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