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Ernest Renan, dans un discours prononcé le 7 août 1883 à la distri¬bution des prix du lycée Louis-le-Grand, disait : « La grande force de nos jours, c'est la culture de l'esprit à tous les degrés. La barbarie est vaincue sans retour, parce que tout aspire à devenir scientifique. » Un orateur de 1946 pourrait-il tenir le même propos ? Quels biens peut-on attendre, sans vaine illusion, du progrès scientifique ? et à quelles conditions morales ?

Publié le 15/09/2014

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A.  Il n'a pas fait reculer la barbarie. — Malheureusement, en même temps que le pouvoir de produire, augmentait celui de détruire, et une meilleure connaissance des forces naturelles pour les mettre au service de l'homme n'était pas accompagnée chez l'homme d'une transformation qui l'eût mis au service de ses semblables.

On songe immédiatement aux dévastations et aux morts que les progrès de la technique militaire ont permis durant la dernière guerre : une seule bombe au-dessus de Hiroshima supprima plus de vie humaines que bien des conflits armés dont parle l'histoire Mais là n'est pas le scandale : les hommes politiques qui décidèrent le recours à la bombe atomique ainsi que l'aviateur qui la laissa tomber au-dessus de la malheureuse ville ne 

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« JUGEMENTS St:R LA SCIENCE 31 A.

Le progrès scientifique a transformé le monde.

- RENAN avait assisté aux premières transformations de la vie humaine sur terre par suite des applications industrielles des découvertes des savants; il avait vu la ma­ chine à vapeur se répandre et faire surgir de terre les vastes usines dans lesquelles la force est fournie par la houille : durant la seconde moitié de sa longue vie, tout un réseau de voies ferrées avait vaincu la distance .

.Mais la génération qui atteint maintenant le ,soir de l'existence a été le témoin d'inventions qui auraient étonné RENAN lui-même.

Il faut se conten­ ter d'une sèche énumération : aux chemins de fer s'ajoutent l'auto et l'avion dont la vitesse s'accroît d'année en année; l'électricité porte jusque dans les villages les plus reculés la lumière, la foree, les nouvelles du monde entier; d ·autres sources de force ont été captées - torrents et lacs de montagnes, demain, l'énergie atomique - qui réduisent de plus en plus l'effort que doit fournir l'homme tout en augmentant sa capacité de production.

Aussi l'ouvrier moderne ignore les dix ou douze heures de travail épui­ sant demandées au travailleur d 'il y a cent ans et son salaire lui permet un standing de vie notablement supérieur.

B.

Il n'a pas fait reculer la barbarie.

-.Malheureusement, en même temps que le pouvoir de produire, augmentait celui de détruire, et une meilleure connaissance des forces naturelles pour les mettre au service de l'homme n'était pas accompagnée chez l'homme d'une transformation qui l'eût mis au service de ses semblables.

On songe immédiatement aux dévastations et aux morts que les progrès de la technique militaire ont permis durant la dernière guerre : une seule bombe au-dessus de Hiroshima supprima plus de vie humaines que bien des conflits armés dont parle l'histoire '.ais là n'est pas le scandale : les hommes polit.iques qui décidèrent le recours à la bombe atomique ainsi que l'aviateur qui la laissa tomber au-dessus de la malheureuse ville ne méritent pas une particnli1 e condamnation : ils se conformaient, avec une arme plus puissante, à la pratique de tous les belligérants dont aucun n'eût hésité, s ïls l'avait découvert, à utiHser le nouvel engin.

La culture véritable transforme les sentiments plus qu'elle n'augmente le savoir et le pouvoir.

On est barbare par la dureté du cœur plus que par l'impuissance devant les forces destructiYes.

Or, nous avons été les témoins de cruautés qui nous ramènent à un stade de civilisation qne nous croyions depuis longtemps dépassé.

:-1on, quand on a lu le récit de la destruction d 'Oradour, les mémoires de déportés de Dachau et même entendu certains témoignages sur ce qui se passa dans bien des prisons françaises après la libération aussi bien qu'avant, on ne peut pas dire que la barbarie est vaincue sans retour : elle semble sommeiller au fond de nos cœurs, n'attendant qu'une occasion de revenir.

Il.

- REGARDS VERS L'AVENIR.

Ne reste-t-il donc plus d'espoir et ne pouvons-nous rien conserver de cette confiance que, trop candidement, malgré son scepticisme souriant, RE'.'!A'.'! avait mise dans la science P A.

Ce qu'on peut attendre du progrès scientifique.

-La science, nous donnant des connaissances de plus en plus étendues, augmente par là DISSERTATIONS PHILOSOPHIQUES.

- N° i34.. »

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