Explication de texte - Nicolas Machiavel - "Le Prince"
Publié le 21/04/2026
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Explication de texte – Nicolas Machiavel, Le Prince, chapitre 18, 1532
Introduction
Le texte qui nous est soumis est un extrait du Prince de Nicolas Machiavel, œuvre majeure de la
pensée politique occidentale, rédigée en 1513 et publiée en 1532.
Machiavel y adresse ses conseils à
un prince, c'est-à-dire à un souverain ou dirigeant politique, sur la meilleure façon de conquérir et
surtout de conserver le pouvoir.
Ce chapitre 18, intitulé « Comment les princes doivent tenir leur
parole », est l'un des plus célèbres et des plus controversés de l'œuvre, car il remet radicalement en
question le rapport entre morale et politique.
La question à laquelle ce texte nous invite à réfléchir est la suivante : en quoi ce texte interroge-t-il la
morale ?
Le thème du texte est celui de la morale en politique, et plus précisément la relation entre vertu,
apparence et pouvoir dans l'action d'un prince.
Machiavel s'interroge sur la nécessité ou non d'être
moralement vertueux pour gouverner efficacement.
La thèse du texte est claire et provocatrice : la morale est contraire à la finalité de l'ordre politique.
Pour conserver l'État, le prince ne doit pas nécessairement posséder les vertus morales, mais doit en
revanche maîtriser parfaitement l'art de simuler et de dissimuler, c'est-à-dire l'art de paraître
vertueux sans l'être réellement.
Le problème philosophique que pose ce texte peut se formuler ainsi : pourquoi la morale serait-elle
incompatible avec la conservation de l'État ? Peut-on gouverner efficacement tout en restant
sincèrement vertueux, ou la politique exige-t-elle nécessairement de s'affranchir de toute exigence
morale ? Autrement dit, peut-on être à la fois un homme bon et un bon dirigeant ?
Pour répondre à ces questions, Machiavel construit son argumentation en deux temps.
Dans un
premier temps (lignes 1 à 9), il montre que la ruse est la véritable condition du succès politique, en
s'appuyant sur le constat de l'infidélité des princes dans leurs relations diplomatiques.
Dans un
second temps (lignes 10 à 22), il développe sa thèse principale : il ne s'agit pas d'être vertueux, mais
de paraître l'être, car c'est cette apparence de vertu et non la vertu réelle qui permet de maintenir
l'État.
Première partie (lignes 1 à 9) : La ruse comme condition du succès politique
Machiavel ouvre son propos en ancrant sa réflexion dans une réalité historique et politique concrète
et observable : les relations entre États sont structurellement marquées par l'infidélité et la trahison.
Il écrit en effet : « On peut citer une infinité d'exemples modernes, et avancer un très grand nombre
de traités de paix, d'accords de toute espèce, devenus vains et inutiles par l'infidélité des Princes qui
les avaient conclus.
»
Cette observation est fondamentale car elle constitue le point de départ empirique de toute
l'argumentation.
Machiavel ne part pas d'un idéal moral abstrait, mais d'un constat factuel : dans le
domaine politique, et notamment dans les relations entre puissances souveraines, la parole donnée
ne semble pas avoir de grande valeur.
Les traités, qui devraient pourtant lier solennellement les États
entre eux, sont régulièrement rompus, trahis, rendus caducs.
Cette immoralité des rapports entre
États n'est pas une exception : elle est, selon Machiavel, une règle quasi universelle de la politique
internationale.
Ce constat initial est capital, car il permet à Machiavel de justifier sa thèse : si tous les princes
agissent de façon déloyale, alors un prince qui resterait fidèle à sa parole serait non seulement naïf,
mais politiquement perdant.
La loyauté, dans ce contexte, devient une faiblesse, non une force.
Face à ce constat, Machiavel tire une première et importante conclusion pratique : « ceux qui ont su
le mieux agir en renard sont ceux qui ont le mieux réussi.
» La métaphore du renard est ici
particulièrement significative.
Dans la tradition symbolique, le renard représente la ruse, la malice, la
capacité à tromper son adversaire sans avoir recours à la force brute.
En opposant implicitement le
renard au lion la force Machiavel suggère que dans la politique, la ruse est supérieure à la puissance.
Mentir, tromper, agir de manière calculée plutôt que loyale : voilà ce qui, selon lui, garantit le succès.
Il ne condamne pas cette ruse : au contraire, il l'identifie comme la clé du succès politique.
Cependant, Machiavel précise immédiatement que la ruse seule ne suffit pas.
Il y a une condition
encore plus importante à remplir : il faut savoir dissimuler cette nature rusée.
C'est pourquoi il
affirme que « ce qui est absolument nécessaire, c'est de savoir bien déguiser cette nature de renard,
et de posséder parfaitement l'art de simuler et de dissimuler.
» L'adverbe « absolument » est ici très
fort : Machiavel ne dit pas que c'est utile ou préférable, mais que c'est une nécessité absolue, une
condition sine qua non du succès politique.
On voit ici apparaître une distinction fondamentale entre deux notions qu'il convient de bien
distinguer :
- Simuler : faire croire que l'on possède une qualité que l'on n'a pas en réalité.
Il s'agit de créer une
apparence positive, de jouer un rôle, de se présenter sous un jour favorable qui ne correspond pas à
la réalité.
- Dissimuler : cacher ce que l'on est réellement.
Il s'agit de masquer ses véritables intentions, sa ruse,
ses actions réelles, pour ne pas être démasqué.
Ces deux opérations sont complémentaires : on simule la vertu, et on dissimule le vice ou la ruse.
Ensemble, elles constituent ce que Machiavel appelle l'art politique.
Ce mot « l'art » est
extrêmement important.
Il ne désigne pas un talent inné ou une disposition naturelle, mais une
maîtrise, une compétence technique qui s'acquiert, se développe et se perfectionne.
La politique,
pour Machiavel, est donc un art au sens plein du terme : comme le peintre maîtrise ses pinceaux, le
prince doit maîtriser l'apparence et la dissimulation.
Pourquoi cette dissimulation est-elle non seulement possible, mais aussi efficace ? Machiavel donne
une réponse anthropologique : « les hommes sont si naïfs, si entraînés par le besoin du moment,
qu'un trompeur trouve toujours quelqu'un qui se laisse tromper.
» Cette affirmation peut sembler
cynique, mais elle repose sur une observation psychologique et sociale importante.
Le peuple, dans
sa grande majorité, est concentré sur le temps présent, préoccupé par des besoins immédiats et
concrets : manger, payer ses dettes, dormir, survivre au quotidien.
Machiavel ne dit pas que les gens
sont stupides ou méprisables : il observe simplement qu'ils sont accaparés par leur propre vie
quotidienne et n'ont ni le temps ni les moyens de percer à jour les manœuvres de leur prince.
Il existe donc un décalage structurel entre la préoccupation du peuple centrée sur sa propre
conservation et celle de l'État.
Ce décalage est précisément ce qui rend l'art de dissimuler possible et
efficace : le prince peut agir librement dans les coulisses du pouvoir, à l'abri du regard d'un peuple
trop occupé par ses propres affaires pour surveiller son souverain.
Deuxième partie (lignes 10 à 22) : Paraître vertueux plutôt qu'être vertueux
Dans la....
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