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FAUT-IL DISTINGUER LE CITOYEN DANS L'ÉTAT ET L'INDIVIDU DANS LA SOCIÉTÉ ?

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individu

C'est l'insociable sociabilité de Kant, l'homme a le désire de vivre en société mais ses passions naturelles, son égoïsme, le pousse au conflit. Le passage à l'état est pensé comme le passage à la loi, c'est-à-dire à ce qui envisage tous les membres de l'état comme égaux. La loi permet à l'individu de dépasser l'égoïsme naturel dans lequel il était prisonnier. La raison lui permet d'envisager l'autre comme un autre lui-même. Devenir citoyen, c'est lutter contre les penchants naturels qui poussent l'homme à se préférer lui-même, c'est-à-dire à la partialité. Toute la philosophie politique moderne sera une pensée du passage du règne de la nature au règne de la raison. Mais il faut différencier l'homme à l'état de nature de l'individu en société. b)                  En réalité, une telle conception de la société sans Etat n'est pas partagée. L'idée que la société sans Etat serait une guerre inter-individuelles, « un état de guerre de chacun contre chacun « comme l'écrit Hobbes dans le Léviathan est, en effet, contestable. Au nom de quoi l'homme serait-il naturellement partial, égoïste ?

« b) En réalité, une telle conception de la société sans Etat n'est pas partagée. L'idée que la société sans Etat serait une guerre inter-individuelles, « un état de guerre de chacun contrechacun » comme l'écrit Hobbes dans le Léviathan est, en effet, contestable. Hobbes vit dans une Angleterre troublée par une guerre civile dont les causes sont à la fois religieuses et politiques. Le principe même de lamonarchie est critiqué et le roi atteint dans sa personne. En Angleterre,Charles Ier est exécuté en 1649 et Jacques II doit s'enfuir en 1688. Hobbes va s'atteler à une tâche à la fois pratique et théorique. Il s'agit de soutenir la monarchie au pouvoir ; ce soutien prend la forme d'un ouvragethéorique qui justifie l ‘autorité quasi absolue du pouvoir en place. L'œuvre de Hobbes est axée sur le concept de souveraineté (autorité politique, puissance de l'Etat, pouvoir de commander) dont il affirme qu'elleest indivisible et quasi absolue. Avant d'expliquer ce qui fait la spécificité de la pensée de Hobbes , exprimée principalement dans le « Léviathan » (1651), il est nécessaire de préciser quelques points de vocabulaire. Ø « République » (« Common-Wealth ») correspond à ce que nous appelons l' « Etat ». Hobbes lui-même donne le mot « Stade » comme un équivalent. Ø « Souveraineté » (ou souverain) est un mot qui, comme chez Bodin , désigne l'âme de la République, en ce sens qu'il exprime l'autorité de l'Etat, telle qu'elle existe indépendamment des individus. Le mot « souverain » peut donc, comme le mot « personne » étudié ci-après, se rapporter à plusieurs individus. Ø « Personne » est employé dans le sens moderne de « personne morale ». Cette personne qui détient la souveraineté peut être un individu, une assemblée ou la totalité du peuple. Quant Hobbes dit que la souveraineté ne peut pas être divisé et doit être détenue par une « personne unique », il envisage ces trois situations (un seul, une assemblée, la totalité du peuple). Le fait que ses préférences aillent à la monarchie dont le roi détient effectivement le pouvoir (qui s'oppose à lamonarchie parlementaire où le parlement détient une part de la souveraineté) ne l'empêche pas de penser que, dans lestrois cas, la souveraineté doit être quasi absolue et indivisible. Enfin, dans l'exposé qui précède, nous avons parlé de l' Angleterre , alors qu'en toute rigueur, il aurait fallu parler du Royaume-Uni . Nous avons suivi en cela, et continuerons à suivre, l'usage populaire. A strictement parler, le mot Grande-Bretagne convient mieux parce qu'en 1603, Jacques VI Stuart , roi d' Ecosse , devient Jacques I er d'Angleterre . Même s'il faudra attendre 1707 pour qu'ait lieu la fusion des couronnes, on date de 1603 le début du Royaume-Uni . Si l'on devait résumer en une seule phrase l'œuvre politique de Hobbes , la phrase étudiée ici, qui figure au chapitre 13 du « Léviathan », est certainement celle qui conviendrait le mieux : « Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tient en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est laguerre de chacun contre chacun. » Les éléments fondamentaux sont mis en place : · parce que l'homme est poussé par un insatiable appétit de domination et qu'il cherche aussi à se protéger contre les agressions d'autrui par des actions préventives, la situation (« état de nature ») qui précède la vie en société se ramène à une guerre perpétuelle ; · la paix entre les hommes ne peut être obtenue que si tout le monde se soumet à une autorité (« un pouvoir commun ») qui contraint (« les tient en respect ») les hommes à ne plus attenter à la vie d'autrui. Le passage de l'état de nature à la société se présente comme le remplacement d'une crainte par une autre. Dans l'état de nature,l'homme craint son semblable qui peut à chaque instant le tuer ou le déposséder. Dans la vie en société, l'individu craint un pouvoirfort qui garantit sa sécurité mais qui lui demande une obéissance quasi absolue. Pour que ce passage de l'état de nature à la société puisse avoir lieu, il est donc nécessaire que soit mis fin à « la guerre de chacun contre chacun » par un contrat « de chacun avec chacun ». Dans le système de Hobbes , comme cela se trouve chez certains prédécesseurs de Hobbes ou comme chez Rousseau , un contrat liant gouvernant et gouvernés. Le contrat Hobbes ien est un contrat qui ne lie que les gouvernés entre eux. Chacun de ceux-ci dit à l'autre en substance : j'accepte de ne pas attenter à ta vie et, en échange, tu t'engages à faire de même. Pour garantir cetaccord, nous acceptons d'obéir à une autorité dont la fonction sera d'imposer le respect des termes du contrat. La seule limite de cette autorité, et en même temps de cette obéissance, va découler de la « fin » de cette convention, c'est-à-dire de son objectif. Chacun abandonne l'essentiel de sa liberté au profit de sa sécurité. Chacun réfrène sa volonté de puissance (Freud diraitses pulsions agressives) pour ne pas être tué ou blessé par autrui. En conséquence pour Hobbes , si le pouvoir souverain veut attenter à ma vie (ou me blesser, m'emprisonner et autres actions qui peuvent entraîner la mort), je me trouve en état de légitime défense etj'ai le droit de résister. Certaines nuances sont apportées à ce droit de résistance ; ainsi, s'il y a promesse de pardon, je doism'incliner. De plus, ses modalités de mise en œuvre pourraient être mieux précisées. Mais l'essentiel est qu'il demeure un droit derésistance se rattachant à l'idée que l'organisation sociale a pour but de protéger le corps de l'homme et qu'elle perd son sens si,portant atteinte à ce corps, elle recrée la situation de l'état de nature qu'elle avait pour mission de supprimer. L'individu concernépourra alors protéger sa vie de la même manière qu'il l'aurait fait à l'état de nature. Nous ne sommes pas dans un système totalitaire qui exige l'anéantissement de l'individu au profit de la collectivité. L'organisationsociale a pour but de protéger l'individu. Le pouvoir qui fait régner l'ordre est quasi absolu à seule fin d'éviter la guerre civile qui n'est,en fait, qu'un retour à l'état de nature. Mais quasi absolu seulement, car ce pouvoir souverain est limité par un principe de cohérencequi veut qu'il ne fasse pas ce qu'il a pour fonction d'empêcher. »

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