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Faut-il, pour le connaître, faire du vivant un objet ?

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II est essentiel, ici, de s'attarder longuement, d'abord sur la définition du vivant, que certains de ses caractères différencient radicalement de la notion d'objet. Insistez sur le fait que la connaissance, en particulier la connaissance scientifique, doit opérer sur des objets manipulables pour accéder à leurs différentes déterminations. Cette opposition vous conduit à un plan dialectique, qui semble approprié à ce devoir. Notez que, lorsqu'on ramène le vivant à de simples rapports physico-chimiques (mécanisme) on est conduit à en faire un objet, à oublier que le vivant n'est pas une machine comme les autres.

Problème classique d'épistémologie. Il s'agit de savoir dans quelle mesure il est nécessaire de faire du vivant un objet pour l'étudier. C'est la question de l'objectivation du vivant, et de ce qu'elle implique relativement à l'analyse mécanique du vivant. Objectiver le vivant, est-ce considérer qu'il est régi par les lois ordinaires de la physique et de la chimie ? Est-ce nécessairement le considérer comme une machine ? Enfin, il faut bien souligner la distinction entre le vivant, être organisé remplissant certaines fonctions, et la vie, principe métaphysique permettant de distinguer l'inertie du vivant.

« C'est la position mécaniste, celle de Descartes notamment. Elle est induite dela séparation métaphysique de l'âme et du corps, de la substance sensible etde la vie. Il faut donc considérer le vivant comme une espèce de machinedont le fonctionnement procède de la disposition de ses parties. Le corps humain, comme le corps de l'animal, est une machine perfectionnéecréée par Dieu. Bien qu'infiniment plus complexe que nos machines, sonfonctionnement se laisse expliquer de la même manière. Les corps sontcomposés de nerfs et de muscles, comparables à des petits tuyaux, danslesquels circule une matière subtile : les esprits animaux. Lorsque noustouchons un objet par exemple, nous en prenons une conscience tactile parl'effet de ces esprits animaux qui remontent jusqu'au cerveau par l'entremisedes nerfs, et viennent heurter la "glande pinéale", siège de l'âme. Il en estainsi de tout le système sensorimoteur. Si je veux me mouvoir, un grandnombre d'esprits animaux seront canalisés vers les muscles qui serontsollicités pour accomplir ce mouvement. La lumière, les odeurs, les sons, lesgoûts, la chaleur se propagent jusqu'à notre esprit par l'intermédiaire de nosnerfs qui canalisent ces particules. La faim, la soif, le sommeil, la veille, lerêve se produisent de la même manière : un déplacement d'esprits animaux àl'intérieur des canalisations de la machinerie complexe de notre corps. Il existecependant une différence de mille entre un corps humain et un corps animal.Aucun animal n'use jamais de signes, ou d'un quelconque langage pour exprimer une pensée. On peut concevoir un automate qui réponde par la parole à certains messages simples : criersi on le touche, ou prononcer quelques phrases simples, mais aucun automate ne sera jamais en mesure d'agencerune parole qui réponde au sens de ce qu'on lui dit. Enfin, si un corps animal ou un automate peut accomplir unnombre limité de tâches, parfois même mieux que nous, il ne peut aller au-delà. Ce qui montre qu'ils agissent par ladisposition de leurs organes, et non par connaissance. Ils sont dépourvus de pensée ou d'esprit. Il n'y a que l'hommeà disposer de cet instrument universel qu'est la raison et qui lui sert en toute occurrence afin d'agir comme ilconvient. Chaque organe de la machinerie animale, tout au contraire, est spécialisé. Il lui faudrait - ce qui estimpossible - un nombre infini d'organes pour faire autant de choses que notre raison nous le permet. Toutefois ce modèle mécaniste, qui rend possible l'étude et la connaissance du vivant, suppose qu'on se limite à laconnaissance du fonctionnement du vivant, en considérant en outre que les machines ont une certaine facultéd'auto-réparation (Kant) et qu'elles ont le principe de leur organisation en elles-mêmes. Réduire le vivant à un fonctionnement mécanique ne semble pas possible à Kant : il manque à une montre – considérée comme exemplaire de la machine – des qualités qui sont présentes dans le vivant : elle ne peut produireune autre montre (pas plus qu'un de ses rouages ne peut produire ou générer un autre rouage), elle est incapablede se réparer elle-même, ou d'améliorer son propre fonctionnement. Ce qui oblige à distinguer la simple forcemotrice, bien présente dans la machine, de la force formatrice, qui est caractéristique des êtres organisés.La tentative cartésienne de connaître le vivant en l'intégrant dans le champ d'une discipline scientifique (lamécanique) est donc vaine : en fait, Descartes simplifie le vivant, le « dénature » en l'approchant à la façon d'unsimple objet. Toute tentative pour connaître le vivant par une méthode scientifique se retrouve-t-elle dans la mêmesituation ? Dans une montre une partie est l'instrument du mouvement des autres, mais un rouage n'est pas la causeefficiente de la production d'un autre rouage ; certes une partie existe pour une autre, mais ce n'est pas par cetteautre partie qu'elle existe. C'est pourquoi la cause productrice de celles-ci et de leur forme n'est pas contenue dansla nature (de cette matière), mais en dehors d'elle dans un être, qui d'après des Idées peut réaliser un tout possiblepar sa causalité. C'est pourquoi aussi dans une montre un rouage ne peut en produire un autre et encore moins unemontre d'autres montres, en sorte qu'à cet effet elle utiliserait (elle organiserait) d'autres matières ; c'est pourquoielle ne remplace pas d'elle-même les parties, qui lui ont été ôtées, ni ne corrige leurs défauts dans la premièreformation par l'intervention des autres parties, ou se répare elle-même, lorsqu'elle est déréglée : or tout cela nouspouvons en revanche l'attendre de la nature organisée. — Ainsi un être organisé n'est pas simplement machine, carla machine possède uniquement une force motrice ; mais l'être organisé possède en soi une force formatrice qu'ilcommunique aux matériaux, qui ne la possèdent pas (il les organise) : il s'agit ainsi d'une force formatrice qui sepropage et qui ne peut pas être expliquée par la seule faculté de mouvoir (le mécanisme). (...) Dans la nature lesêtres organisés sont ainsi les seuls, qui, lorsqu'on les considère en eux-mêmes et sans rapport à d'autres choses,doivent être pensés comme possibles seulement en tant que fins de la nature et ce sont ces êtres qui procurenttout d'abord une réalité objective au concept d'une fin qui n'est pas une fin pratique, mais une fin de la nature, etqui, ce faisant, donnent à la science de la nature le fondement d'une téléologie, c'est-à-dire une manière de jugerses objets d'après un principe particulier, que l'on ne serait autrement pas du tout autorisé à introduire dans cettescience (parce que l'on ne peut nullement apercevoir a priori la possibilité d'une telle forme de causalité). KANT C - Conditions de la connaissance scientifique] [Les principes de l'expérimentation]En se précisant comme expérimentale, la science suppose que tout objet qu'elle entreprend de connaître est »

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