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Formation des habitudes

Publié le 13/05/2012

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1. Conditions biologiques.

a) Habitude et nature. Nous avons vu plus haut que l'habitude, dans sa forme la plus élevée, est un instrument de dépassement de la nature. Mais il faut bien comprendre que ce dépassement même est dans le çoeu de notre nature, qui est soumise aux servitudes de la matière, mais qui est aussi esprit et liberté. L'habitude créatrice est à la fois l'effet et le signe de cette dualité de la nature : elle s'installe et se développe aux confins du corps et de l'esprit, ambiguë et ambivalente comme l'homme, qui se retrouve en elle tout entier.

C'est pourquoi aussi elle peut se rencontrer dans tous les domaines de l'humain et leur çaloir à tous des modalités d'exercice nouvelles, prolongeant une nature devenue prodigieusement plastique sous l'action de l'esprit. Nous avons de fait autant d'habitudes spécifiquement diverses que de fonctions : habitudes organiques, physiologiques, psychologiques, morales et sociales, comportant les unes et les autres d'innombrables variétés selon les formes diverses que peuvent revêtir les comportements du vivant.

« ----------------------- 88 INTRODUCTION On ne peut habituer un rat à parcourir, pour atteindre un morceau de lard, un itinéraire donné dans un labyrinthe, s'il doit recevoir chaque fois un jet d'eau brûlante au milieu du parcours. Aussi souvent qu'on répète J'opération, nulle habitude nt> se forme ; d'ail­ leurs, le rat, même aiiamè et quelque alléchant que soit le morceau de lard, finit par ne plus bouger, ou par trouver un autre itinéraire. - On ne contractera pas l'habitude de marcher sur les mains. Et si l'on peut arriver à réduire le temps du sommeil, on n'arrivera pas à s'habituer à vivre sans dormir. - De même, on ne réussira pas à contracter l'habitude de penser contre le principe de contradiction. Sans doute peut-on penser d'une manière anarchique et absurde ; mais ce n'est là qu'un accident lsi fréquent soit-il) et non une habitude proprement dite : la raison, qui est nature également, s'oppose aussi fermement à la formation d'une telle habitude que l'estomac à la digestion des cailloux. · li est vrai qu'il y a des habttudes Picieuses ct mème « contre-nature». Mais ces habitudes n'existent vraiment que parce qu'elles s'accrochent de quelque façon à la nature ; elles répondent à des besoins réels, mais ou bien monstrueusement exaltés, ou bien déviés de leur véri­ table fin. ·2. Conditions physiologiques. a) L'habitude comme système physiologique. L'habitude com­ pose, à la fois physiologiquement et psychologiquement, un système au sens irréversible, un geste, un et continu, et non une mosaïque de séquences causales discontinues. Les éléments qui le composent (excitant ou signal, avec tout ce qui lui est associé, -réactions diverses, motrices ou affectives, intellec­ tuelles ou morales, sim pl es ou complexes) forment un tout organisé de telle façon que le système tout entier a tendance à se reproduire dès que la condition initiale est donnée. Inversement, le bloc ou le système aura tendance à se désorganiser dès que les conditions de son jeu se trouveront modifiées, c'est-à-dire qu'il ne pourra plus fonctionner comme tm tout. b) Les processus physiologiques. La première condition de la formation de l'habitude réside dans la création des voies ner­ veuses, qui faciliteront le passage de l'influx nerveux. Mais il faut aussi que les habitudes, quand elles se traduisent en phéno­ mènes mot~urs, s'inscrivent dans le système musculaire. Les organes doivent être assouplis et disciplinés. D'où la résistance que rencontre l'acquisition de l'habitude et le rôle de la répé­ tition. Celle-ci devient indispensable dès qu'il s'agit de vaincre une résistance organique. Le nombre des répétitions, comme la aolidité de l'habitude organique, seront d'ailleurs extrêmement variables suivant les espèces et les individus, suivant aussi que »

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