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Heidegger: dictature du "on"

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heidegger Le distancement caractéristique de l'être-avec-autrui implique que l'être-là se trouve dans son être-en-commun quotidien sous l'emprise d'autrui. Il n'est pas lui-même, les autres l'ont déchargé de son être. Les possibilités d'être quotidiennes de l'être-là sont à la discrétion d'autrui. Autrui, en ce cas, n'est pas quelqu'un de déterminé. N'importe qui, au contraire, peut le représenter. Seule importe cette domination subreptice d'autrui, à laquelle l'être-là, dans son être-avec-autrui, s'est déjà soumis. Soi-même, on appartient à autrui et l'on renforce son empire. « Les autres », que l'on nomme ainsi pour dissimuler le fait que l'on est essentiellement l'un d'eux, sont ceux qui, dans l'existence commune quotidienne, se trouvent « être là » de prime abord et le plus souvent. En usant des transports en commun ou des services d'information (des journaux par exemple) chacun est semblable à tout autre. Cet être-en-commun dissout complètement l'être-là qui est mien dans le mode d'être d'« autrui », en telle sorte que les autres n'en disparaissent que davantage en ce qu'ils ont de distinct et d'expressément particulier. Cette situation d'indifférence et d'indistinction permet au « On » de développer sa dictature caractéristique. Nous nous amusons, nous nous distrayons, comme on s'amuse ; nous lisons, nous voyons, nous jugeons de la littérature et de l'art, comme on voit et comme on juge ; et même nous nous écartons des « grandes foules » comme on s'en écarte ; nous trouvons « scandaleux » ce que l'on trouve scandaleux. Le « On » qui n'est personne de déterminé et qui est tout le monde, bien qu'il ne soit pas la somme de tous, prescrit à la réalité quotidienne son mode d'être. (...) Le « On » se mêle de tout, mais en réussissant toujours à se dérober si l'être-là est acculé à quelque décision. Cependant, comme il suggère en toute occasion le jugement à énoncer et la décision à prendre, il retire à l'être-là toute responsabilité concrète. Le « On » ne court aucun risque à permettre qu'en toute circonstance on ait recours à lui. Il peut aisément porter n'importe quelle responsabilité, puisque à travers lui personne jamais ne peut être interpellé. On peut toujours dire : on l'a voulu, mais on dira aussi bien que « personne » n'a rien voulu. Martin HEIDEGGER

La traduction et l’explication des textes de Heidegger ne sont jamais choses aisées. En effet ce dernier a opéré une véritable refonte du vocabulaire philosophique. C’est la nature même de son questionnement nouveau et radical sur l’être qui la conduit à proposer un discours si particulier. Dans cet extrait, Heidegger aborde le thème du sens commun, de nos manières d’être quotidiennes au travers d’exemples de situations courantes.

L’ « être-là « (chacun de nous), conserve-t-il sa singularité et sa liberté dans le monde ambiant, dans sa coexistence avec les « autres « ? C’est cette problématique que Heidegger soulève dans cet extrait.

Sa thèse est que chacun de nous est bien plutôt toujours déjà sous l’influence du dictat qu’est le fameux « On «, sous l’influence de sa présence factice et de son nivellement dans notre quotidien.

Cet extrait s’organise en trois moments distincts :

(ligne 1 à 5) Heidegger expose sa thèse sur l’absorption de ma singularité dans tout « être-en-commun «.

(ligne 6 à 11) Notre manière habituelle de nous comporter et de nous exprimer trahie cette influence dictatoriale du « On «.

(ligne 11 à fin) Le « On «, fantôme derrière lequel nous fuyons notre authenticité, nous déresponsabilise.

 

« L'extrait nous expose d'emblée une scène banale de la vie quotidienne : l'usage des transports en commun.L'argument heideggérien repose non sur cet exemple, mais plutôt sur le sens qu'il dévoile. En effet, chaque fois queje prends le bus, ma position est la même que celle de ceux qui partagent ce bus avec moi : un usager. Ce queHeidegger appelle l' « être-en-commun » c'est ce partage d'un espace par plusieurs « êtres-là » (« Dasein », tout humain en tant qu'il « est là », en situation dans l'existence). Cette manière étrange d'exprimer une situation, somme toute banale, provient de la volonté même d'Heidegger, quisouhaite analyser les manières et modes d'être des humains. Ce vocabulaire dévoile un discours dont la portée est« ontologique » (recherche d'une vérité sur l'être). Ce qu'il constate, c'est que mon être singulier, dans unesituation de proximité avec les autres, se dissout dans et par cette situation. Vouloir utiliser le bus, c'est se mettredans une situation de partage autour d'un but et d'une préoccupation commune : prendre le bus. Cette situation, qui fonde un « être-en-commun », annihile la singularité de mon « être-là » dans le mode d'être d'« autrui », nous dit Heidegger. Ce qu'il exprime ici, c'est l'influence dépersonnalisante de ces situations communes.Nous nous plions, de fait, aux mêmes comportements et usages que la morale commune prescrit. Cette morale commune est mise en exergue par ce « On » que désigne Heidegger. Ce « On », que chacun utilisepour signifier et se ranger sous l'opinion commune, est donc conditionné par cette situation quotidienne et banalequ'est le partage d'un bus ou la lecture du journal. Nous pourrions nous étonner de cette critique d'Heidegger àl'égard d'attitudes qui pourtant nous permettent d'affirmer notre humanité commune. Sous cet aspect de reconnaissance mutuelle, Heidegger y voit au contraire une situation « d'indifférence etd'indistinction » dans laquelle le « On », véritable « dictature », prend racine. Loin de se reconnaître mutuellement,ce type de situation quotidienne et banale fait fondre les individualités dans la masse des « autres ». C'est uneforce contraignante de dépersonnalisation que décrit ici Heidegger. La force de « personne » La grande force du « On » (« Man ») est remarquable dans nos manières d'être. C'est ainsi que Heidegger énonce une liste non exhaustive de la manière, toujours rapportée à un usage ou une opinion jugée commune, dont nousnous comportons au quotidien. S'amuser, lire, voir, juger, s'écarter de la foule, trouver scandaleux, sont desmanières d'être que les hommes partagent, certes. Mais plus que ce partage, ces attitudes sont, le plus souvent,empruntées. Le sens commun, la morale et l'opinion commune exerce sa contrainte si bien que nous apprenons viteà imiter les autres et à faire selon le « on dit ». C'est cette influence que dénonce Heidegger. Nous faisons toutcomme « On » nous le dit, avec pour résultat de n'être plus personne. En effet, respecter le dictat du « On », c'est respecter « personne ». Le « On » n'a pas d'existence déterminée,c'est tout le monde et donc personne à la fois, précise Heidegger. Cette instance virtuelle pèse pourtant lourd.Chacun se range le plus souvent, en effet, à l'avis majoritaire, à l'opinion commune, à ce qu' « on » nous dit. Le« On », bien qu'il n'existe pas, est prescripteur, nous dit Heidegger. Malgré le fait que nous ne puissions jamaisidentifier clairement ce « On », celui-ci possède une grande influence. Bien que chaque situation quotidienne recèleune infinité de possibilités de réaction, c'est le « On » qui détermine une possibilité moyenne en supprimant d'embléecelle, singulière, de tel individu. Si bien que, prescrivant « à la réalité quotidienne son mode d'être », le « On »affadit toute situation d'emblée en la déterminant abusivement de manière médiocre (moyenne). Heidegger affirmeainsi la routine et la banalité qui caractérisent le plus souvent nos vies quotidiennes, lorsqu'il indique que ce « On »« prescrit à la réalité quotidienne son mode d'être ». La lâche impunité du « On » Ce qu'Heidegger dénonce ici, n'est ni plus ni moins que la « déchéance », le « bavardage » et l' « inauthenticité »(termes apparaissant dans l'œuvre) que confère cette ambiance quotidienne médiocre dans laquelle « On » nousplonge. Ce qui est remarquable, c'est le paradoxe inhérent à cette force obscure qu'est ce mode d'être dans lerespect du « On ». Il est omniprésent et pourtant n'existe pas. Plus, le « On » déresponsabilise, nous dit Heidegger.En effet, agir en fonction du « On », c'est ne pas agir uniquement par soi, mais se cacher derrière une entité forteet cependant abstraite. Le « On » nous détourne donc de la prise individuelle de responsabilité devant l'existence.J'agis comme cela car c'est ainsi « qu'on fait ». Le « on dit » peut être utilisé certes en toute circonstance, comme à l'avis général auquel on se range, maislorsqu'une situation singulière et imprévue survient et qu'il faille choisir, alors le « On » n'est plus là, silencieux.Celui-ci ne peut pas dégager l'individu des choix difficiles et donc toujours solitaires. C'est la leçon qu'il fautentendre dans le texte de Heidegger. L'individu peut fort bien, dans le réseau de signification rassurant de nossituations banales et quotidiennes, se cacher derrière le « On ». Mais lors d'une rupture sentimentale par exemple,nous le savons tous, le « On » ne console pas vraiment et ne permet pas non plus d'être sûr de ses sentiments etde ses choix en réaction. Dans les situations d'angoisse, le « On » nous laisse seuls avec celle-ci. Le « On » est uneforce néantisante de la vérité singulière et de la personnalité. Vivre selon le dictat du « On », c'est accepter den'être pas soi-même, d'être comme « les autres », de n'être, en définitive, personne concrètement. Le « On » estalors synonyme de « décadence », d' « inauthenticité » chez Heidegger. »

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