Influence vs Manipulation
Publié le 05/01/2026
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TPE S5
L’éthique de la persuasion : où se situe la limite entre influence et manipulation ?
Enseignant : Pascal LUDWIG
Bien avant l’ère des notifications et des réseaux sociaux, l’homme réfléchissait déjà
aux moyens d’orienter la pensée d’autrui.
Aristote, dans la Rhétorique, montrait que
persuader pouvait reposer sur des arguments honnêtes, mais aussi sur des procédés plus
contestables.
Aujourd’hui, dans nos sociétés aux technologies avancées où une phrase, une
image ou même un simple choix de mise en page peut parfois suffir à orienter des millions de
personnes, la limite entre une influence acceptable et une manipulation dissimulée devient
plus difficile à établir.
Comprendre cette frontière permet de mieux saisir comment nos choix
se forment et à quel point ils peuvent être fragilisés.
Persuader, consiste à orienter la manière
dont quelqu’un perçoit une idée ou une situation.
Très souvent, on cherche à partager une
conviction, à transmettre une émotion, ou même à éclairer une décision.
La manipulation
quant à elle se distingue par l’usage d’un effet d’influence qui se fait sans que la personne
soit vraiment consciente ou sans qu’elle dispose de tous les éléments nécessaires pour établir
librement son jugement.
Dès lors, la distinction entre influence et manipulation est d’autant
plus difficile à établir puisque les deux termes mobilisent souvent des moyens similaires.
On
peut de la même manière jouer sur l’émotion, sur le cadrage d’une information ou sur la
manière de présenter un choix, ce qui rend parfois complexe de déterminer à quel moment un
discours cesse d’éclairer et commence à orienter de manière trompeuse.
Ainsi, la distinction entre influence et manipulation devient d’autant plus floue que les
outils utilisés se recoupent.
Les mêmes formes de discours, les mêmes images ou les mêmes
leviers psychologiques peuvent servir à transmettre une idée de manière honnête, ou au
contraire, à orienter un jugement en limitant la liberté de celui qui le reçoit.
Cette proximité
brouille les repères et complique l’évaluation éthique de ces pratiques.
La question est alors
de savoir comment reconnaître ce qui relève d’une influence légitime de ce qui au contraire
commence à réduire l’autonomie de celui qui la subit.
Autrement dit, comment tracer une
limite cohérente entre des démarches parfois très proches dans leurs effets comme dans leurs
moyens.
Pour avancer sur cette question il faudra d’abord comprendre en quoi l’influence
occupe une place essentielle dans les relations humaines et ainsi dans nos sociétés, puis
ensuite essayer d’analyser les mécanismes qui peuvent transformer certaines pratiques en
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manipulation, avant d’examiner les critères susceptibles de distinguer l’influence saine d’une
manipulation discrète de manière plus claire et assurée.
Il est difficile de penser qu’un homme puisse vivre isolé de toute influence.
Son
éducation, sa société, toutes ses interactions avec autrui modifient nécessairement sa manière
de penser et d’agir.
Nous partageons ainsi des expériences, des émotions, des points de vue et
des connaissances qui orientent naturellement la compréhension et l’attention des autres.
Nos
pensées et nos décisions se construisent alors à travers nos rapports aux autres, de manière
assez inconsciente.
Aristote montre clairement que cette influence est inhérente à la vie
sociale.
Dans la Rhétorique il la définit comme “la faculté de découvrir des moyens de
persuasion”, on comprend alors qu’il ne s’agit pas d’un art incertain mais d’une réalité à la
vie en société.
L’homme en tant qu' “animal politique”, doté du logos, cherche forcément à
convaincre ou à orienter.
Parler, prendre la parole forme déjà une prise de position et donc un
avis pouvant influencer autrui.
De plus, en distinguant ethos, pathos et logos, Aristote ne
rejette pas les moyens de convaincre comme les apparences, les émotions, la cohérence… Il
ne cherche qu’à montrer qu’ils sont partie intégrante des relations humaines.
Aristote critique
l’usage que l’on en fait et non l’influence existante.
C’est cette même critique qui est
attribuée aux sophistes.
Ils manipulent les apparences dans le but d’obtenir un effet plutôt que
de rechercher la vérité.
Ils arrivent à détourner la rhétorique de sa fonction.
Aristote propose à
la place une persuasion honnête où l’auditeur conserve sa pleine capacité de jugement.
L’influence n’est pas toujours une menace, lorsqu'elle est “saine” elle aide à clarifier un
jugement et à élargir la compréhension d’autrui.
Dans nos sociétés actuelles, cette dynamique s’est transformée mais persiste toujours.
Par exemple, la publicité ciblée comme les recommandations automatiques nous influencent
tous les jours sans même qu’on puisse s’en rendre compte.
On évolue dans une société où
tout est choisi attentivement pour orienter nos décisions.
Certains dispositifs comme les choix
de couleur, les placements stratégiques ou encore ces incitations discrètes qu’on nomme les
nudges créent des conditions dans lesquelles certains comportements deviennent plus
probables que d’autres.
Ainsi les nudges exploitent des biais cognitifs, des sortes de
raccourcis mentaux auxquels les hommes sont sensibles pour orienter leurs choix et leurs
habitudes discrètement.
Par exemple, dans le domaine de la santé, des nudges peuvent être
utilisés.
Il est courant que les cantines placent les fruits à hauteur des yeux pour inciter à en
manger, ce qui augmente leur consommation.
Ici, il s’agit d’une influence positive sur nos
comportements, cependant ce n’est pas toujours le cas.
Les réseaux sociaux poussent à rester
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connecté, le nudge joue contre l'autonomie de l’utilisateur avec des moyens très simples, des
systèmes de récompenses avec les like mais aussi la fonction scroll infini qui influence alors
négativement ses utilisateurs à rester connectés.
Ces deux exemples montrent bien que
l’influence omniprésente dans notre société n’est pas le véritable problème, il ne faut donc
pas la condamner.
Elle peut encourager des pratiques bénéfiques mais aussi conduire à des
effets plus discutables.
La différence ne dépend donc pas des techniques employées, souvent
similaires, mais de l’intention qui les motive.
Autrement dit, le nudge n’est pas la source du
problème, c’est son rapport à l’individu et la faculté de décider librement de ses choix.
La
tension s’éclaire, comprendre à partir de quel moment chaque influence aussi discrète qu’elle
puisse être, affaiblit les capacités de jugement.
L’influence apparaît comme un phénomène indissociable des communications
humaines.
Elle façonne nos habitudes, guide nos actions et intervient dans nos rapports aux
autres, parfois pour aider d’autres fois pour nous nuire.
En passant de l’idéal aristotélicien
d’une persuasion honnête jusqu’aux mécanismes contemporains des nudges, on retrouve les
mêmes tensions.
Les outils qui permettent de modifier les comportements, les pensées de
l’individu peuvent agir sans même que ce dernier en prenne conscience.
Il faut maintenant
comprendre la limite entre l’influence qui guide l’individu sans rien lui imposer et celle qui le
contraint en lui ôtant sa capacité à raisonner par lui-même.
Si l’influence fait partie de nos échanges, la manipulation s’en distingue de par son
opacité.
En effet, tout n’est pas montré voire pire, caché.
Celui qui manipule choisit de
dissimuler ou de réorganiser l’information pour arriver à ses fins, celles d’orienter les
décisions, actions d’autrui.
La personne manipulée ne possède plus toutes les informations et
ne peut donc pas exercer correctement son jugement.
Et on peut l’observer dans de nombreux
domaines de la vie quotidienne, comme par exemple dans une simple publicité ne parlant que
des aspects positifs d’un produit ou bien dans des discours politiques où la démagogie
domine, et seules les statistiques avantageuses sont sélectionnées.
Rien n’est alors imposé à
l’individu manipulé, pourtant ne possédant pas toutes les informations, on le prive de sa
capacité à juger la situation dans sa globalité.
L’asymétrie de l’information devient un levier
de pouvoir.
Celui qui sait peut aisément orienter une personne privée d’une partie des
données.
Un exemple concret dans notre société actuelle montre comment la limite entre
influence et manipulation est fine.
Maintenant que les intelligences artificielles sont capables
de générer des vidéos, des deepfakes, il devient très difficile de distinguer le vrai du faux.
La
force de ce type de contenu tient alors de l’opacité de celui-ci.
La manipulation n’est pas
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perceptible et un biais très simple est utilisé, celui de croire ce que l’on voit.
Ces contenus
engendrent des réactions et sentiments immédiats, ainsi la liberté de jugement est directement
compromise.
L’individu s’appuie sur ce qu’il croit être une preuve sans remettre
l’information en cause, alors qu’en réalité il s’agit d’un moyen de manipulation qui dans
certains cas peut passer inaperçu.
Avec la capacité des intelligences artificielles à produire ces
deepfakes, il est devenu nettement plus complexe de différencier l'authentique du fallacieux.
On peut avoir l'impression qu'une personne parle, manifeste une émotion ou adopte une
posture qu'elle n'a en réalité jamais prise.
Il ne suffit plus de choisir ou d'organiser une
information, mais de construire une scène totalement fictive pour susciter une réponse
instantanée.
Ici, la capacité de jugement est directement mise à l’épreuve, car la confiance
accordée à l’image est exploitée pour orienter une....
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