Introduction à la philosophie du sentiment amoureux: Pourquoi les philosophes peinent à conceptualiser l'amour?
Publié le 10/02/2026
Extrait du document
«
Introduction: Le concept d’Amour comme mystère, pourquoi les
philosophes peinent tant à parler du sentiment amoureux?
Arrêtez de parler d’amour, faites l’amour.
Aimer n’est pas affaire de
mots, mais activité.
C’est un dynamisme, un “faire” toujours en devenir, et non
pas un état figé de l’être.
Ainsi, on comprend pourquoi la froide activité de la raison, qui trie,
compile, organise, systématise, peine à donner du concept d’Amour une
définition que l’on pourrait ranger dans notre armoire à concepts bien modelés.
L’amour, au contraire, semble outrepasser le concept.
Elle le fait exploser, le
déborde et le rend presque muet.
Comme on le verra plus loin, il y a bien trop à
dire de l’amour pour qu’un livre, même immense, puisse en épuiser la
substance.
Ainsi, la philosophie, loin de nous faire mieux comprendre l’Amour,
risque au contraire de nous en dresser un portrait simpliste, rigide, froid, ratant
ainsi le coeur même du sentiment amoureux, de la réalité de l’amour.
Car
comme le dit Yourcenar: “Les philosophes font subir à la réalité, pour pouvoir
l’étudier pure, à peu près les mêmes transformations que le feu ou le pilon font
subir aux corps: rien d’un être ou d’un fait, tels que nous l’avons connu, ne
paraît subsister dans ces cristaux ou dans cette cendre.”
Il semble donc que la pensée abstraite, permettant de formuler un concept
de l’amour, soit insatisfaisante quand il s’agit de penser l’amour (et peut-être
est-ce le cas pour bien d’autres réalités que le philosophe soumet à l’examen).
Cela peut alors possiblement s’expliquer par:
1) La pensée philosophique est essentiellement démonstrative: philosopher
prend du temps, nécessite des étapes (questionnement, formulation d’un
problème, élaboration d’une thèse et d’arguments, etc.), et peine donc à rendre
ce qui est de l’ordre de l’intuition.
Ce n’est pas un hasard si ce thème,
l’intuition, est si retord en philosophie.
Dire ce qu’est l’intuition nous aide à
cerner ce phénomène, mais pas à le pénétrer.
Autrement dit, il semble difficile
de comprendre une intuition que nous n’avons jamais vécu nous même.
Ainsi
en va-t-il pour les croyants faisant appel à l’intuition de la révélation (Pascal par
ex).
C’est bien pour cela qu’au quotidien, nous peinons à expliquer nos
intuitions aux autres.
C’est pourquoi le raisonnement philosophique peut
souvent nous apparaître comme étant un traître: il ne parvient pas à rendre le
réel tel que nous l’expérimentons, il vide le phénomène de ce qui en fait la
vitalité.
Ainsi, en prétendant rendre la vérité de la chose plus évidente, il ne
fait que dénaturer cette chose (ici l’amour).
C’est pour cela que l’on oppose
souvent amour et raison, car ne pas s’abandonner à l’amour pour rester
“raisonnable”, n’est-ce pas rater l’amour? → Texte 2
→ Définition intuition: Forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au
raisonnement.
2) Aimer est un verbe d’action et l’amour est un processus dynamique:
Comme nous l’avons déjà évoqué dans la première phrase de cette introduction,
l’amour se fait.
Il est en mouvement: la passion des débuts, la sédimentation de
ce sentiment volatil en quelque chose de plus profond, le passage du temps qui
donne à cet amour de nouvelles couleurs, etc.
Il semble donc difficile de donner
une forme fixe à l’amour, or le concept tout comme le langage sont
essentiellement fixant (voir Bergson sur les limites du langage, me demander le
texte par mail si besoin).
L’idée à laquelle le mot “amour” renvoie semble donc
insuffisante, presque méprisable, à côté de la profondeur du sentiment
amoureux.
De sorte que ce mot pourrait prendre une infinité de sens selon le
locuteur.
Et que celui qui le prononce en ayant aimé de toute son âme ne dit pas
la même chose que celui qui n’aime que lui-même ou qui ne sait aimer que de
façon superficielle.
3) L’amour serait donc de l’ordre de l’ineffable: en conséquence du point 2,
on voit que le langage, et donc la pensée, sont en crise face au sentiment
amoureux.
Mais il peut tout de même exister des actes, même lorsque la pensée
est confuse et le langage muet.
C’est pourquoi l’acte d’aimer est souvent
comparé à une folie (“je suis fou amoureux”) et l’on sait bien que ces actes sont
bien souvent éloignés de ce que la sage raison appelle.
On en revient donc à
cette double idée: c’est parce qu’il est ineffable que l’amour doit être acte, à
défaut de pouvoir en parler, il faut le faire.
L’ineffable, comme on va le voir
avec l’extrait 2 du texte 1, n’est donc pas “ce dont il n'y a absolument rien à
dire”, mais il se définit par le fait “qu'il y a sur lui infiniment, interminablement
à dire”.
Autrement dit, l’ineffable convient à ces choses, comme l’amour ou la
musique, dont on ne saurait jamais tout dire ou trop dire, car ces choses font
signe vers une sorte d’infini.
Ainsi on comprend mieux pourquoi la littérature,
de ses origines à nos jours, n’a jamais cessé de parler de l’amour.
Quelques exemples de philosophes peu inspirants sur l’amour:
Note: il ne faut pas oublier que l’histoire de la philosophie est essentiellement masculine.
Autrement dit, avant le XXe siècle, ce sont les hommes philosophes qui parlent de l’amour
et/ou des femmes.
On se doute donc qu’une part de misogynie est présente au sein de cette
histoire.
- Platon, qui voit tout ce qui relève du sensible avec méfiance, n’est
évidemment pas du côté de l’amour passionnel, il promeut l’amour d’une
âme envers une autre.
Non pas que cela soit un souci, mais il vide
l’amour de sa dimension charnelle (voir cours sur Le Banquet)
- Schopenhauer, dans les suppléments de Le Monde comme volonté et
comme représentation, fait de l’amour une sorte de ruse qui fait passer le
désir animal de reproduction pour quelque chose de plus élevé.
- Kant, qui selon les sources (vagues) semble avoir eu une relative absence....
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