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La connaissance s'interdit-elle tout recours à l'imagination ?

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« Particulièrement intéressant -et plus difficile à étudier- est ce qu'on pourraitappeler l'usage méthodique de la fiction tel que le pratique par exempleRousseau dans le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmiles hommes". De l'homme à l'état de nature nous n'avons aucun témoignageet aucune observation n'en est possible. Il est pourtant nécessaire de "savoirdémêler ce qu'il y a d'originaire et d'artificiel dans la nature actuelle del'homme". Faute de pouvoir résoudre le problème qu'il formule dans sa"Préface" ("Quelles expériences seraient nécessaires pour parvenir à connaîtrel'homme naturel; et quels sont les moyens de faire ces expériences dans lasociété?") Rousseau se propose de restituer la nature de l'homme en"écartant tous les faits". "Il ne faut pas prendre les recherches danslesquelles on peut entrer sur ce sujet pour des vérités historiques mais pourdes raisonnements hypothétiques et conditionnels, plus propres à éclairer lanature des choses qu'à en montrer la véritable origine, et semblables à ceuxque font tous les jours nos physiciens sur la formation du monde." C'est aumythe qu'il appartient de retracer l'histoire de l'origine. Un mythe n'offre pasde connaissance, encore qu'il puisse l'inspirer. S'agit-il donc dans ladescription de l'état de nature et celle du passage à l'état civil d'un mythe?On remarquera qu'il ne fait intervenir aucune puissance divine: par là ilrenouvelle l'effort de rationalité mis en oeuvre par Démocrite et Lucrèce (livre5). Il s'agit donc plutôt d'un travail de recherche des principes, d'ordremétaphysique, que d'une rêverie sans fondement. 5) En ce qui concerne la connaissance scientifique, l'histoire montre que la formation des hypothèses est très loind'exclure l'imagination. On en propose l'exemple suivant. Dans sa "Dioptrique", Descartes ne se prononce pas sur lanature de la lumière: il propose diverses images de ce qu'elle pourrait être. Celles qui semblent l'emporter, comme entémoignent les figures, celle de la trajectoire d'une balle en particulier, sont des images mécaniques. Huyghens,dans son "Traité de la lumière" recourt à des images très différentes (celle de la propagation d'ondes). Les formulesmathématiques des lois de la réflexion et de la réfraction sont identiques dans l'un et l'autre cas. Cependant, lavision de Huyghens est susceptible d'inspirer et de soutenir la solution de certains problèmes (celui de la doubleréflexion d'un cristal de calcite) que ne permet pas de comprendre la vision cartésienne. Durant longtemps, l'imageque proposait Huyghens ne fut pas prise en considération (à cause de l'autorité de Newton dont l'optique est régiepar des images mécaniques). Elle est pourtant à la source de la conception ondulatoire de la lumière.Valéry, qu'enthousiasma la lecture du "Traité d'électro-magnétisme" de Maxwell, fait état, dans l' "Introduction à laméthode de Léonard de Vinci" du rôle que peut jouer ce qu'il appelle la "logique imaginative". Il en trouve un exemplechez Faraday: "Faraday n'était pas mathématicien, mais il ne différait des mathématiciens que par l'expression de sapensée, par l'absence de symboles dans l'analyse. "Faraday voyait, par les yeux de son esprit, des lignes de forcestraversant tout l'espace où les mathématiciens voyaient des centres de force s'attirant à distance" (Maxwell). Unenouvelle période s'ouvrit pour la science physique à la suite de Faraday; et quand Maxwell eut traduit dans lelangage mathématique les idées de son maître, les imaginations scientifiques s'emplirent de telles visionsdominantes. La précisions de plus en plus grande demandée à la figuration des modes de l'énergie, à la volonté devoir ont fait apparaître des constructions hypothétiques d'un intérêt logique et psychologique immense." CITATIONS : « L'imagination est la folle du logis. » Malebranche, De la Recherche de la vérité, 1674-1675. « Imagination — C'est cette partie dominante dans l'homme, cette maîtresse d'erreur et de fausseté, et d'autantplus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours. » Pascal, Pensées, 1670 (posth.) « Les hommes jugent des choses selon la disposition de leur cerveau et les imaginent plutôt qu'ils ne lesconnaissent. » Spinoza, Éthique, 1677 (posth.) « Il est vraisemblable que le principal crédit des miracles, des visions, des enchantements et de tels effetsextraordinaires, vienne de la puissance de l'imagination agissant principalement contre les âmes du vulgaire, plusmolles. » Montaigne, Essais, 1580-1588. « Qu'on loge un philosophe dans une cage de menus filets de fer clairsemés, qui soit suspendue au haut des toursNotre-Dame de Paris, il verra par raison évidente qu'il est impossible qu'il en tombe, et pourtant, il ne se sauraitgarder [...] que la vue de cette hauteur extrême ne l'épouvante et ne le transisse. » Montaigne, Essais, 1580- 1588. Imagination : « Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer [...], aétabli dans l'homme une seconde nature. » Pascal, Pensées, 1670 (posth.) « L'imagination dispose de tout; elle fait la beauté, la justice, et le bonheur, qui est le tout du monde. » Pascal, Pensées, 1670 (posth.) »

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