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La conscience peut-elle être objective

Publié le 21/03/2004

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conscience
Ce sujet peut être traité dans des perspectives différentes selon le sens que l'on donne au mot «conscience.'. Si l'on considère la simple conscience psychologique, celle qu'a un sujet des objets extérieurs, la question portera sur le problème de l'objectivité de notre connaissance du monde. En revanche, si l'on considère la conscience morale, on fera porter la question sur le problème de l' objectivité éthique. Les deux problématiques ne sont d'ailleurs pas exclusives. Nous examinerons ici celle de la morale, en rappelant quelques grandes positions philosophiques ; pour le problème de la connaissance, on trouvera des éléments de réflexion dans les différents sujets sur la vérité.1. Exposition du problème* Dire que la conscience morale peut être objective, c'est dire que la vérité des principes et des jugements moraux est indépendante de la conscience qui les conçoit, ainsi que de l'époque et de l'endroit à laquelle elle les conçoit. Une morale objective sera donc immuable et universelle.* On a tenté de plusieurs manière de démontrer l'existence d'une vérité morale objective ou, si l'on préfère, d'une morale objective.

La conscience étant la condition de toute pensée et de tout savoir, elle est ce qui résiste à tous les doutes (Descartes). Elle est objective tant sur le plan de la connaissance que sur celui de la moralité. Mais, la conscience ne nous livrant qu'une connaissance partielle et donc erronée de nous-mêmes est plus un obstacle qu'un instrument pour la connaissance du monde et des autres. A ce titre, elle ne peut pas prétendre à l'objectivité.

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« La conscience est le fondement de toute connaissanceLorsque Descartes entreprend de soumettre tout savoir à l'épreuve dudoute, l'unique certitude qui résiste au doute est celle du Cogito ergosum: «Je pense, donc je suis».

La conscience, c'est ce qui me faitconnaître non seulement que j'existe, mais encore qui je suis, «unechose pensante», source de connaissance et de vérité.Le Je pense donc je suis apparaît au début de la quatrième partie du «Discours de la méthode », qui présente rapidement la métaphysique deDescartes.

On a donc tort de dire « Cogito ergo sum », puisque cetexte est le premier ouvrage philosophique important écrit en français.Pour bien comprendre cette citation, il est nécessaire de restituer lecontexte dans lequel elle s'insère.

Le « Discours de la méthode »présente l'autobiographie intellectuelle de Descartes, qui se fait leporte-parole de sa génération.

Descartes y décrit une véritable crise del'éducation, laquelle ne tient pas ses promesses ; faire « acquérir uneconnaissance claire & assurée de tout ce qui est utile à la vie ».En fait, Descartes est le contemporain & le promoteur d'une véritablerévolution scientifique, inaugurée par Galilée, qui remet en cause tousles fondements du savoir et fait de la Terre, jusqu'ici considérée commele centre d'un univers fini, une planète comme les autres.

L'homme estdésormais jeté dans un univers infini, sans repère fixe dans la nature,en proie au doute sur sa place et sa fonction dans un univers livré auxlois de la mécanique.

Or, Descartes va entreprendre à la fois de justifier la science nouvelle et révolutionnairequ'il pratique, et de redéfinir la place de l'homme dans le monde.Pour accomplir cette tâche, il faut d'abord prendre la mesure des erreurs du passé, des erreurs enracinées ensoi-même.

En clair, il faut remettre en cause le pseudo savoir dont on a hérité et commencer par le doute :« Je déracinais cependant de mon esprit toutes les erreurs qui avaient pu s'y glisser auparavant.

Non quej'imitasse en cela les sceptiques, qui ne doutent que pour douter ; car, au contraire, tout mon dessein netendait qu'à m'assurer, et à rejeter la terre mouvante & le sable, pour trouver le roc & l'argile.

» (« Discoursde la méthode », 3ième partie).Ce qu'on appelle métaphysique est justement la discipline qui recherche les fondements du savoir & deschoses, qui tente de trouver « les premiers principes & les premières causes ».

Descartes, dans ce tempsd'incertitude et de soupçon généralisé, cherche la vérité, quelque chose dot on ne puisse en aucun casdouter, qui résiste à l'examen le plus impitoyable.

Cherchant quelque chose d'absolument certain, il vacommencer par rejeter comme faux tout ce qui peut paraître douteux.« Parce qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensais qu'il fallait [...] que jerejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s'il neresterait point après cela quelque chose [...] qui fut entièrement indubitable.

»Le doute de Descartes est provisoire et a pour but de trouver une certitude entière & irrécusable.Or il est sûr que les sens nous trompent parfois.

Les illusions d'optique en témoignent assez.

Je dois doncrejeter comme faux & illusoire tout ce que les sens me fournissent.

Le principe est aussi facile à comprendreque difficile à admettre, car comment saurais-je alors que le monde existe, que les autres m'entourent, quej'ai un corps ? En toute rigueur, je dois temporairement considérer tout cela comme faux.A ceux qui prétendent que cette attitude est pure folie, Descartes réplique par l'argument du rêve.

Pendantque je rêve, je suis persuadé que ce que je vois et sens est vrai & réel, et pourtant ce n'est qu'illusion.

Lesentiment que j'ai pendant la veille que tout ce qui m'entoure est vrai & réel n'est donc pas une preuvesuffisante de la réalité du monde, puisque ce sentiment est tout aussi fort durant mes rêves.

Par suite je dois,si je cherche la vérité : « feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient nonplus vraies que l'illusion des songes ».Mais le doute de Descartes va bien plus loin dans la mesure où il rejette aussi les évidences intellectuelles, lesvérités mathématiques.

« Je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pourdémonstrations.

»Nous voilà perdu dans ce que Descartes appelle « l'océan du doute ».

Je dois feindre que tout ce quim'entoure n'est qu'illusion, que mon corps n'existe pas, et que tout ce que je pense, imagine, sens, meremémore est faux.

Ce doute est radical, total, exorbitant.

Quelque chose peut-il résister ? Vais-je me noyerdans cet océan ? Où trouver « le roc ou l'argile » sur quoi tout reconstruire ? On mesure ici les exigences derigueur et de radicalité de notre auteur, et à quel point il a pris acte de la suspicion que la révolutiongaliléenne avait jetée sur les sens (qui nous ont assuré que le soleil tournait autour de la Terre) et sur ce quela science avait cru pouvoir démontrer.« Mais aussitôt après je pris garde que, cependant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallaitnécessairement que moi, qui pensais, fusse quelque chose.

Et remarquant que cette vérité : je pense donc jesuis, était si ferme et si assurée, que les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pascapables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de laphilosophie que je cherchais.

»Il y a un fait qui échappe au doute ; mon existence comme pensée.

Que ce que je pense soit vrai ou faux, jepense.

Et si je pense, je suis.

Le néant ne peut pas penser.

La première certitude que j'ai est donc celle demon existence, mais comme pure pensée, puisque, en toute rigueur, je n'ai pas encore de preuve del'existence de mon corps.

Quand bien même je nierais que le monde existe, que mon corps existe, que jepuisse penser correctement, je ne pourrais remettre en cause ce fait : je pense, et par suite, je suis.

La. »

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