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La joie rend-elle le bonheur inutile ?

Publié le 19/01/2004

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Ét Schopenhauer de railler Leibniz qui, dans la Théodicée, affirme que notre monde est le meilleur des mondes possibles, ainsi que son disciple Wolf. Que l'on dresse le bilan des joies et des souffrances d'une vie humaine prise dans son entier, on découvrira que la colonne « peines » l'emporte sur la colonne « joies ». A quoi il faut ajouter que les plaisirs, s'ils sont moins nombreux, dans l'existence, que les peines, sont aussi et surtout moins « réels ». Qu'est-ce à dire, sinon que le plaisir ne se ressent pas, qu'il n'est, à la limite, que vacuité ? Car si le manque et la privation sont ressentis comme douleur, le comblement du manque, la satisfaction ne font que ramener à l'état qui a précédé l'apparition du besoin. Autrement dit :« Nous sentons la douleur, mais non l'absence de douleur; le souci mais non l'absence de souci; la crainte mais non la sécurité [...] Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive et par là se dénoncer d'elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n'est que pure négation. »Si le plaisir apparaît lui-même comme négatif, alors il est vain de considérer le bonheur comme une fin que l'homme pourrait se donner. Répétons-le : « La vie n'admet point de félicité vraie, elle est foncièrement une souffrance aux aspects divers, un état de malheur radical. » Ét l'optimisme, pire qu'un « verbiage dénué de sens, comme il arrive chez ces têtes plates, où pour tous hôtes logent des mots », est « une façon de penser absurde », « une opinion réellement impie, une odieuse moquerie ».
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« "Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu'ilpossède.

On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère, etl'on n'est heureux qu'avant d'être heureux.

En effet, l'homme avide etborné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une forceconsolante qui rapproche de lui tout ce qu'il désire, qui le soumet à sonimagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre enquelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce,le modifie au gré de sa passion.

Mais tout ce prestige disparaît devantl'objet même; rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ;on ne se figure point ce qu'on voit; l'imagination ne pare plus rien de cequ'on possède, l'illusion cesse où commence la jouissance.

Le pays deschimères est en ce monde le seul digne d'être habité et tel est le néantdes choses humaines, qu'hors l'Être existant par lui-même, il n'y a riende beau que ce qui n'est pas.Si cet effet n'a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nospassions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprendtoutes.

Vivre sans peine n'est pas un état d'homme; vivre ainsi c'estêtre mort.

Celui qui pourrait tout sans être Dieu, serait une misérablecréature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privationserait plus supportable." ROUSSEAU La représentation ordinaire du désir nous amène à penser que le désir est un manque, et donc une souffrance : toutau moins un état qui tend à la jouissance, mais ne la contient pas et l'exclut.

Car la jouissance suppose lapossession qui doit marquer en même temps la disparition du désir.

On devrait alors dire : tantôt je désire, tantôt jesuis heureux.

Or ce texte de Rousseau repose sur le paradoxe suivant : ce n'est pas celui qui n'a plus rien à désirerqui est heureux, ne plus désirer est au contraire un malheur.

Celui qui a obtenu ce qu'il désire ne désire plus ; ilsemble alors qu'il possède, et pourtant Rousseau affirme qu'avec la disparition du désir il a en vérité tout perdu : ilest dépossédé au moment même où il possède ce qu'il désire.Le désir désire possession et jouissance : la possession me permet de goûter ce que je possède.

Mais si l'onpossède sans être heureux, posséder n'est rien, je possède un objet du désir, mais je ne possède plus mon bien oumon bonheur en lui.

Or ce n'est que dans le désir même que mon bonheur est lié, adhérent à l'objet.

La seulejouissance dont l'homme soit capable est donc une jouissance in absentia.

Alors que le besoin ne peut être satisfaitqu'in proesentia.

L'imagination, qui étend pour nous la mesure des possibles, et creuse par là notre désir, est aussiune force consolante puisqu'elle nous donne non seulement la représentation mais comme l'équivalent imaginaired'une présence effective.

Elle me fait désirer, mais elle me livre imaginairement ce que je désire.

Je ne me contentepas d'y penser ; c'est comme si c'était là.

Il y a un bonheur de l'imaginaire, une jouissance de l'objet dansl'imagination et donc en son absence que ne viennent pas ternir les vicissitudes liées à l'objet réel (la servitude dupouvoir, les caprices de la femme, la puanteur de Venise).

Au contraire, dans l'imagination, la chose est soumise àma puissance ; elle ne peut me décevoir.

C'est la raison pour laquelle l'imagination se nourrit de l'absence.

L'objetdevient ce que je veux qu'il soit.En fait, la jouissance suppose ce que Rousseau nomme beauté de l'objet.

Mais la présence est exclusive de labeauté ; pour nous, seule l'absence et donc le désir « embellissent » l'objet.

La vraie jouissance est pour nous unejouissance dans l'illusion, dans la présence illusoire de l'imaginaire. Schopenhauer - dans Le Monde comme volonté et représentation - décrit bien cette contradiction du bonheurcomme une finalité qui s'annule dans sa réalisation même.

En effet, quand l'être humain obtient enfin ce qu'ilcherchait, c'est le sentiment d'ennui qui l'habite plutôt que le bonheur tant vanté.

Sitôt prise, la proie prisée estméprisée. La vie n'admet point de félicité vraie, elle est foncièrement une souffrance aux aspects divers, un état demalheur radical.... »

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