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La justice et l'égalité ?

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justice On peut toutefois se demander si les règles sociales expriment une sorte d'idéal, ou si elles ne sont au contraire qu'un pis-aller : au risque de l'arbitraire et de l'injustice, des modes de fonctionnement seraient imposés pour pallier les imperfections de l'être humain.Les règles sociales, nécessaires pour la vie en commun, le bon fonctionnement de la société, visent-elles seulement le bien particulier de chaque individu, un intérêt déterminé ? Vont-elles au-delà d'accords locaux, de conventions plus ou moins arbitraires, et peut-on sans illusion ou mystification leur donner une portée universelle ? Cherche-t-on l'utile ou le bien ? Au nom de quoi pourrait-on critiquer ou vouloir bouleverser une société ou une autre ?L'idée des droits de l'homme, centrée sur le respect des autres et la tolérance, prétend par exemple incarner des valeurs universelles, aussi bien sur le plan social et politique que sur le plan moral. On peut se demander toutefois si un tel projet ne reste pas trop minimal, peu exigeant, ou inadéquat, pour répondre à tous les défis et problèmes effectifs que pose la vie en société. A moins que cette dernière, nécessairement, ne soit jamais que le plus réducteur des compromis.awls: Je présenterai maintenant, sous une forme provisoire, les deux principes de la justice sur lesquels se ferait un accord dans la position originelle. [.

« • Dans la Théorie de la justice, Rawls tente d'énoncer un principe de justice sur lequel il y aurait un consentementde tous. Supposons que chacun juge « sous un voile d'ignorance », c'est-à-dire sans connaître la position, plus oumoins privilégiée, qu'il occupera dans la société. Deux principes seraient retenus : le principe de liberté, selon lequelchaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, qui soitcompatible avec le même système pour les autres ; le principe de différence : les inégalités sociales et économiquesdoivent être telles qu'elles soient au plus grand bénéfice des désavantagés, et attachées à des fonctions et despositions ouvertes à tous. Une solution originale a été apportée à cette question par J. Rawls . Son livre Théorie de la justice (paru aux États- unis en 1971) fait date dans l'histoire de la philosophie politique du XX siècle. Plus personne n'écrit aujourd'hui ences matières, sans se référer d'une façon ou d'une autre à Rawls . La justice s'organise, selon lui, autour des trois principes suivants:1 / Chaque personne a un droit égal à un système pleinement adéquat de libertés et de droits de base égaux pourtous, compatible avec un même système pour tous.2 / Les inégalités sociales et économiques doivent remplir deux conditions :a) Elles doivent être attachées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous dans des conditions de justeégalité des chances.b) Elles doivent être au plus grand avantage des membres les plus défavorisés de la société.Le premier principe (1) définit le champ des libertés, le second (2 a) pose la règle de l'égalité des chances, letroisième (2 b) régit la justice économique. Ces principes sont liés selon un ordre lexical, ce qui signifie que (1) primesur (2), etque (2 a) prime sur (2 b). Il faut toujours faire respecter ces principes en suivant cet ordre de priorité. Le rapportde (1) à (2) implique que l'on ne peut sacrifier des libertés pour augmenter le bien-être des gens. On ne peutrestreindre la liberté qu'au bénéfice de la liberté. De même (2 a) domine (2 b), ce qui veut dire que la sauvegarde del'égalité des chances est prioritaire par rapport au bien-être.Intéressons-nous maintenant au principe qui concerne directement notre question, le principe (2 b), appelé principede différence. C'est lui qui organise les inégalités économiques de la façon la plus juste. Autrement dit, l'État tented'agir sur les inégalités économiques, autant que cela ne remet pas en cause la liberté et l'égalité des chances.Rawls en vient à dire qu'il y aura des inégalités justes et des inégalités injustes. Les inégalités justes sont celles qui bénéficient aux plus mal lotis. Par là, Rawls interdit que l'on puisse sacrifier le bien-être de certains pour le bien commun. On ne tolérera d'augmenter le bien-être des plus riches que si celui des plus défavorisés s'accroîtégalement.Ainsi la justice ne produit pas à proprement parler des inégalités, elle en autorise certaines, qui de ce fait doiventêtre reconnues justes.Du même coup, Rawls résout le problème du mérite. Le mérite a une signification morale, aussi il n'y a aucun sens à dire que l'on mérite la position sociale que l'on occupe. En revanche, il est juste que les talents soient récompensés,qu'ils viennent de la nature et/ou de la société. Le salaire, de ce point de vue-là, ne sanctionne pas. un quelconquemérite, mais des compétences. Enfin, les plus talentueux peuvent tirer avantage de leur situation, mais à conditionque ce soit au bénéfice des plus mal lotis. Par leur capacité, ils sont susceptibles de produire des richesses quipourront profiter aux plus démunis. Voilà résumé le modèle d'une justice solidaire. Pour finir, il apparaît que la justice peut être inégalitaire, mais encore qu'elle doit l'être jusqu'à un certain point. Unesociété juste se doit de tenir compte de l'avis de ses membres. On ne conçoit plus aujourd'hui, dans nosdémocraties modernes, l'existence d'une justice idéale et parfaite, coupée de la volonté du peuple. L'égalitarismesystématique a été le discours de quelques grandes utopies qui ont raisonné sur une idée a priori de la justice.Une société rigoureusement égalitariste ne recevra jamais l'adhésion de tous. La justice nous porte indéniablement àexiger l'égalité avec les autres, mais il y a un seuil au-delà duquel trop d'égalité n'est plus supportable. Nonseulement cela limiterait notre liberté, mais surtout nous n'acceptons pas d'être traités sur un pied d'égalité avecceux qui valent moins que nous, ceux qui travaillent moins, ceux qui sont moins efficaces, etc. La justice n'a riend'incompatible avec un certain degré d'inégalité. Une société n'est pas plus juste qu'une autre sous prétexte qu'elleest plus égalitaire. Selon Rawls , pour les membres d'une société, placés sous un «voile d' ignorance », c'est-à-dire ne connaissant pas la situation qu'ils occuperont au sein du tissu social, des inégalités sont acceptables, si ellespermettent d'améliorer le sort des plus défavorisés.Pour autant nous ne sommes pas reconduits au point de vue méritocratique, car les inégalités ne sont pas justifiéespar le mérite, mais par le droit pour chacun de développer ses capacités, et de les voir reconnues à leur justevaleur, dans la mesure où les talents de tous profitent à la communauté, et plus particulièrement aux plus mal lotis.La devise de la République française, Liberté, Égalité, Fraternité, se voit éclairée d'un nouveau jour. Liberté etégalité forment les deux principes de la justice politique. La justice distributive reposerait, quant à elle, sur lafraternité, plus que sur l'égalité. La fraternité républicaine devenant solidarité économique. Thème 2123 Rawls: L'égalité est-elle possible en société ? Il semble difficile pour l'homme de s'abstraire de la vie en communauté, qui le place dans des rapports constantsavec les autres, qu'il s'agisse de l'existence familiale ou sociale. La vie familiale semble aller de soi, puisqu'elle estfondée sur des relations naturelles, biologiques, où chacun joue un rôle défini. On s'interroge davantage sur les liens »

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