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La notion d'inconscient psychique est-elle contradictoire ?

Publié le 24/01/2004

Extrait du document

Ce qui est en jeu, pour Alain, c'est un conflit sans cesse recommencé entre les passions (l'inconscient) et la raison (le conscient), ou, plus simplement encore, entre le corps et l'esprit. Les partisans de l'inconscient estiment sans doute que les signes qui viennent du corps sont des pensées qui méritent d'être interprétées ; pour les tenants du rationalisme, il n'y a de pensées véritables qu'en liaison avec une extrême attention. Une « pensée qui n'est point formée en pleine attention « n'est pas une pensée du tout.La fabrique de notre corps peut produire des suites de paroles et de gestes par le simple jeu de l'excitation et de la fatigue. Et parce que je suis homme (et d'emblée crédule), je suis porté à croire que « tous mes mouvements sont des signes, et tous mes cris sont des sortes de mots «. Je suis porté à croire « que tout cela a un sens, et traduit à moi-même mes propres pensées, pour moi secrètes, de moi séparées, et qui vivent, s'élaborent, se conservent dans mes profondeurs «. Et avec le grand talent d'écrivain qui est le sien, Alain dénonce cette illusion : « C'est une erreur sur les pensées mêmes, que l'on croit conserver en soi comme des pensées dans les profondeurs, qu'on reverra, qui auront grossi ; ou comme des algues recouvertes d'une eau opaque, qui grandissent et se nourrissent, et que quelque coup de mer jettera sur la plage. «Cette croyance en la possibilité de lire les signes renvoie à cette toute-puissance des passions qui nous rend si faibles et si crédules. « Vieille question ; faut-il interroger le chêne de Dodone, ou les entrailles des animaux expirants ? Ou bien encore, faut-il consulter la Pythie, folle par état et par système, et essayer de lire tous les signes qu'elle nous jette ?

  • Les termes du sujet

Notion : concept, terme d'«inconscient psychique«, et non sa réalité même. Contradictoire : Paradoxal

Inconscient: — absence de conscience. — en psychanalyse, force agissante, entité propre du domaine psychique, autonome par rapport à la conscience. Psychique: — étymologiquement ce qui a trait à l'âme, c'est-à-dire à l'esprit. — scientifiquement le domaine mental, en tant que régi par des lois.

« Ce qui est en jeu, pour Alain, c'est un conflit sans cesse recommencé entre les passions (l'inconscient) et la raison(le conscient), ou, plus simplement encore, entre le corps et l'esprit. Les partisans de l'inconscient estiment sansdoute que les signes qui viennent du corps sont des pensées qui méritent d'être interprétées ; pour les tenants durationalisme, il n'y a de pensées véritables qu'en liaison avec une extrême attention. Une « pensée qui n'est pointformée en pleine attention » n'est pas une pensée du tout.La fabrique de notre corps peut produire des suites de paroles et de gestes par le simple jeu de l'excitation et de lafatigue. Et parce que je suis homme (et d'emblée crédule), je suis porté à croire que « tous mes mouvements sontdes signes, et tous mes cris sont des sortes de mots ». Je suis porté à croire « que tout cela a un sens, et traduit àmoi-même mes propres pensées, pour moi secrètes, de moi séparées, et qui vivent, s'élaborent, se conservent dansmes profondeurs ». Et avec le grand talent d'écrivain qui est le sien, Alain dénonce cette illusion : « C'est une erreursur les pensées mêmes, que l'on croit conserver en soi comme des pensées dans les profondeurs, qu'on reverra, quiauront grossi ; ou comme des algues recouvertes d'une eau opaque, qui grandissent et se nourrissent, et quequelque coup de mer jettera sur la plage. »Cette croyance en la possibilité de lire les signes renvoie à cette toute-puissance des passions qui nous rend sifaibles et si crédules. « Vieille question ; faut-il interroger le chêne de Dodone, ou les entrailles des animauxexpirants ? Ou bien encore, faut-il consulter la Pythie, folle par état et par système, et essayer de lire tous lessignes qu'elle nous jette ? » De même faut-il croire que ce qui vient dans mes rêves, « ce qui sort de mes entrailles,sans que je l'aie composé ni délibéré, est une sorte d'oracle, cad une pensée venant des profondeurs » ? Alainrépond résolument non. Non, il faut refuser de croire que les mouvements de notre corps signifient des pensées. Nonil faut refuser d'interpréter ses propres rêves. « Il faut plutôt rejeter au mécanisme de la nature ces prétenduespensées, qui ne sont que des rencontres de signes » (« Sentiments, Passions & Signes »). Comme on le voit, la critique de l'inconscient qu'on trouve chez Alain ne porte pas sur tel ou tel point de la doctrinede Freud. Elle est absolument radicale parce qu'elle écarte, comme on l'a vu, le psychologisme. Au profit de lamorale. Mais elle est radicale aussi parce qu'elle repose sur une certaine conception de l'homme. Pour les tenants del'inconscient, il y a croyance en une intériorité, avec ses degrés de conscience, de préconscient, d'inconscient. Aucontraire pour Alain, il n'y a point un « intérieur » de l'homme : « L'intérieur de l'homme, et ce genre de pensée quiprétend se passer du monde, voilà une fiction de littérateur ». L'homme qui pense (et c'est là l'honneur de l'homme),c'est un homme non pas replié sur lui-même dans une éternelle introspection, mais projeté dans le monde : «L'homme pensant, selon moi, c'est l'homme en mouvement. » Ce qui est « en lui », dit Alain, ce n'est pas la pensée,mais ce qui est structure et mouvement. « Bref le dedans de l'homme n'explique jamais rien de ce qu'il dit ou de cequ'il fait. » Ainsi la pensée de l'homme est dans son action qui lui fait parcourir le monde. « Point n'est besoin desupposer quelque idée sourde qui revient du fond de la nuit ; le monde est assez grand ; et l'homme pensant leparcourt, faisant de chaque chose dieu et destin. » (« Propos », « Fantômes », 23 septembre 1921). B - C'est Leibniz qui commence à concevoir l'idée d'un psychisme inconscient avec sa théorie des "petites perceptions"(et impulsions) trop petites pour passer le seuil du conscient, et qui pourtant nous font ressentir (et agir) sansqu'on le sache. Mais c'est surtout avec Freud que cette hypothèse devient l'objet d'une élaboration méthodique. Les concepts de"refoulement" et de "censure" visent à résoudre la contradiction : il y a des pensées en nous (en particulier desdésirs) qu'on ne veut pas savoir, que l'on n'ose pas s'avouer à nous-mêmes !Mais c'est surtout grâce à la pratique thérapeutique qu'elle permet, et à ses réussites, que cette notion depsychisme inconscient obtient sa légitimité. REUD :On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nouspouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire etlégitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence del'inconscient.Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sontextrêmement lacunaires ; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, ilse produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués,présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de laconscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et lesrêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes psychiques etphénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience quotidienne laplus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans quenous en connaissions l'origine et de résultats de pensée dont l'élaborationnous est demeurée cachée.Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles sinous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la consciencetout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques ; mais ils s'ordonnentdans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons lesactes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de »

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