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La notion d'inconscient psychique est-elle contradictoire ?

Publié le 31/08/2004

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I - LES TERMES DU SUJET La notion principale, présentée explicitement comme telle, est celle d'inconscient, mais associée d'emblée à l'adjectif "psychique" du grec "psukhê" "âme" [opposé à "physique" "corps"].Une notion est un concept censé désigner et délimiter un domaine du réel. L'expression "inconscient psychique" renvoie donc à l'idée qu'une part de notre âme (psychique) nous resterait cachée à nous-mêmes, n'accédant pas au "savoir de soi". (conscient, du latin cum scire "avec savoir").La question vise à interroger le concept même de "psychisme inconscient" : est-il contradictoire, c'est-à-dire les deux termes "psychisme et inconscient" sont-ils compatibles ? II - L'ANALYSE DU PROBLÈME La notion de "psychisme inconscient" est depuis  Freud et la psychanalyse, largement répandue et vulgarisée, à tel point qu'on n'en interroge plus la validité. Pourtant, elle pose problème :"L'inconscient", utilisé comme substantif, est un terme vague : ce qui n'est pas conscient, donc ce dont on ne peut faire directement l'expérience, qui ne peut rester qu'une hypothèse.Or, cette hypothèse exige que l'on admette, en rupture avec la tradition cartésienne, qu'il y ait des pensées inconscientes, des pensées qui ne se pensent pas elles-mêmes ! Des pensées impensées par le sujet qui les pense pourtant ! Difficile de concevoir, en effet, ou, disons, pour le moins, paradoxal... III - UNE DÉMARCHE POSSIBLE A - La tradition philosophique, avec Descartes, établit un strict dualisme :D'un côté : Ame = Pensée = Conscience = Esprit.De l'autre : Corps = Impensé = Inconscient = Matière.

« plus qu'Alain n'ait pas un moment essayé de comprendre cette doctrine : « Ne cherchez jamais à quoi pense un foi,mais plutôt observez comment un dérangement mécanique produit des signes qui n'ont pas de sens [...]. Je pensaisà ces choses comme je lisais la « Psychanalyse de Freud ; ce n'est qu'un art de deviner ce qui n'est point » («Propos », « Signes ambigus », 17 juillet 1922).Ou encore dans un « Propos » antérieur : « Cette idée de l'inconscient, tant vantée et si bien vendue, je n'en faisrien ; [...] quand j'ai voulu en user, afin de me mettre à la mode, elle n'a rien saisi de l'homme, ni rien éclairé » («Fantômes », 23 septembre 1921).Il s'agit, pour Alain, de quelque chose de plus qu'une simple question de mots. Il estime qu'on ne peut aucunement,à partir des doctrines sur l'inconscient ou l'hérédité, fonder une quelconque morale : « Le public comme les auteursn'ont point coutume de dire conscience morale ; ils disent conscience, et tout est dit », ou encore, « J'étais aidépar la langue commune, qui n'admet point d'autre sens du mot conscience que celui qui implique le jugement moral.» (Alain, « Histoire de mes pensées « ). Au contraire, lorsque Freud parle d'inconscient, il le fait en référence à laconscience psychologique, et pas du tout par rapport à la conscience morale.Certes la conscience est toujours double, car la conscience oppose toujours ce qui devrait être à ce qui est. « Laconscience suppose une séparation de moi d'avec moi, en même temps qu'une reprise de ce qu'on juge insuffisant,qu'il faut pourtant sauver. » Il s'agit là, comme le dit Alain, d'une « conception héroïque de la morale », qui expliqueparfaitement que l'inconscient ne soit alors conçu que comme « une conscience subalterne, errante et séparé », àproprement parler comme quelque chose d'inintéressant, sinon d'impossible.Ce qui est en jeu, pour Alain, c'est un conflit sans cesse recommencé entre les passions (l'inconscient) et la raison(le conscient), ou, plus simplement encore, entre le corps et l'esprit. Les partisans de l'inconscient estiment sansdoute que les signes qui viennent du corps sont des pensées qui méritent d'être interprétées ; pour les tenants durationalisme, il n'y a de pensées véritables qu'en liaison avec une extrême attention. Une « pensée qui n'est pointformée en pleine attention » n'est pas une pensée du tout.La fabrique de notre corps peut produire des suites de paroles et de gestes par le simple jeu de l'excitation et de lafatigue. Et parce que je suis homme (et d'emblée crédule), je suis porté à croire que « tous mes mouvements sontdes signes, et tous mes cris sont des sortes de mots ». Je suis porté à croire « que tout cela a un sens, et traduit àmoi-même mes propres pensées, pour moi secrètes, de moi séparées, et qui vivent, s'élaborent, se conservent dansmes profondeurs ». Et avec le grand talent d'écrivain qui est le sien, Alain dénonce cette illusion : « C'est une erreursur les pensées mêmes, que l'on croit conserver en soi comme des pensées dans les profondeurs, qu'on reverra, quiauront grossi ; ou comme des algues recouvertes d'une eau opaque, qui grandissent et se nourrissent, et quequelque coup de mer jettera sur la plage. »Cette croyance en la possibilité de lire les signes renvoie à cette toute-puissance des passions qui nous rend sifaibles et si crédules. « Vieille question ; faut-il interroger le chêne de Dodone, ou les entrailles des animauxexpirants ? Ou bien encore, faut-il consulter la Pythie, folle par état et par système, et essayer de lire tous lessignes qu'elle nous jette ? » De même faut-il croire que ce qui vient dans mes rêves, « ce qui sort de mes entrailles,sans que je l'aie composé ni délibéré, est une sorte d'oracle, cad une pensée venant des profondeurs » ? Alainrépond résolument non. Non, il faut refuser de croire que les mouvements de notre corps signifient des pensées. Nonil faut refuser d'interpréter ses propres rêves. « Il faut plutôt rejeter au mécanisme de la nature ces prétenduespensées, qui ne sont que des rencontres de signes » (« Sentiments, Passions & Signes »). Comme on le voit, la critique de l'inconscient qu'on trouve chez Alain ne porte pas sur tel ou tel point de la doctrinede Freud. Elle est absolument radicale parce qu'elle écarte, comme on l'a vu, le psychologisme. Au profit de lamorale. Mais elle est radicale aussi parce qu'elle repose sur une certaine conception de l'homme. Pour les tenants del'inconscient, il y a croyance en une intériorité, avec ses degrés de conscience, de préconscient, d'inconscient. Aucontraire pour Alain, il n'y a point un « intérieur » de l'homme : « L'intérieur de l'homme, et ce genre de pensée quiprétend se passer du monde, voilà une fiction de littérateur ». L'homme qui pense (et c'est là l'honneur de l'homme),c'est un homme non pas replié sur lui-même dans une éternelle introspection, mais projeté dans le monde : «L'homme pensant, selon moi, c'est l'homme en mouvement. » Ce qui est « en lui », dit Alain, ce n'est pas la pensée,mais ce qui est structure et mouvement. « Bref le dedans de l'homme n'explique jamais rien de ce qu'il dit ou de cequ'il fait. » Ainsi la pensée de l'homme est dans son action qui lui fait parcourir le monde. « Point n'est besoin desupposer quelque idée sourde qui revient du fond de la nuit ; le monde est assez grand ; et l'homme pensant leparcourt, faisant de chaque chose dieu et destin. » (« Propos », « Fantômes », 23 septembre 1921). B - »

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