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La passion est-elle toujours un esclavage ?

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esclavage

• la passion est toujours esclavage (Descartes) lié au corps et au passé;    • la passion est d'abord énergie créatrice (Hegel);    • la passion, marque de la transcendance humaine (Platon, saint Augustin) même dans la servitude.    • Vous constaterez ainsi que le sujet pose problème : comment l'homme, être fondamentalement libre, peut-il être esclave de lui-même à travers la passion?    Le développement de votre plan va résoudre ce problème.    • Voici un sujet qui vous permet également d'utiliser de nombreux exemples, tant la littérature autant que la philosophie en sont riches.     

« elle, toujours, un esclavage, nous demande-t-on, comme s'il était des modalités de cet état susceptibles dedésigner avilie chose que la servitude. Dès lors, on peut se poser cette question : que peut bien signifier une «passion-esclavage »? L'homme n'est-il pas libre, infiniment libre, en tous ses projets, en ses passions comme enchacun de ses actes? Cette idée d'une « passion-esclavage » n'est-elle pas fausse, inexacte et stéréotypée, et nedoit-on pas répudier ce thème? 2° Discussion A) Servitude d'un certain type de passion : mon corps et mon passé. Les mots étant susceptibles, non seulement dans la langue courante, mais dans le discours et la conceptualisationphilosophiques, de recevoir une pluralité de significations, il convient, sans doute, pour pouvoir répondre nonseulement à la question, mais au problème posé, de distinguer des passions et des concepts de passion, au lieu deparler de la passion en un sens univoque. Or la passion peut se présenter en nous comme un phénomène subi etpassif. Alors, engendrée par le corps, elle apparaît liée aux vicissitudes de notre existence corporelle. Dans latradition philosophique classique, la passion est envisagée sous cet angle. Rappelons, d'ailleurs, que passion vient duverbe latin pati, qui signifie supporter et souffrir. Il y a, incontestablement, un élément de passivité en certainstypes de passions, caractère de passivité bien souligné par Descartes, qui rattachait la passion aux mouvementsdes esprits animaux. «On peut généralement nommer passions toutes les pensées qui sont excitées en l'âme sans leconcours de sa volonté et, par conséquent, sans aucune action qui vienne d'elle, par les seules impressions qui sontdans le cerveau, car tout ce qui n'est point action est passion » (Descartes, Les passions de l'âme). Ainsi la passion, dans cette optique, semble un phénomène passif de notre âme et une servitude, en ce sens qu'elleexprime l'agitation de notre corps et les vicissitudes de notre existence corporelle. Il semble bien qu'elle soit, à ceniveau, un esclavage. Car, dans la passion ainsi envisagée, je subis mon corps sans que s'effectue la moindremaîtrise rationnelle de mon vécu. Ainsi, cette maîtrise de la raison faisant défaut, nous avons affaire, dans lapassion, à un esclavage et à une véritable maladie de l'âme. Le noyau humain authentique, c'est la raison. Paropposition à cette raison, la passion, non seulement est aliénation et servitude, mais trouve satisfaction en elles etse complaît en cet état! Alors que l'émotion, comme nous le signale Kant, ne porte qu'un préjudice momentané à laliberté et à la maîtrise de soi-même, la passion trouve un plaisir durable dans l'esclavage. Elle est un asservissement,une « maladie » et un ensorcellement excluant toute amélioration. Elle représente le triomphe du corps etl'assujettissement à lui. Toute la réflexion classique, de Platon à Kant, converge vers ces thèmes : la passion estune maladie de l'âme et l'homme passionné ne saurait trouver la paix ou la sérénité. Il vit en dehors de lui-même etde son essence propre, laquelle est raison et maîtrise de soi, il expérimente le règne de l'aliénation, il est serf,dépendant et esclave. Cette servitude et cet esclavage de la passion, on pourrait peut-être les mettre en évidence d'une secondemanière. La passion, avons-nous vu, est liée aux vicissitudes de notre corps. Mais elle témoigne aussi de lapuissance de notre passé en nous et, en cette signification aussi, elle est esclavage. Ferdinand Alquié a bien mis enévidence le noyau profond de la passion, l'incapacité du passionné à maîtriser et à gouverner le temps. Ici, lapassion est encore esclavage, c'est un enracinement, non point dans notre corps, mais dans un passé figé etrévolu. Les émotions de notre enfance ne gouvernent-elles pas notre vie? L'avarice a pour cause quelque crainteinfantile de mourir de faim, l'ambition trouve sa source dans le désir de compenser d'anciennes humiliations. Ainsil'ambitieux tente-t-il toujours de se surpasser vers un mieux. Plus d'argent, plus de pouvoir. Davantage de biens.Mais il n'est point libre de son ambition, dont le sens s'enracine en des faits si reculés, si archaïques, qui le dominentsi fort de leur poids d'autrefois que notre passionné semble le jouet de ces forces passées. « Don Juan est si certainde n'être pas aimé que toujours il séduit, et toujours refuse de croire à l'amour qu'on lui porte, le présent nepouvant lui fournir la preuve qu'il cherche en vain pour guérir sa blessure ancienne » (F. Alquié, Le désir d'éternité,P.U.F.). Ainsi nous asservissent des forces anciennes et archaïques. Le corps, mais aussi le poids de notre enfance, donnentà nos passions un sens qui nous échappe, que nous ne gouvernons et ne maîtrisons pas toujours. La passion estbien, en cette signification, un phénomène subi, un esclavage et une aliénation. La passion, c'est le triomphe demon corps, de mon passé, de l'inertie qui s'infiltre en moi et détruit le jaillissement de ma liberté. Une bonne partiedes passions humaines s'éclaire à la lumière du passé, tel l'amour du narrateur dans la Sylvie de Gérard de Nerval, oùla figure d'Adrienne commande toutes les émotions futures, où le passé donne se marque au présent : « Toutm'était expliqué par ce souvenir à demi rêvé. Cet amour vague et sans espoir, conçu pour une femme de théâtre,qui tous les soirs me prenait à l'heure du spectacle, pour ne me quitter qu'à l'heure du sommeil, avait son germedans le souvenir d'Adrienne, fleur de la nuit éclose à la pâle clarté de la lune, fantôme rose et blond glissant surl'herbe à demi baignée de blanches vapeurs » (Gérard de Nerval, Sylvie). Ici c'est la ressemblance d'une femmeprésente avec une figure longtemps oubliée du passé qui donne sens à la passion du héros. Le passé enfouigouverne le présent et les conduites actuelles du narrateur. Mais la passion n'est-elle pas autre chose que l'enracinement dans le passé ou dans le corps? B) La passion comme énergie du vouloir. La passion, ce n'est pas seulement Phèdre ou Goriot, ce n'est pas uniquement la passivité de l'âme, mais aussil'incandescence du vouloir, l'énergie pratique de l'homme unifiant son projet et rassemblant toute son énergie et »

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