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La philosophie peut-elle ignorer le corps ?

Publié le 25/02/2004

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Elle apparaît ainsi comme une valorisation partielle du monde, un rétrécissement de notre « Umwelt « à la mesure d'une valeur unique. La passion nous limite à la fois dans l'espace et dans le temps ; dans l'espace puisqu'elle réduit notre champ de conscience et le cercle de nos intérêts, dans le temps, car le passionné est prisonnier de l'instant présent ou du passé, incapable, comme le dit Alquié, de « se penser avec vérité dans le futur «. Le passionné ne sait plus s'adapter aux situations réelles, il refuse de suivre le cours du temps. Son coeur ne bat plus au rythme du monde.   « La possibilité subjective de former un certain désir qui précède la représentation de son objet est le penchant (propensio) ; l'impulsion intérieure de la faculté de désirer à prendre possession de cet objet avant qu'on le connaisse, c'est l'instinct (comme l'instinct sexuel, ou l'instinct parental des animaux à protéger leurs petits ; etc.) Le désir sensible servant de règle au sujet (habitude) est la tendance (inclination). La tendance qui empêche que la raison ne la compare, pour faire un choix, avec la somme de toutes les tendances, c'est la passion (passio animi). Les passions, puisqu'elle peuvent se conjuguer avec la réflexion la plus calme, qu'elles ne peuvent donc pas être irréfléchies comme les émotions et que, par conséquent, elles ne sont pas impétueuses et passagères, mais qu'elles s'enracinent et peuvent subsister en même temps que le raisonnement, portent, on le comprend aisément, le plus grand préjudice à la liberté ; si l 'émotion est une ivresse, la passion est une maladie, qui exècre toute médication, et qui par là est bien pire que tous les mouvements passagers de l'âme ; ceux-ci font naître du moins le propos de s'améliorer, alors que la passion est un ensorcellement qui exclut toute amélioration. On appelle aussi la passion manie (manie des honneurs, de la vengeance, du pouvoir), sauf celle de l'amour, quand elle ne réside pas dans le fait d'être épris. En voici la raison : quand l'ultime désir a obtenu satisfaction (par le plaisir), le désir, celui du moins qui s'adresse à la personne en question, cesse aussitôt ; on peut donc appeler passion le fait d'être passionnément épris (aussi longtemps que l'autre continue à se dérober), mais non pas l'amour physique : celui-ci, du point de vue de l'objet, ne comporte pas de principe constant.

C'est en ignorant le corps que l'on devient philosophe. il faut ignorer le corps pour parvenir à la sagesse. Le corps est le siège des passions. L'ignorer est un premier pas vers la conversion philosophique. MAIS, sans corps, nous ne pourrions rien connaître. Le corps est la condition de notre rapport au monde. Ignorer le corps, c'est refuser la connaissance du monde.

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« sur un fond d'ignorance, qui est le propre de l'homme en général, ce qui est dit explicitement lorsquePlaton évoque l'âme qui, avant la possession philosophique, se « vautre dans une ignorance absolue »,comme le ferait un porc dans sa bauge.

Le savoir se marque négativement par rapport à l'ignorance : «L'ami du savoir n'ignore pas.

»Enfin, d'emblée, le texte définit un moment privilégié : celui du passage d'un état à un autre, moment detransition qui, plus fondamentalement, assure une rupture (« Quand la philosophie a pris possession »).Quant à l'idée de « prise de possession », elle marque à la fois la notion d'un combat, avec un terrain àprendre (celui de l'âme) et celle de la soudaineté, liée à une transe religieuse (ce qui s'entendrait commeun ravissement).

Ces acteurs, ce rapport au savoir, ce moment ne se comprennent que sur le fond de laconception platonicienne des rapports entre l'âme et le corps, décrite dans toute la première partie.1.

Tout est rapporté du point de vue de l'âme et de la contrainte que représente pour elle le corps.Contrainte décrite paradoxalement en termes physiques (malgré le caractère « immatériel » de l'âme) :l'âme liée au corps, collée à lui.

Jusqu'à la métaphore du corps comme prison de l'âme, (« à travers lesbarreaux d'une prison constituée par son corps ») qui ne manque pas de faire penser au jeu de mots duGorgias, dans laquelle le corps (sôma) est pour l'âme un tombeau (sêma).Mais cette contrainte n'est pas seulement oppression (qui appellera ultérieurement une libération), elle ases conséquences néfastes sur la possibilité de connaître.

Car l'opposition âme-corps, fondeexplicitement deux modes opposés de connaître.

Un mode, supposé, de connaître les réalités qui passepar le crible des sens (« les barreaux de la prison ») — et qui échoue totalement puisqu'il ne déboucheque sur l'ignorance (« [l'âme] se vautrait dans une ignorance absolue »).

Un mode véritable de connaître,qui exclut le corps, où l'âme, autonome, agit « par ses propres moyens », et « à travers elle-même ».L'immatérialité de l'âme suppose sa transparence.

Se regardant, elle est claire à elle-même, sans avoirdès lors à souffrir de l'opacité du corps, qui obscurcit inévitablement toute connaissance.Cette opposition est si forte que pas un seul instant, devant une telle présentation, on n'hésiterait àchoisir le second mode, qui seul autorise la connaissance (que l'on suppose pour le moins progressive, àl'opposé de l'ignorance « absolue »).

Mais il n'y a jamais d'évidence que pour ceux qui voient...

Ce quiexplique, sans doute, que la plupart des hommes, dont l'âme est aveuglée, soient dans l'ignorance.La philosophie, à distinguer des philosophes qui sont sur le chemin du savoir, et dont Platon fait unepersonne vivante, explique cette situation paradoxale, en éclairant le sens de la métaphore.

Le corps estune prison parce que le corps est « oeuvre du désir ».

Ce qui renvoie à la fameuse tripartition que l'ontrouvera dans le livre IV de la République, avec la hiérarchie du nous (l'esprit), le thumos (le courage) etl'épithumia (le désir).

Ici, l'opposition joue plus radicalement entre l'âme et le corps, l'esprit et le désir.

Apartir du moment où l'âme est attachée au corps, le corps (poussé par le désir) l'emporteinéluctablement (« a toutes chances »).

Comme si à partir du moment où il y a la moindre attache audésir, le désir inexorablement s'accroissait.

Poussée du désir que l'on alimente soi-même.

Fascination quiprovoque le consentement, condition même de l'asservissement, non pas subi malgré soi, mais appelé deses voeux.

C'est bien cela « l'étonnant caractère » de la prison du désir, prison qui n'est pas tant subiequ'appelée, asservissement auquel, dans une relation masochiste, on prend un certain plaisir. 2.

Sans s'expliquer sur la manière dont la philosophie a pu — malgré tout — prendre possession de l'âme,Platon décrit son action salvatrice où la parole a toute sa place (« elle la conseille avec douceur »).C'est que les liens de l'âme avec le corps ne sont pas strictement physiques, mais de l'ordre de lacroyance.

Pour Platon, la parole a une puissance éclairante et peut dénouer l'illusion d'une croyance liéeau désir.

Ce qui pose la question du statut particulier de la parole conçue ici plus comme libératricequ'envoûtante, puisqu'il s'agit justement d'arracher l'esprit à la fascination du corps, et la question durapport entre croyance et illusion selon un schéma qui fait inévitablement penser à Freud.

Paroleapaisante (« avec douceur »), qui argumente (« tout n'est qu'illusion », etc.) et qui finit enfin parpersuader (« elle la persuade de s'en dégager »).

Parole dont l'efficacité est progressivement possiblecar elle vient de l'intérieur, après que la philosophie a pris possession de l'âme.

Cette libération passe parune éducation.

Éducation qui dénonce par deux fois (« tout n'est qu'illusion » dont la répétition apresque valeur hypnotique) toute connaissance qui se ferait par les yeux du corps (« dans l'étude qui sefait par le moyen des yeux »), par un autre organe (« les oreilles ») et plus généralement par n'importequel organe des sens.

Délier l'âme, c'est lui permettre de se déprendre (« s'en dégager ») du corps,compris jusqu'alors (faussement) comme moyen de connaître.A l'égard de l'âme l'activité philosophique connaît trois modes rhétoriques : celui du conseil (« elle laconseille avec douceur »), celui de la persuasion, fondée sur une argumentation (« elle la persuade des'en dégager dans la mesure où »), enfin celui de l'exhortation (« elle l'exhorte à se recueillir »).Ces trois modes sont non seulement successifs, mais aussi progressifs : le premier (le conseil) vise àapaiser l'âme, alors que la philosophie a déjà pris possession d'elle, mais qu'elle est encore liée au corps,apaisement qui seul permet de défaire les liens ; le second (la persuasion) est fondé sur le vrai, c'est-à-dire que la persuasion philosophique n'est pas celle des sophistes, qui est seulement « manipulatrice »,puisqu'ils ne reconnaissent aucun fondement au vrai.

Enfin, le troisième mode rhétorique (l'exhortation)n'est possible que parce que l'âme est déjà gagnée et qu'elle peut alors (mais alors seulement) entendredes paroles qui ne lui parlent pas d'autre chose que d'elle-même.Les termes employés conviendraient à ce que nous entendons aujourd'hui par la prière : le recueillement,la concentration sur soi, l'isolement.

Mais ces termes, au temps de Platon, correspondent sans doute à «des techniques du corps », proches du yoga de l'Inde, telles qu'elles étaient utilisées par desgymnosophistes que Platon a pu rencontrer lors de ses voyages.. »

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