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La philosophie pourrait-elle ignorer le corps ?

Publié le 11/01/2004

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En découvrant le rôle du corps et des instincts dans la vie humaine, Freud a mis à jour la culpabilisation et la tentative d'étouffement des besoins corporels pratiquées depuis des siècles. Le corps est devenu partie intégrante et nécessaire de l'homme et celui-ci a dû admettre son existence. Le corps a repris sa place dans un système philosophique, - le système freudien -. Évidemment, la philosophie « traditionnelle » et les gens qui s'y étaient habitués ont tout d'abord refusé ce que leur montrait Freud : l'importance des besoins du corps, le rôle essentiel de la sexualité, tout ce qu'on leur avait appris à cacher et dont ils avaient honte. Freud a permis aux hommes de se déculpabiliser par rapport à leur corps. Il ne fallait plus dire : « Je » a un corps (et ce corps n'était qu'un outil), mais : « Je » est un corps (partie intégrante et essentielle de l'individu). On découvre à ce moment une nouvelle forme de relation, non plus uniquement intellectuelle, mais aussi gestuelle et physique. Les besoins physiologiques et sexuels ne sont plus contre nature, ils ne sont plus perversions ou péchés, tels que la religion concevait le péché de souillure ou glorifiait la pureté et la virginité, mais besoins, et donc nécessaires et parfaitement normaux. En outre, la découverte de l'inconscient portait atteinte à la conception traditionnelle de la philosophie, où l'homme était maître de ses pensées, et donc totalement responsable de ses actes.Cette découverte du corps en tant que partie du sujet et non plus en tant que simple objet a permis la création d'un nouveau langage.
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« Ainsi donc la découverte et l'acceptation du corps et de ses volontés créent un nouveau langage.

Actuellement, lecorps joue un très grand rôle dans notre vie.

Il devient essentiel d'être « bien dans sa peau »; l'expressioncorporelle, la danse, les saunas attirent de plus en plus de gens soucieux de pouvoir communiquer avec les autreset persuadés que le corps peut remplacer les autres moyens de communication défaillants.Il est évident que nous vivons une grande crise de la communication.

Bien qu'ils reconnaissent le rôle de leur corps,bien qu'ils l'acceptent, plus ou moins, les gens sont « mal à l'aise ».

La découverte de leur corps, en tant que partiede leur individu tout à fait saine et normale, ne les calme pas.

Le corps n'est plus méprisé, il est sans cesse valorisé,presque « déifié ».

Il passe maintenant avant le langage oral, avant la communication intellectuelle.

Je crois quec'est une réaction naturelle.

Pendant des siècles, les hommes ont dû refréner leur envie, ont dû se culpabiliser, et,maintenant, ils entendent sans cesse des médecins, des philosophes, ou simplement des publicistes prôner la «liberté corporelle ».

La communication, — le désir du désir de l'autre —, ne s'établit plus dans des rapports d'égalitémais dans des rapports de force : l'objet de mon désir n'est plus le désir qu'a de moi l'autre, mais le corps de l'autre.Le désir redevient besoin.

Les relations humaines s'effacent devant la relation physiologique.

Le besoin, qui étaitdevenu désir lorsque l'homme a accédé au langage et à la communication, retourne à son état primitif.

Tout désirpasse par l'acceptation de l'autre en tant qu'individu, tandis que le besoin — sexuel, par exemple — n'envisage larelation avec autrui que comme un moyen de se satisfaire.La sexualité n'est plus maintenant un simple fait, elle est devenue un mythe.

L'individu n'est plus qu'un sexe.

Desromans tels que Les petits enfants du siècle, de C.

Rochefort, qui décrivent les relations des jeunes dans les citésurbaines modernes, montrent bien que la relation sexuelle physique est privilégiée par rapport à la relation humainepresque inexistante.

Les jeunes satisfont leur besoin sexuel de façon systématique, sans aucune préférence pourleur partenaire qui n'est considéré que comme un outil interchangeable et gratuit.

Le corps devient le maître de l'individu.

Ses besoins dictent la conduite de celui-ci.

La phase du « Je » est aussi uncorps », constituait un immense progrès, celle du « Je » n'est plus qu'un corps » marque une décadence de lacommunication et de l'individu.

En effet, si l'homme ne considère les autres que comme un moyen, il sera lui aussiconsidéré de même et ne pourra donc plus communiquer.

Un exemple frappant de la valorisation du corps, qui dansce cas devient presque une déification, est celui du sport des « Dieux du stade ».

L'athlète, belle machine bienhuilée qui court mais qui pense tout de même un peu, fait accourir les foules venues l'applaudir.

Il suffit de voirl'attirance provoquée par les athlètes noirs, et, surtout, par leur corps.

Celui-ci a beaucoup plus d'importance queles qualités intellectuelles ou humaines du sportif — seul compte son corps et ce qu'il représente pour le public —.Le corps des athlètes noirs est souvent, pour ses admirateurs, synonyme d'exotisme et de sauvagerie bienveillante.Je crois qu'il s'agit là aussi d'un symbole purement sexuel : la « bête de race », la souplesse, la force et cettecouleur sombre, pourquoi pas la vieille histoire de la femme blanche violée par un Nègre d'une puissance sexuelleéblouissante — histoire peu morale où il n'y a aucun « contact » affectif ou intellectuel entre le violeur et la violée—.

Le sport actuellement connaît un essor étonnant.

Tout le monde fait du vélo, patine, skie ou marche.

Il vautmieux maintenant être un sportif bronzé et heureux qu'un intellectuel pâle et maigrichon.

Pour le grand public lephilosophe, le chercheur, n'ont pas le droit d'être grands, forts et musclés.

On doit avoir le corps de ce que l'on est.Un intellectuel doit être faible et débile : il est plus facile de le mépriser.

Car maintenant la pensée n'est plus reine.L'homme valorise le corps et ses pulsions.

Ainsi, la philosophie, qui autrefois ignorait et méprisait le corps, se voit àson tour ignorée et méprisée par lui.

Le corps a été pour l'homme un moyen de se libérer mais après avoir prisconscience de son individualité, il exagère la valeur et le rôle de son corps et ne peut évidemment ainsi résoudre leproblème, toujours présent, de la communication.

La primauté du corps sur l'esprit créé des rapports de violencealors que la supériorité de l'esprit sur le corps imposait simplement un fait.

Robinson asservissait Vendredi, l'ignorant— et celui-ci acceptait ce fait, au début tout au moins, avant qu'il ne reconnaisse son corps — tandis que lesjeunes gens d'Orange Mécanique attaquent sauvagement un écrivain, et celui-ci ne pourra se défendre qu'enlançant contre eux une violence plus grande, celle de la justice.

C'est l'ascension de la « violence gratuite », la plusdangereuse, celle qui « défoule » sans réfléchir.

Le corps a été trop maîtrisé, il ne sait plus maintenant se retenir.Mais les idées et les valeurs intellectuelles n'ont pas suivi cet épanouissement du corps et les hommes maintenantne savant plus à quoi se raccrocher — à l'esprit ? Il y a de plus en plus de tentatives de retour à une viecontemplative ou monastique — au corps ? Les hommes ne peuvent vivre sans une relation de désir mutuel avecautrui mais considèrent de plus en plus l'autre comme un objet.

Le simple langage du corps s'est avéré aussi mauvais que celui de l'esprit pur; celui-ci ne pouvait aboutir carl'homme méprisait trop une des parties les plus importantes de son individu.

Mais s'il se contente du langage corporel— et peut-on parler de langage lorsqu'on refuse à l'autre la possibilité de s'exprimer? — il se condamne à une vieélémentaire.La philosophie est désir du désir de connaissance.

L'homme ne peut accomplir l'acte de philosophie qu'ens'acceptant tel qu'il est : l'homme est aussi un corps, mais n'a pas de corps.

Il ne se possède pas, il est.

Le corpspeut être un moyen — au sens le plus noble du terme — d'accéder à l'acte de philosophie.

Je pense au Roi desAulnes de Tournier, et aux symbolisme dont il entoure les fonctions organiques de son corps.

Son corps n'est pas unobjet, il est un chemin qui conduit à la réflexion.

Il connaît son corps, et cette connaissance et cette réflexion surcelui-ci lui permettent d'accéder à la philosophie.

On ne peut connaître que si on se connaît d'abord.

Si le corpsdomine l'esprit, ses désirs deviendront besoins, et si le désir disparaît la philosophie disparaîtra aussi, car elle estavant tout recherche du désir, désir d'un autre désir, désir de connaissance.

Seule la reconnaissance du rôle ducorps pourra aider l'individu à conserver son désir, et, donc, à poursuivre l'acte de philosophie.. »

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