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LA THEORIE ET L'OBSERVATION DANS LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES DU POSITIVISME LOGIQUE

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theorie

un certain point, Carnap lui-même). Selon cette théorie, la vérité ou la fausseté d'une proposition ne découle jamais d'une confrontation avec la réalité extra-lienistique, mais simplement de sa compatibilité ou de son incompa­tibilité avec d'autres propositions dans un système, le « vrai « système étant en fin de compte celui qui se trouve être accepté par « les savants de notre époque 1 «. Toutes différences étant naturellement réservées, on voit mal comment ceux qui, pour quelques raisons que ce soit, nient la référence nécessaire des théories scientifiques à l'expé­rience (quoi que puisse vouloir dire ici le mot « référence «), espèrent échapper en fin de compte aux inconvénients de la conception « syntaxique « de la vérité, du conventio-nalisme et de l'historicisme.

 

Il est curieux qu'on n'ait pas remarqué davantage la symétrie caractéristique qui existe entre le dogmatisme antimétaphysique du Cercle de Vienne et le dogmatisme antiempiriste qu'on lui oppose assez fréquemment. La différence la plus importante est évidemment que les néo-positivistes logiques se sont trouvés contraints de préciser progressivement ce qu'ils entendaient éliminer lorsqu'ils parlaient d'éliminer la métaphysique, ce qui les a amenés en fait à renoncer à peu près complètement à leur programme primitif, alors que, de l'autre côté, l'intolérance est à la fois plus massive et plus vague que jamais. Russell, dont nous pouvons décidément envier à la fois l'humour et la lucidité, a écrit dans l'Histoire de mes idées philosophiques : « L'accusation de faire de la métaphysique est devenue en philosophie une accusation du genre de celle qu'on porte contre un fonctionnaire dangereux pour la sécurité du pays. Pour ma part, je ne sais ce que l'on veut dire par le mot métaphysique. Voici la seule définition que j'ai trouvée qui convienne à tous les cas : Une opinion philosophique que ne soutient pas

mais aussi au sens scientifique, du terme, c'est essentiel­lement constater, enregistrer, comptabiliser, etc., les phéno­mènes, c'est-à-dire à ignorer l'importance et la spécificité du travail théorique, le fait que la connaissance doit être produite, et non pas simplement reçue, qu'elle se forme en transformant le réel, pie les « faits « scientifiques ne sont pas donnés, mais construits, et que leur construction présup­pose des théories, etc. Ceux qui ignorent ces vérités premières ont certainement tout à fait tort; mais il reste à savoir si, parmi les empiristes conscients et responsables, il y a beaucoup de gens qui soient dans ce cas. Mach a effecti­vement défendu l'idée du caractère essentiellement abré-viateur, et donc en principe facultatif, de toute théorie, allant jusqu'à suggérer que si tous Ies phénomènes singuliers que nous pouvons souhaiter connaître nous étaient immé­diatement accessibles, jamais une science ne se serait constituée. La théorie en vertu de laquelle les constructions de la science servent en fait uniquement à mettre de l'ordre dans un univers de données sensorielles atomiques, peut légitimement faire figure aujourd'hui de curiosité, à peu près au même titre que les conceptions de Bacon. Mais la période s machienne s de Carnap, par exemple, a été très brève. Elle correspond essentiellement à Der logische Aufbau der Welt (1928), où l'auteur s'efforce, en suivant les suggestions de Russell et en utilisant les techniques des Principia Mathematica, d'effectuer la réduction défini­tionnelle de toute espèce de discours sur le monde extérieur à un discours en termes de données des sens (sense-data j, de théorie des ensembles et de logique, c'est-à-dire de ramener toute l'ontologie des s choses « à celle de la théorie des ensembles de données sensorielles.

 

On ne contredira certainement pas Goodman lorsqu'il remarque que l'Aufbau est considéré à peu près par tout le monde comme une abomination philosophique : s The Aufbau stands preaninent as a horrible example 1. « Mais

sauce, même la plus humble et la plus ordinaire, comporte déjà une part considérable et irréductible d'élaboration théorique, c'est une chose qui n'a certainement jamais échappé réellement à l'auteur de 1 'Aufbau et qui, de toute manière, ne peut être opposée de façon pertinente à une tentative de reconstruction logique du monde sur une base minimale. C'est, en tout cas, une chose qui a été soulignée avec emphase par des auteurs comme Popper ou Quine. (Soit dit en passant, il est assez savoureux de constater que l'on recourt souvent, en France, contre l'empirisme en général, à des arguments voisins de ceux qui sont utilisés, d'une manière autrement élaborée et convaincante, par un empiriste aussi décidé que Quine, et au nom de l'empirisme lui-même, contre certaines formes de réductionnisme.)

 

ll faut noter que si, comme cela semble à peu près acquis aujourd'hui, le programme du néo-positivisme logique était tout à fait irréalisable et n'a pas été réalisé, il n'y a peut-être pas là de quoi se réjouir particulièrement, puisque cela prouve avant tout, en un certain sens, que nous sommes, d'une manière générale, incapables de dire ce qui distingue une explication (t scientifique n d'un autre type d'explication. Il est à craindre, effectivement, que ceux qui ne redoutent rien tant que de voir la science avouer certaines attaches compromettantes avec l'expérience soient en difficulté lorsqu'il s'agit de nous dire ce qui fait que, par exemple, la théorie de la relativité est une explication scientifique du monde physique, alors que certaines constructions mytho­logiques, religieuses ou philosophiques ne le sont pas. Car, si l'on ne peut invoquer en faveur de la scientificité que le fait de prendre une distance suffisante par rapport à l'expé­rience, la cohérence interne et le consensus des spécialistes, on ne voit pas très bien ce qui empêche de considérer éven­tuellement la théologie rationnelle comme une science, au même titre que la physique relativiste. Carnap et les néo­positivistes logiques ont estimé, à tort ou à raison, que la différence entre une explication théologique ou métaphysique caractéristique et une explication scientifique du monde devait consister en fin de compte dans le fait que les concepts,

« LE POSmnsME LOGIQUE 71 autre théorie de la connaissance antérieure, et qu'en tout état de cause les insuffisances qu'il a été amené à lui recon· naître pour sa part ont été découvertes par une adhésion stricte à une doctrine qui a inspiré la philosophie empiriste : la doctrine selon laquelle (( toute connaissance humaine est incertaine, inexacte et partielle 1 )). Cette acceptation, elle-même empirique et assortie de réserves importantes, d'une thèse qui ne peut certainement pas, quant à elle, être dérivée de l'expérience, a évidemment de quoi sur­ prendre les amateurs de positions tranchées. Mais, quoi que l'on puisse penser, d'une manière générale, de l'empi .. risme, il y a certainement une des conclusions de Russell qui n'est guère contestable : les meilleures et, d'une certaine manière, les seules véritables critiques de l'empirisme sont venues de philosophes qui se réclamaient eux-mêmes néanmoins en fin de compte de l'empirisme ou, tout au moins, d'une certaine forme d'empirisme. La thèse selon laquelle toute connaissance non analy· tique (c'est-à-dire, qui n'est pas de type logico·mathé· matique) est fondée sur l'expérience est certainement difficile (et même en un certain sens tout à fait impossible) à établir; mais elle est peut-être, à certains égards, encore plus difficile à rejeter. Un certain nombre de philosophes et d'épistémologues en sont apparemment arrivés, dans notre pays, à disqualifier comme '' empiriste >> toute philo .. sophie des sciences qui laisse entendre qu'une théorie scientifique doit être en fin de compte, d'une manière ou d'une autre, sous le contrôle de quelque chose comme l' »

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