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La valeur d'une civilisation se réduit-elle au développement de sa technique ?

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Le progrès suppose bien changement, il faut qu 'il y ait un avant et un après, mais il faut aussi le contraire: une permanence dans ce changement. Il faut que l'avant et l'après gardent une commune mesure, pour qu'on puisse les comparer, et enregistrer ce progrès.Il faut donc que quelque chose ne change pas, faute de quoi il n'y aurait pas progrès, mais révolution. Si tout change, radicalement, rien ne progresse. On pourrait dire: c'est toujours le passé qu'on fait progresser.Exemples de progrès en ce sens: produire autant ou plus qu'avant en moins de temps, faire baisser la mortalité infantile, augmenter l'espérance de vie...C'est sans doute la raison du privilège que l'on accorde au progrès technique: le progrès y est le plus clairement visible, parce qu'il y est quantifiable, mesurable. On peut comparer, par exemple la charge que peut tracter un cheval, avec celle d'un tracteur! Le résultat est sans ambiguïté.Nous avons donc vu que, même s'il y avait d'autres formes de progrès possibles, le progrès technique garde un privilège incontestable. Tout progrès, dans quelque domaine que ce soit, vient culminer en un progrès technique ou a été rendu possible par lui.

La technique, par son progrès, est souvent valorisée, au point d'être tenue pour un critère de civilisation. En effet, elle caractérise le mode d'être humain, en rupture avec le monde animal. De plus, les découvertes techniques jouent un rôle considérable dans l'amélioration des conditions de vie, avec toutes les conséquences que cela a sur les autres aspects culturels.
Cependant, le pouvoir que la technique donne à l'homme, sur la nature et sur les autres hommes, peut se retourner contre lui, jusqu'à l'aliéner ou le détruire, comme l'histoire le montre. Ainsi, le progrès technique est à double tranchant. Il conduit à poser un problème qui ne relève pas que de la technique, mais aussi de la politique et de la morale et, en général, des valeurs d'une civilisation.

 

En effet, le progrès technique n'est pas une forme de progrès parmi d'autres possibles. Il nous semble qu'il incarne à lui tout seul tout le progrès, qu' il est le progrès par excellence. Tout se passe comme si entre « progrès « et « technique « il y avait un lien essentiel: le progrès est pleinement un progrès, lorsque c'est un progrès technique. Le progrès semble être technique par nature.
 
 Qu'est-ce qui fait pour nous la supériorité de la technique sur toutes les autres activités humaines? C'est que, par la technique, l'homme maîtrise la nature. La technique se définit essentiellement comme cette prise de possession de la nature où l'homme affirme sa qualité d'être non naturel.
 Et en asseyant sa maîtrise technique de la nature, l'homme en même temps semble s'accomplir lui-même. Parce qu'il est un animal perfectible, parce qu‘il n'a pas de nature ou d'essence fixée une fois pour toutes, l'homme peut se faire lui-même au fil du temps, et même doit se faire. En ce sens, toute évolution technique, malgré la contingence de ce progrès plus ou moins rapide, plus ou moins décisif, n'est possible que parce que l'homme lui-même est par nature appelé à évoluer.
 On retrouve la trace de ce lien entre le progrès technique et la nature de l ‘homme jusque dans les dénominations des différents stades de l' hominisation. Chaque étape est baptisée du nom de la percée technique majeure de l'époque en question. Nous avons ainsi: l'âge de la pierre taillée, celui du bronze, du fer, etc... jusqu'à l'âge nucléaire. Il semble donc que ce soit par la technique que l'homme est homme.
 En outre, il semble bien que tout progrès, en quelque domaine que ce soit, reste subordonné à un progrès technique et en est tributaire.
 Par exemple, un progrès médical n'est possible que dans la mesure où il y a progrès des instruments médicaux, comme le scanner par exemple. Tout se passe comme si le progrès technique occupait une place à part parmi toutes les formes de progrès dont l'homme est susceptible.

« cheval, avec celle d'un tracteur! Le résultat est sans ambiguïté. Nous avons donc vu que, même s'il y avait d'autres formes de progrès possibles, le progrès technique garde unprivilège incontestable. Tout progrès, dans quelque domaine que ce soit, vient culminer en un progrès technique oua été rendu possible par lui. LA TECHNIQUE COMME SIMPLE ENSEMBLE DE MOYENS: CRITIQUE DU PROGRÈS TECHNIQUE Mais cela est-il une raison suffisante pour valoriser la technique comme nous le faisons? Nous en sommes peut-êtrearrivés à une telle valorisation que l'idée même de progrès technique rencontre ses limites.Par exemple, longtemps, on a considéré que dès qu'un progrès technique était possible dans un domaine donné,l'humanité avait un devoir quasi moral de réaliser ce progrès, quelles qu'en soient les conséquences. Le meilleurexemple en est les progrès en matière génétique: pouvoir constituer la carte d'identité génétique d'un individu seraitcertes une prouesse technique, mais elle ouvre les portes à toutes les déviances et les manipulations possibles.L'idée commence à s'imposer qu'il incombe au politique, à un comité des sages, d'imposer des limites arbitraires à latechnique, au nom d ‘une certaine conception de l'homme.La technique semblait longtemps porter à elle seule les espoirs d'une humanité en quête d'une vie plus heureuse etplus humaine. Elle permettait par exemple de rendre le travail moins pénible, et personne ne peut contester le bien-fondé, la légitimité de cette aspiration.Le problème c'est que le progrès technique en est devenu une valeur en soi. On fait des progrès parce qu'il faut enfaire dès qu'on peut en faire. C'est-à-dire que ce n'est plus dans un but défini qu'on tente de faire mieux que par lepassé. On progresse, certes, mais pour rien, sans se poser la question « à quoi cela va-t-il servir? » Comme sil'humanité, dans sa frange occidentale au moins, était condamnée à une fuite en avant. Comme si un progrèssupplémentaire à venir allait donner leur sens à tous les progrès accomplis récemment!C'est-à-dire que la technique, si on peut la définir comme la domination de la nature par l'homme, est susceptibled'une autre définition. Elle est à la base « l'ensemble des moyens en vue d'une fin quelconque ». Il faut comprendreque la technique relève du seul agencement des moyens pour une fin arbitraire déjà fixée. Elle ne se pose pas laquestion de la valeur de cette fin. La technique, en ce sens, pourrait être définie comme l'indifférence aux fins. Latechnique, c'est l'efficacité pure ,en elle-même ni bonne ni mauvaise, qui peut se mettre au service, indifféremment,du bien comme du mal, tout dépend de l'usage qu'on en fera. Le réel danger de croire qu'il n' y a de progrès quetechnique, c'est que notre époque, parce qu'elle a fait de la technique une valeur, ne voit plus la nécessité de seposer la question de son usage. Parce que le progrès est devenu une valeur en soi, il n'y a plus à le soumettre àévaluation.Notre époque a donc commis un réel renversement des valeurs: la technique qui, par nature, n'est qu'un moyen envue d'autre chose, est devenue une fin en soi. On progresse pour progresser, et comme en attendant de savoir quoifaire de ce progrès.En effet, si l'on essayait de procéder à une évaluation du progrès technique sans parti pris, à quoi aboutirait-on?Une analyse objective, quasi clinique, est-elle d'ailleurs possible?Notons que ce n'est pas tant le progrès technique en lui-même qui serait à évaluer que l'abus de ce progrès, lorsquele progrès devient une fin en soi!C'est ce que tente de faire Freud, dans un passage de Malaise dans la civilisation (pp. 31-32).C'est sans doute un « gain positif de plaisir » que d'avoir rapidement des nouvelles d'un ami parti pour un voyagedifficile, de pouvoir entendre la voix de l'enfant parti au loin dans une autre ville, de pouvoir espérer vivre pluslongtemps grâce aux progrès de la médecine.Mais Freud compare ce gain de plaisir à celui que l'on peut éprouver une froide nuit d'hiver, à sortir une jambe dedessous la couette, pour le plaisir que l'on peut avoir à la remettre au chaud. C'est-à-dire que si la technique offreces remèdes, c'est aussi parce qu'elle a au préalable causé le mal! C'est parce qu'il y a le chemin de fer que l'enfantest parti au loin, parce qu'il y a des transatlantiques que l'ami a entrepris ce voyage... La technique est la fois leremède et le mal, mais nous ne voyons que le remède.Pour ce qui est de l'augmentation de l'espérance de vie, Freud argumente que si la technique nous permet de vivreplus longtemps, en même temps la « Civilisation » (Kultur) nous impose plus de restrictions, de renoncer à certainsplaisirs. On vit plus longtemps, mais moins heureux! FREUD : CONQUÉRIR LA NATURE NE SUFFIT PAS AU BONHEUR Aujourd'hui, même si elle reste tout à fait inachevée, la conquête de la nature est largement engagée.Peut-on en déduire que, servis par des techniques toujours plus performantes, les hommes sontréellement plus heureux ? Freud constate qu'il n'en est rien. L'idéal cartésien, s'il garde un sens à sesyeux, doit donc être repensé. »

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