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L'activité du génie diffère-t-elle de toutes les autres comme on le pense généralement ?

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Toutes ces activités s'expliquent si l'on se représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d'observer diligemment leur vie intérieure et celle d'autrui, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. Toute activité de l'homme est compliquée à miracle, non pas seulement celle du génie, mais aucune n'est un « miracle ». D'où vient donc cette croyance qu'il n'y a de génie que chez l'artiste, l'orateur et le philosophe ? Qu'eux seuls ont une « intuition » ? [...] Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas d'autre part éprouver d'envie. Nommer quelqu'un « divin », c'est dire : « ici nous n'avons pas à rivaliser ». En outre, tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or personne ne veut voir dans l'oeuvre de l'artiste comme elle s'est faite; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi.

« Cette thèse est originale. L'artiste travaille : les manuscrits raturés et remaniés (cf. Proust) témoignent de celabeur acharné. 2) Expliquer les passages suivants du texte a. « Le génie ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujoursdes matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. »Le génie, ce dur labeur, « apprend à » : ce verbe est, ici, significatif, car « apprendre à » c'est devenircapable de faire quelque chose par le travail de l'esprit et de l'expérience. Mais de quelle manière ? Il s'agit de« poser des pierres », des matières minérales qui serviront à la construction, c'est-à-dire de mettre côte àcôte des éléments qui s'assemblent de façon convenable entre eux. Le génie apprend ensuite à « bâtir », àédifier sur le sol à l'aide de ces matériaux assemblés, à mettre en forme, à organiser une structure.Mais tout ceci est formulé à l'aide d'images. Que veut dire exactement Nietzsche ? Il faut poser des pierres :par exemple, l'écrivain, tel Proust, s'efforce d'accumuler les matériaux en fréquentant le « grand monde »,comme les Guermantes, personnages de A la recherche du temps perdu. Il utilisera l'apport fourni par saconnaissance du « monde », en extrayant du snobisme et du « monde » une matière de portée humaine, qu'ilmettra en forme pour réaliser le chef-d'oeuvre. Donc il s'agit de structurer des matériaux résultant del'expérience. Que fait Proust, dans toute cette tâche ? Il étudie le salon bourgeois (celui de Mme Verdurin), quiprendra progressivement le pouvoir par rapport au salon de l'aristocratie (celui de la « maison Guermantes »). Ilaborde de façon pertinente le rôle de l'aristocratie et de la bourgeoisie et amasse les pierres, qu'il assemble.Oriane de Guermantes est la figure dominante d'une aristocratie à son zénith. Ensuite, Mme Verdurin, lanouvelle princesse, signe une séquence mondaine inédite. Proust pose des pierres et les organise : il oeuvre («travaille à ») et organise la forme de l'oeuvre résultant des matériaux. b. « mais aucune n'est un "miracle" »Un « miracle » est un fait extraordinaire, une merveille, se produisant contre toute attente. Aucune activité del'homme ne traduit et n'exprime une intervention divine ; elle se ramène à une série d'efforts, de tâtonnements,pour trouver quelque chose. L'homme travaille fréquemment avec une attention passionnée; il bricole à ravir, ilfait de petites besognes, mais aucune de ses activités ne manifeste une réalité extraordinaire : pas de miracle! du labeur !c. « Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sontle plus agréables et où ils ne veulent pas d'autre part éprouver d'envie. »Belle analyse de la création et de l'idée de génie ! Que désigne, en effet, le phénomène de l'envie? L'envie n'estpas la jalousie : dans le premier cas, le sujet est confronté à une infériorité, qui serait imméritée alors que,dans le second, il existe une crainte de perdre (une chose).Or l'envie, résultant d'une évaluation négative de l'infériorité par rapport à l'autre, est insupportable car notreinfériorité nous contrarie. Donc l'envie est une passion malfaisante. Si l'on parle de génie, non seulementl'intensité de l'envie diminue, mais elle disparaît. Ainsi les hommes vont parler de génie pour ne pas éprouver desentiment d'infériorité : ils sont en face de sentiments plaisants devant l'oeuvre, mais ces effets doivent êtreattribués au miracle, à la nature ou à Dieu. Ainsi l'envie est-elle alors répudiée. »

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