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L'amitié est-elle une forme idéale de relation à autrui ?

Publié le 31/01/2004

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Est-elle un idéal au sens de "la plus agréable", celle qui nous plaît le plus, qui nous procure un maximum de satisfaction ? Ce sujet peut aussi avoir une dimension politique : si je ne respecte que mes amis, qu'en est-il des autres ? Si l'idéal, c'est le respect de la liberté d'autrui, et comme je ne peux pas être l'ami de tout le monde, ne faut-il pas que la communauté soit régie par des lois qui me permettent d'avoir des amis, certes, mais qui me contraignent aussi à respecter la liberté des mes "ennemis" ou de ceux qui me sont affectivement indifférents ? Si l'amitié "universelle" n'est pas vérifiable dans les faits, doit- elle être l'idéal vers lequel nous devons tendre ?   Introduction À première vue, nous ne connaissons personne - sinon nous-mêmes - mieux que nos amis. Toutefois, il nous arrive aussi de nous tromper dans nos amitiés. Or quand, l'amitié brisée, nous disons de quelqu'un « je le croyais mon ami », nous avouons qu'au fond nous le connaissions mal. Le problème se pose donc de savoir si l'amitié est bien une forme privilégiée de la connaissance d'autrui, et même si elle en est une forme de connaissance tout court. L'amitié ignorante d'autrui Il ne va pas de soi que l'amitié soit en quelque manière une connaissance d'autrui. Dans l'Éthique à Nicomaque (VIII.

« Montaigne nous explique : « Aucune de ses actions ne me saurait être présentée, quelque visage qu'elle eût, que jen'en trouvasse incontinent le ressort.

Nos âmes ont charrié si uniment ensemble, elles se sont considérées d'une siardente affection, et de pareilles affections découvertes jusques au fin fond des entrailles l'une de l'autre, que, nonseulement je connaissais la sienne comme la mienne, mais je me fusse certainement plus volontiers fié à lui de moiqu'à moi.

» Une affinité mystérieuse. Mais encore une fois nous retrouvons la même question fondamentale : est-ce parce que je connais déjà autrui queje l'aime ou est-ce parce que je l'aime que je le connais ?Montaigne ne pense pas que l'amitié résulte d'une connaissance discursive d'autrui, mais la croit due à quelque «force fatale ».

L'amitié est quelque chose d'inexplicable parlant toujours de son ami La Boétie, Montaigne observe :« Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant: parce quec'était lui ; parce que c'était moi.

» L'amitié naît d'une attirance réciproque entre les êtres, d'une affinité élective,qu'Aristote nommait sympathie.

Cette sympathie est-elle donc une forme de la connaissance d'autrui ? Sympathie et connaissance d'autrui La sympathie est un attrait instinctif que nous éprouvons pour une autre personne avant même d'avoir pu bien laconnaître.

Mais pour être attiré par quelqu'un, ne faut-il pas déjà le connaître d'une certaine manière? La sympathieserait-elle donc une forme de connaissance ? La sympathie n'est pas connaissance. Comment puis-je partager les états d'âme d'autrui, ses joies et ses souffrances, observe M.

Scheler, si je n'ai pasune connaissance préalable de ses sentiments ? Pour sympathiser avec autrui, il faut auparavant que je lecomprenne et la compréhension implique la connaissance.

Ainsi la connaissance paraît devoir toujours précéder lasympathie.

« Ce n'est pas par sympathie que j'acquiers la connaissance des souffrances d'autrui, mais cetteconnaissance doit déjà exister pour moi pour que je puisse la partager.

»La seule connaissance qui opère dans la sympathie est en réalité une reconnaissance, celle de l'existence d'autrui.La sympathie implique en effet l'intention de ressentir ce que l'autre sent.

Elle exige donc que l'autre soit posé entant qu'autre.

Dès lors elle ouvre non sur la connaissance de ce qu'est l'autre, mais sur la reconnaissance del'existence indépendante de l'autre.

Elle détruit ainsi l'illusion du solipsisme.

« Sa fonction, écrit Max Scheler, consiste moins à nous fournir une connaissance positive [...] qu'à supprimer une illusion qui fait partie intégrante denotre conception primitive du monde.

Elle supprime cette illusion naturelle que j'appellerai égocentrisme.

» Ainsi, parla sympathie, l'autre devient pour moi aussi réel que moi-même. La sympathie, connaissance instinctive. En affirmant que la sympathie passe par la compréhension qui présuppose la connaissance, Max Scheler ne lie-t-ilpas à tort la sympathie à l'intelligence ? Sa critique de la fonction cognitive de la sympathie vaut-elle encore si l'onconsidère que l'attrait instinctif de la sympathie enveloppe précisément une autre forme de connaissance que laconnaissance réfléchie et discursive? C'est ce que pense Bergson, qui voit dans la sympathie une connaissanceabsolument spontanée et immédiate allant jusqu'à se confondre avec l'instinct.Bergson nous invite à réfléchir sur l'exemple suivant : comment le sphex (une sorte de guêpe) sait-il frapper de sonaiguillon les centres nerveux de la chenille qu'il prend pour proie? Si toute connaissance relevait uniquement del'intelligence, le sphex « aurait à apprendre une à une, comme l'entomologiste, la position des centres nerveux de lachenille [...], mais il n'en serait plus de même si l'on supposait entre le sphex et sa victime une sympathie (au sensétymologique du mot) qui le renseignât du dedans, pour ainsi dire, sur la vulnérabilité de la chenille ».

Ainsi le sphexsaisit-il le système nerveux de la chenille « du dedans, tout autrement que par un processus de connaissance, parune intuition (vécue plutôt que représentée) qui ressemble sans doute à ce qui s'appelle chez nous sympathiedivinatrice » (L'Évolution créatrice).

Ainsi, selon Bergson, « l'instinct est sympathie », et lorsque cette sympathiedevient consciente d'elle-même, elle est intuition.Dans ces conditions l'amitié, fondée sur la sympathie, serait bien une forme - privilégiée - de la connaissanced'autrui. Conclusion Dans l'amitié vraie nous avons le sentiment de connaître parfaitement autrui.

Mais ce sentiment de parfaitetransparence, qui nous fait croire que l'amitié est la forme privilégiée de la connaissance d'autrui, pourrait bien n'êtrequ'une illusion.

Toutefois, même si la sympathie qui anime l'amitié n'est pas une connaissance intuitive, du moinsest-elle un mouvement qui m'oriente vers autrui et m'entraîne vers lui : par là, elle se rattache à la penséeorganisatrice de l'avenir et, en ce sens, elle est bien une source du savoir et une fonction de la connaissance.. »

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