L'art et la technique
Publié le 22/03/2026
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Chapitre 3 : L’art et la technique
Perspective : L’existence humaine et la culture
Sujet général de la séquence : l’art peut-il se passer de compétences techniques ?
Repères : abstrait/concret ; concept/image/métaphore ; inné/ acquis
Définitions clés : Beau, esthétique, génie, sublime, goût
Philosophes mobilisés : Platon, Aristote, Kant, Nietzsche*, Hegel*,
Freud*
Mythe de Prométhée* (notion technique)
Alain*,
Les origines de l'art
Homo sapiens : art pariétal, art rupestre, passage
du concret à l’abstrait, hypothèse du pouvoir
magique de l’art et non « l’art pour l’art ».
La
datation des peintures et des charbons retrouvés
dans la grotte Chauvet révèlent un âge de plus de 30 000 ans avant notre ère.
Art : en latin « ars » et en grec « téchnè », savoir-faire, maitrise technique : activité de production orientée par des règles explicites.
•
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ensemble des activités créatrices libres.
Pour Kant, dans la Critique de la faculté de juger : « l’art n’est pas la
représentation d’une belle chose, mais la belle représentation d’une chose » ;
l’artiste, du mot « artista » est inventé par Dante (1265-1321) dans le chant XIII du Paradis (Divine Comédie) comme celui
qui a « l’usage de l’art », c’est-à-dire qui possède à la fois « l’idée » et l’habileté technique (la téchnè ) pour incarner le
projet dans la matière.
Si Dante invente le mot « artiste », cela ne signifie pas qu’il considérait cette activité comme noble
ou qu’il admirait les œuvres d’art.
Bien au contraire, il ironisait sur « La vaine gloire des œuvres humaines » et fustigeait la
vanité des commanditaires, comme les Papes et autres religieux.
Le terme « artiste », en tant que statut social, n’apparaît dans le Dictionnaire de l’Académie qu’en 1762 ; à ne pas confondre avec
l’artisan = producteur manuel d'objets utilitaires qu’il fabrique lui-même et intégralement.
Jusqu’au XVIIème siècle, l’artiste et
l’artisan sont confondus.
En France, en 1648 la naissance de l’Académie des Beaux-Arts est effective sous le nom de l'Académie
royale de peinture et de sculpture avec pour devise Libertas artibus restituta, « liberté rendue aux Arts »
Ainsi, l’artisan est reconnu comme un homme de métier, l’artiste comme celui qui exprime le Beau.
Tous deux ont ce point commun
qui est de transformer le réel pour la création d’une œuvre.
Un artisan est « un ouvrier qui gagne sa vie en travaillant aux arts
mécaniques [...] qui fournissent les nécessités de la vie ».
Au XIXe, l’artisan se distingue cette fois de l’ouvrier.
Le simple exécutant
devient un “ouvrier”.
L’artisan devient celui qui pratique un art (technique), quel qu’il soit.
L’artiste pratique les beaux-arts, l’artisan
pratique les autres.
Esthétique : aisthesis signifiant sensation ; partie de la philosophie qui se propose l'étude de la sensibilité artistique et la définition
de la notion de beau.
Technique : en grec « téchnè », savoir-faire, habileté.
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ensemble des moyens matériels et immatériels produits par l'homme pour satisfaire les besoins issus de la nature ou de la
société ;
application de la science, la mise en application de lois scientifiques ;
connaissance de la manière adéquate de procéder dans un domaine déterminé.
Une technique est un procédé, une
méthode, un moyen réfléchi, précis, et transmissible.
Elle est un procédé et non un objet.
La technique englobe ainsi le
théorique et la pratique ;
capacité de l'homme à fabriquer des objets (homo faber), la technique se distingue de la technologie en tant qu'elle est
discours sur la technique, mais tend à s'identifier à elle dans l'usage courant (une technologie est une technique).
Préambule
Le sujet présuppose que l'art nécessite une maîtrise technique.
Il exige de se demander si cette condition est
obligatoire ou non.
Comme toute pratique, l'art utilise des techniques et des savoir-faire, mais l'activité artistique, par
1
différence avec l'artisanat ou la production, se distingue de la pure activité technicienne.
Le sujet exige à la fois de
cerner les similitudes et les différences entre la pratique artistique et les autres.
Les différents genres artistiques requièrent l'apprentissage de techniques.
Il faut, par exemple, apprendre à jouer d'un
instrument ou à dessiner.
Même si l'on possède un don, personne ne peut se dispenser d'apprendre à l'exprimer.
Mais, on le sait, le talent artistique, la création et/ou l'interprétation n'ont rien à voir avec la technique.
Être artiste
requiert autre chose que la simple virtuosité technique.
Il faut l'inspiration propre au génie.
Or, ceci ne s'apprend pas.
Dans le même temps, l'inspiration, l'inventivité sans moyen pour les inscrire dans une forme particulière concrète ne
servent à rien.
Sinon, tout le monde pourrait être artiste, or, on le sait, ce n'est pas le cas.
Voici donc un problème possible : l'art a besoin de règles, mais la création artistique exige quelque chose de plus
que la simple maîtrise technique.
Pour créer, il faut se détacher des règles en vigueur.
Paradoxe : s'agit-il de dire
qu'il faut des règles pour transgresser les règles, posséder la technique pour s'affranchir des contraintes liées à elle
? Le sujet nous invite donc à donner un sens à ce paradoxe.
Première partie : L’art, à travers ses œuvres, donne l’illusion de la réalité.
L’artiste tire sa source de la nature –
inspiratrice par excellence.
Ce faisant, il peut se passer de réelles compétences techniques ; nous parlerons alors de
compétences de reproduction.
a.
L’imitation de la réalité peut être une condition de la beauté artistique
→ Platon, p.61 (texte 17)
L’art donne l’illusion de la réalité.
Aussi, lorsque je regarde un tableau, je ne regarde pas véritablement le réel d’après
Platon.
L’artisan qui fabrique un lit s’inspire d’une idée de lit, grâce à laquelle il peut éventuellement produire plusieurs
lits concrets.
Le peintre, lui, imite le lit fabriqué en copiant l’apparence sensible du lit sur une surface plane.
La peinture
est donc imitation au second degré, copie de copie.
Au livre X de la République, la peinture est critiquée comme art de
l’imitation.
Pourtant, Socrate voit aussi dans la peinture quelque chose qui tient de la sorcellerie, d’un charme jeté par
le magicien.
La critique de la peinture comme art de l’illusion fait partie d’une critique plus vaste dans laquelle Platon inclut la
poésie, notamment Homère, père de la culture grecque.
Si le poète fascine c’est parce qu’il est capable de s’identifier
aux personnages qu’il invoque ; Homère devient tantôt Achille, Agamemnon ou Zeus.
L’art poétique est un art de
l’imitation (mimèsis en grec), de la métamorphose et de l’illusion.
Pourtant, le poète qui fait parler un médecin est
paradoxalement incapable de soigner : il se contente d’imiter le langage du médecin.
A la jeunesse dorée d’Athènes,
les sophistes enseignent l’art de faire illusion de la parole, en particulier l’art de paraître tout savoir.
Grâce à son art
rhétorique, Gorgias fait mieux que le médecin, ou de n’importe quel artisan en donnant l’illusion qu’il est le meilleur
dans le domaine en question.
L’orateur fait appel aux émotions et à l’imagination, au lieu de favoriser un accès à la
vérité.
Dans la République, modèle d’État, Platon chasse de la cité idéale les artistes imitateurs et les techniciens de la parole.
Il leur oppose des éducateurs capables de transmettre des connaissances.
A la différence de la peinture et de la poésie,
la musique et la gymnastique seront pratiquées dans la Cité idéale, parce qu’elles créent de bonnes dispositions chez
les jeunes gens.
Rythme et harmonie enseignent la maîtrise de soi : l’homme platonicien apprend à cultiver en luimême le principe de la juste mesure.
b.
L’art prend sa source dans le plaisir de l’imitation
→ Aristote, p.73 (texte 10)
Un tableau peut représenter des choses du monde.
On trouvera un portrait ressemblant ou caricatural en le
comparant à la personne réelle qu’il représente.
On a souvent caractérisé le rapport de l’œuvre d’art à la réalité décrite
comme un rapport d’imitation : le tableau serait alors une image de la chose, son double, comme le serait son reflet
dans l’eau.
Aristote affirme dans la Poétique que l’art imite la nature et que les hommes s’entourent de
représentations visuelles des choses du monde parce que l’imitation est naturelle à l’homme : par désir de
2
connaissance d’abord, mais également parce que l’homme
trouve un plaisir à contempler des imitations car comme le
souligne Aristote, la nature ne fait rien en vain.
Il existe, selon le philosophe, un plaisir certain à reconnaître
une image (plaisir parfois paradoxal car l’on reconnaît parfois
des choses qui ne nous plairaient pas forcément dans la
réalité).
L’histoire de la peinture en donne l’illustration avec
notamment « Le bœuf écorché » (1655) de Rembrandt.
Mais l’œuvre d’art réussie est-elle vraiment l’œuvre qui fait
illusion ? Le peintre grec Zeuxis était connu pour avoir peint
des raisins si ressemblants que des oiseaux se seraient laissés
prendre en venant picorer le tableau.
c.
Le détachement de l’art de la réalité
→ Hegel, p.
282 (texte 25)
Si l’art devait avant tout imiter, cela signifierait qu’une œuvre d’art réussie serait toujours dans la reproduction la plus
fidèle de son....
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