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Le génie de l'artiste exclut-il tout apprentissage ?

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• Un constat : l'histoire nous montre que les beaux-arts (la peinture, la sculpture, la musique, la littérature, etc.) ont longtemps été considérés comme des techniques qu'il convenait d'apprendre : de là l'enseignement des arts plastiques dispensés par des maîtres dans les ateliers, puis dans écoles de beaux-arts, L'enseignement des arts du langage les collèges, etc.
 • Toutefois, on constate aujourd'hui un certain déclin des enseignements traditionnels. Pour l'opinion moderne, en effet, un véritable "artiste" est une personne qui a du talent, ou même du génie, degré supérieur du talent. Or le talent est défini comme une aptitude naturelle, un don inné, quelque chose qui ne peut s'acquérir: on naît artiste, on ne le devient pas. Dès lors l'apprentissage d'un art est saisi comme une chose secondaire, un peu superflue, voire comme entrave au génie qu'il conviendrait de laisser librement s'exprimer dans son jaillissement créateur, en dehors de toute contrainte technique apprise et par là même susceptible de réduire l'originalité et de corrompre l'authenticité de l'artiste.
 • Le problème se pose donc de savoir quelle est la valeur d'une telle opinion, de savoir si le génie de l'artiste exclut réellement tout apprentissage.
 

« Technique et habileté peuvent s'enseigner. Mais cette habileté technique peut-elle s'acquérir ? Peut-on me l'enseigner et puis-je l'apprendre ? Évidemment oui :par un exercice pratique, on peut acquérir une habileté suffisante, voire, avec beaucoup d'entraînement, unedextérité exceptionnelle. Le but de l'apprentissage d'un métier manuel est de faire acquérir cette habileténécessaire, même à ceux qui n'en sont pas naturellement doués. Reste que, à habileté égale, un artisan pourrainventer de beaux objets quand d'autres ne seront capables que de les exécuter, de les reproduire, de les imitermême parfaitement. Même ici, l'habileté, la dextérité manuelle, n'est pas prépondérante : tel artisan ou tel artistepourra produire des oeuvres supérieures en beauté à celle d'un autre avec une habileté moindre que celle de cedernier. Or cette aptitude à produire le beau, ce que l'on nomme génie, ne paraît pas, elle, pouvoir s'apprendre. Le génie ne peut s'apprendre. Le génie ne s'enseigne pas. Kant nous fait bien comprendre cette spécificité irréductible du génie encomparant l'artiste au savant : « Newton pouvait non seulement pour lui,mais pour tout autre, décrire clairement, et déterminer pour ses successeurs,les démarches qu'il eut à, faire depuis les premiers éléments de la géométrie,jusqu'à ses grandes et profondes découvertes ; mais aucun Homère, aucunWieland ne pourrait montrer comment ses idées riches en poésie et pourtantlourdes de pensées surgissent et s'assemblent dans son cerveau, car lui-même ne le sait pas et il ne peut donc l'enseigner à un autre. En matière descience par conséquent il n'y a entre le plus grand inventeur et l'imitateur,l'apprenti le plus laborieux, qu'une différence de degrés, mais il y a unedifférence spécifique entre lui et celui que la nature a doué pour les beaux-arts ; on ne veut pourtant pas diminuer ces grands hommes auxquelsl'humanité doit tout, par rapport à ceux qui par leur talent pour les beaux-artssont des favoris de la nature. Le talent des premiers consiste à, faireprogresser toujours davantage les connaissances, et les avantages pratiquesqui en dépendent, comme à instruire les autres dans ces mêmesconnaissances et c'est là une grande supériorité sur ceux qui méritentl'honneur d'être appelés des génies ; pour ceux-ci l'art s'arrête quelque part;il a ses limites qu'il ne peut dépasser, qu'il a sans doute atteintes depuislongtemps et qui ne peuvent plus être reculées ; de plus, une telle maîtrise ne peut se communiquer, elle est dispensée directement à chacun par la main de la nature ; elle disparaît donc avecl'un jusqu'à ce que la nature confère à un autre les mêmes dons ; et il ne reste plus à celui-ci que d'avoir un modèlepour laisser se manifester de semblable manière le talent dont il a conscience » (Critique du jugement, § 47, trad. deJoseph Gibelin, Vrin, 1946). La définition kantienne du génie Kant définit le génie de la manière suivante : « Le génie est le talent (don naturel) qui dicte la règle de l'art : mais letalent, faculté innée de production de l'artiste, appartient à la nature ; on pourrait donc s'exprimer ainsi : le génieest la disposition innée de l'esprit par laquelle la nature donne ses règles à l'art » (Critique du jugement, § 46). Legénie se caractérise ainsi par:- l'originalité : « le génie est le talent de produire ce dont on ne saurait donner de règles déterminées, ce n'est pasl'aptitude à ce qui peut être appris d'après une règle quelconque » (ibid.) ;- l'exemplarité : « ses productions, car l'absurde aussi peut être original, doivent en même temps être des modèles». Elles « doivent être proposées à l'imitation des autres » (ibid.) ; - l'incapacité à indiquer scientifiquementcomment il réalise son oeuvre ; et pourtant « il donne, en tant que nature, la règle. Donc l'auteur d'une oeuvre qu'ildoit à son génie ne sait pas lui-même d'où lui viennent les idées et il ne dépend pas de lui d'en concevoir à volontéou d'après un plan, ni de les communiquer à d'autres dans des prescriptions qui les mettraient à même de produirede semblables ouvrages » (ibid.). Dans ces conditions, il apparaît que le génie exclut tout apprentissage, en ce sensqu'il ne peut s'enseigner : on ne peut apprendre à avoir du génie. KANT : l'art est l'oeuvre du génie Kant définit les beaux-arts comme les arts du génie, et le génie comme « la disposition innée de l'esprit par laquellela nature donne ses règles à l'art ». Il se caractérise par :1) l'originalité : « le génie est le talent de produire ce dont on ne saurait donner de règle déterminée, ce n'est pasl'aptitude à ce qui peut être appris d'après une règle quelconque » ;2) l'exemplarité : « ses productions doivent en même temps être des modèles » et pouvoir « être proposées àl'imitation des autres » ;3) l'incapacité à « indiquer scientifiquement comment il réalise son oeuvre ». Et cependant « il donne, en tant quenature, la règle. Donc l'auteur d'une oeuvre qu'il doit à son génie ne sait pas lui-même d'où lui viennent les idées et ilne dépend pas de lui d'en concevoir à volonté ou d'après un plan, ni de les communiquer à d'autres dans desprescriptions qui les mettraient à même de produire de semblables ouvrages ». »

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