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Le passionné peut-il être libre ?

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« On peut généralement définir [les passions comme] des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de l'âme, qu'on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits. » Descartes, Les Passions de l'âme, 1649.Les passions illustrent à merveille les interactions entre l'âme et le corps. Elles résultent en effet, selon Descartes, de l'influence sur l'âme des « esprits animaux », lesquels sont composés des parties les plus subtiles et les plus agitées du sang. Ces «esprits », qui sont de nature entièrement corporelle, agissent sur l'âme, alors en proie aux passions. « J'appelle ici passions toutes les émotions que l'âme ressent naturellement à l'occasion des mouvements extraordinaires des esprits animaux. » Malebranche, De la recherche de la vérité, 1674-1675. « Comme on parle des infirmités du corps, la goutte, le rhumatisme, il y a ainsi dans l'âme l'amour de la gloire, le goût du plaisir et choses semblables. » Diogène Laërce, Vies et opinions des philosophes, s. apr.

« Introduction Notre jugement sur les passions hésite entre l'éloge, qui fait de la passion le modèle de la liberté, et la condamnationpure et simple : la passion serait une liberté illusoire. Le problème est de savoir s'il n'existerait pas différentespassions, certaines pouvant se combiner avec la liberté et d'autres non. 1) La passion comme modèle de La liberté. a) La liberté apparaît d'abord comme licence Satisfaction illimitée des désirs, expression de soi. b) La passion est le désir illimité - excessif et exclusif - montrant que l'homme n'est pas limité au besoin. Définir lapassion comme désir, au-delà du simple besoin. c) La passion permet donc à l'homme d'être Libre. La théorie la plus classique qui définit la liberté comme absencede contraintes et libre jeu des passions est celle de Calliclès, sophiste du ive siècle av. J.C., adversaire acharné deSocrate. Définissant l'impossibilité du bonheur dans l'état de servitude et d'esclavage à l'égard d'un autre ou desautres, il préconise la culture des passions et des désirs que l'on doit multiplier et accroître en nombre et enintensité pour les satisfaire lorsqu'ils atteignent leur plus haut degré. Si la répression et la maîtrise de ses instincts,volontés, désirs, pulsions de vie engendrent tristesse et douleur, l'épanouissement et le plein éclat des forces devie, ainsi que de notre puissance, nous réalisent dans le plaisir et la volupté. Cette culture de la force vitale est unart véritable, réservé à peu de gens. L'opprobre général auquel un tel mode de vie donne lieu l'atteste largement.Les disciples d'Epicure n'ont-ils pas été par la suite traités de pourceaux ? Notre lâcheté et notre faiblesse nous fontpréférer la tempérance, la mesure et la justice. Pour quelques caractères d'exception qui en ont le courage et laforce, la liberté consiste à vivre dans le luxe, l'incontinence et les passions démesurées. Seul l'homme passionnéserait libre. Telle est La revendication de Calliclès. La liberté serait inséparable de La passion : on ne peut qu'être àla fois libre et passionné, la passion conditionnant la liberté et la liberté rendant possible la passion. Pour Calliclès,hédoniste débridé (du grec hèdonè, plaisir), il faut « vivre dans la jouissance, éprouver toutes les formes de désirset les assouvir ». À ses yeux, les normes morales et juridiques ne sont que répressives, elles empêchent de trouverle bonheur comme on l'entend. Socrate lui rétorque qu'il échouera à rendre son âme harmonieuse s'il ignore ce qu'estle bien en soi, indépendamment de ce qui lui semble tel. « Mais ce qui selon la nature est beau et juste, c'est ce que j'ai lafranchise de te dire à présent : que celui qui veut vivre droitement savie, doit, d'une part, laisser les passions qui sont les siennes être lesplus grandes possibles, et ne point les mutiler ; être capable, d'autrepart, de mettre au service de ces passions, qui sont aussi grandes quepossible, les forces de son énergie et de son intelligence ; bref, donnerà chaque désir qui pourra lui venir la plénitude des satisfactions. Maisc'est, je pense, ce qui n'est pas possible à la plupart des hommes. Voilàpourquoi ils blâment les gens de cette trempe ; la honte les pousse àdissimuler leur propre impuissance. Ils disent donc de la licence quec'est une vilaine chose, réduisant en esclavage, tout ainsi que je ledisais précédemment, les hommes qui selon la nature valentdavantage et, impuissants eux-mêmes à procurer à leurs plaisirs unplein assouvissement, ils vantent la sage modération et la justice :effet de leur manque de virilité ! Oui, en effet, pour ceux qui ont eul'avantage ou d'être fils de rois ou d'avoir été capables, par lesressources de leur propre naturel, de se procurer une autoritéquelconque, soit tyrannie, soit souveraineté, pour ces hommes qu'yaurait-il véritablement de plus laid et de plus mal qu'une sagemodération ? » PLATON, Gorgias 491 e - 492 b 0rdre des idées 1) Une thèse : Selon la loi de la nature, il est beau est juste de favoriser ses passions et d'assouvir ses désirs. 2) Une question (= objection possible) : Pourquoi cette loi n'est-elle pas reconnue par tous ? 3) Une réponse : parce que la plupart des hommes sont faibles et donc incapables de suivre cette loi. Aussi luisubstituent-il celle de l'égalité et de la modération, qu'il appellent « justice ». 2) La passion comme esclavage. a) La liberté est pensée et action reposant sur la raison. Elle consiste à savoir ce que l'on pense et savoir ce quel'on fait. »

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