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Peut-on à la fois être libre et passionné ?

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Les critiques adressées aux passions sont aussi diverses que les motifs de les exalter. Un inventaire exhaustif des griefs avancés au cours de l'histoire de la philosophie serait pour le moins fastidieux. Nous n'en retiendront que les plus significatifs, que nous classerons en fonction de leurs principes de référence. Ø Un premier critère est la menace qu'elles font peser sur la liberté. Les passions aliènent le sujet, le dépossèdent de lui-même, le rendent esclave de son corps ou de son imagination. Cette nocivité envers la personnalité même du passionné est à mettre en rapport avec la dimension de permanence de l'attachement passionnel, ou encore son caractère circulaire et donc insatiable : le désir à peine assouvi, il ne tarde pas à se réveiller, il s'affermit même du fait de sa satisfaction, au point que la quête de l'objet de la passion s'avère interminable, confine à l'infini. Ø Un second principe de référence est son caractère irrationnel. La personne se trouve submergée par un flot irrépressible qui manifeste la domination du corps ou de l'imagination sur la raison, pourtant seule instance légitime pour la connaissance et l'action. Inversant la hiérarchie des principes constitutifs de l'être humain, les passions vouent l'homme à tous les excès. Ø Un troisième et dernier critère est le caractère proprement immoral de la passion. Ce principe peut à son tour être scindés en deux, selon le fondement de la morale que l'on retient. Si ce fondement est la raison, en tant qu'instance capable de discerner le bien et le mal, il nous renvoie au critère précédent.

« Ce discours, paradigme de tout recours à la nature pour décider des affaires humaines, est un exemple de méconnaissance projective : celui qui veut un maître attribue aux autres une nature d'esclaves ! La servitude volontaire estle mobile caché de toute invocation d'un modèle naturel. La méthode généalogique se retourne contre Calliclès. 2) La passion comme esclavage.a) La liberté est pensée et action reposant sur la raison. Elle consiste à savoir ce que l'on pense et savoir ce que l'on fait.b) La passion est illusion. On ne sait pas ce que l'on recherche. Elle est action déraisonnable : le passionné obéit au désir sans en être l'auteur conscient.c) La passion est donc esclavage. Impossible d'être à la fois libre et passionné puisque la passion nous fait précisément perdre notre liberté en nous faisant perdre la raison.a) Réquisitoire contre les passions.Les critiques adressées aux passions sont aussi diverses que les motifs de les exalter. Un inventaire exhaustif des griefs avancés au cours de l'histoire de la philosophie serait pour le moins fastidieux. Nous n'en retiendront que lesplus significatifs, que nous classerons en fonction de leurs principes de référence. Ø Un premier critère est la menace qu'elles font peser sur la liberté. Les passions aliènent le sujet, le dépossèdent de lui-même, le rendent esclave de son corps ou de son imagination. Cette nocivité envers lapersonnalité même du passionné est à mettre en rapport avec la dimension de permanence de l'attachement passionnel, ou encore son caractère circulaire et donc insatiable : le désir à peine assouvi, il ne tarde pas à seréveiller, il s'affermit même du fait de sa satisfaction, au point que la quête de l'objet de la passion s'avère interminable, confine à l'infini.Ø Un second principe de référence est son caractère irrationnel. La personne se trouve submergée par un flot irrépressible qui manifeste la domination du corps ou de l'imagination sur la raison, pourtant seule instancelégitime pour la connaissance et l'action. Inversant la hiérarchie des principes constitutifs de l'être humain, les passions vouent l'homme à tous les excès.Ø Un troisième et dernier critère est le caractère proprement immoral de la passion. Ce principe peut à son tour être scindés en deux, selon le fondement de la morale que l'on retient. Si ce fondement est la raison, entant qu'instance capable de discerner le bien et le mal, il nous renvoie au critère précédent. Mais s'il s'agit d'une morale religieuse, il s'articule soit autour du concept de « désir », soit autour de celui du « péché ». Le « péché » exprime la rupture des relations avec Dieu, de la part d'un homme qui se voudrait « autonome » alors même qu'il n'est que créature. Saint Augustin déterminera trois vices matriciels : la volonté de puissance, la jouissance, et la possession, issus du péché originel, et qui sont à la base de nombre de passions « immorales ». A ces différents griefs, Epicure ajoute une liste qui pourrait sans doute s'allonger indéfiniment : la passion constitue une menace envers les lois, les conventions sociales, la santé, la gestion économique, etc. « Je m'aperçois qu'une passion violente te pousse aux plaisirs de l'amour. Or, à condition que tu ne veuilles renverser les lois, ni ébranler ce qui est honnêtement établi par l'usage, ni affliger ton prochain, ni fatiguer ton corps, ni gaspiller les moyens nécessaires à l'existence, tu peux suivre ton impulsion à ta guise. Il est impossible de ne pas commettre une au moinsde ces choses, car les plaisirs de l'amour ne nous ont jamais servi, il faut s'estimer heureux s'ils ne nous nuisent pas. [...]Quand on n'a plus l'occasion de voir l'objet bien-aimé, quand les relations intimes et le commerce cessent, la passion amoureuse s'affaiblit. » Épicure , « Maximes ». Épicure énumère les conditions d'un désir légitime, tant dans les domaines de la législation, des conventions sociales, de la morale, que de la santé et de l'économie. Mais il s'agit là d'une formule de rhétorique ; une telle somme d'exigences s'avère être une gageure, ou plutôt l'exposé des griefs d' Epicure envers la passion ; puisqu'elles sont non seulement inutiles, mais nuisibles.Dans d'autres textes, Epicure distingue parmi les plaisirs , ceux qui sont naturels et nécessaires, ceux qui sont naturels mais non nécessaires, et enfin ceux qui ne sont ni naturels et non nécessaires. Or, le sage recherche les premiers et méprise les autres. L ‘épicurisme est donc une morale du plaisir, mais dans les limites du simple besoin ; sa finalité est l'ataraxie ; saméthode consiste à se contenter de peu, à ne désirer que ce qui est nécessaire, et à fuir tout ce qui peut stimuler des impulsions artificielles et excessives, comme nous y invite la fin denotre texte. Contrairement à une réputation infondée, la morale épicurienne est donc incompatible avec les passions. Kant qualifiera la passion de « maladie de l'âme », Lucrèce de « plaie ». « La passion aveugle les amants et leur montre des perfections qui n'existent pas. Souvent nous voyons des femmes laides ou vicieuses captiver les hommages et les coeurs. Ils se raillent les uns les autres, ils conseillent à leurs amis d'apaiser Vénus, qui les a affligés d'une passion avilissante ; ils ne voient pas qu'ils sont eux-mêmes victimes d'un choix souvent plus honteux. Leur maîtresse est-elle noire, c'est une brunepiquante ; sale et dégoûtante, elle dédaigne la parure ; louche, c'est la rivale de Pallas ; maigre et décharnée, c'est la biche du Ménale ; d'une taille trop petite, c'est l'une des Grâces, l'élégance en personne ; d'unegrandeur démesurée, elle est majestueuse, pleine de dignité ; elle bégaye et articule mal, c'est un aimable embarras ; elle est taciturne, c'est la réserve de la pudeur ; emportée, jalouse, babillarde, c'est un feu toujoursen mouvement ; desséchée à force de maigreur, c'est un tempérament délicat ; exténuée par la toux, c'est une beauté languissante ; d'un embonpoint monstrueux, c'est Cérès, l'auguste amante de Bacchus ; enfin unnez camus paraît le siège de la volupté, et des lèvres épaisses semblent appeler le baiser. Je ne finirais pas si je voulais rapporter toutes les illusions de ce genre ». Lucrèce, De natura rerum, IV. Le mécanisme de l'illusion dépasse chez Lucrèce le simple phénomène de la perception fausse. : il engage également l'ordre imaginaire. C'est du moins le point de vue de l'observateur impartial, qui estime que ce que le passionné tient pour la réalité n'est que chimère. C'est essentiellement dans le domaine esthétique que ce processus fonctionne, par le biais d'euphémismes : aux yeux et dans la bouche du passionné, tout défaut estatténué, si ce n'est converti en qualité. La puissance de l'imagination va même jusqu'à substituer à un caractère son contraire. L'accumulation d'exemples ne font qu'illustrer la thèse de Lucrèce : la passion éloigne de la réalité objective. Au-delà de la métaphore médicale, l'exposé des menaces que constituent les passions implique la nécessité de suggérer des remèdes. Comme l'on peut s'y attendre, ceux-ci varieront selon le présupposé philosophique quisous-tend tel ou tel réquisitoire : la thérapie proposée pour lutter contre les passions sera soit le détachement libérateur, soit la foi salvatrice, soit la sagesse modératrice, soit la philosophie rationnelle, source de connaissanceet de purification. Mais beaucoup de moralistes, bien loin de faire l éloge des passions, tendent à les condamner : non pas qu'en général ils considèrent, à la manière d' Epicure , que l'état qui convient le mieux à l'âme soit une indifférence sereine , mais parce qu'ils jugent que la passion introduit en nous un désordre, un déséquilibre. Kant voyait dans la passion une véritable « maladie de l'âme ». La passion développe à l'excès un sentiment et appauvrit tous les autres. Elle apparaît ainsi comme une valorisation partielle du monde, un rétrécissement de notre « Umwelt » à la mesure d'une valeur unique. La passion nous limite à la fois dans l'espace et dans le temps ; dans l'espace puisqu'elle réduit notre champ de conscience et le cercle de nos intérêts, dans le temps, car le passionné est prisonnier de l'instant présent ou du passé, incapable, comme le dit Alquié , de « se penser avec vérité dans le futur ». Le passionné ne sait plus s'adapter aux situations réelles, il refuse de suivre le cours du temps. Son coeur ne bat plus au rythme du monde.« La possibilité subjective de former un certain désir qui précède la représentation de son objet est le penchant (propensio) ; l'impulsion intérieure de la faculté de désirer à prendre possessionde cet objet avant qu'on le connaisse, c'est l'instinct (comme l'instinct sexuel, ou l'instinct parental des animaux à protéger leurs petits ; etc.) Le désir sensible servant de règle au sujet(habitude) est la tendance (inclination). La tendance qui empêche que la raison ne la compare, pour faire un choix, avec la somme de toutes les tendances, c'est la passion (passio animi). Les passions, puisqu'elle peuvent se conjuguer avec la réflexion la plus calme, qu'elles ne peuvent donc pas être irréfléchies comme les émotions et que, par conséquent, elles ne sont pas impétueuses et passagères, mais qu'elles s'enracinent et peuvent subsister en même temps que le raisonnement, portent, on le comprend aisément, le plus grand préjudice à la liberté ;si l ‘émotion est une ivresse, la passion est une maladie, qui exècre toute médication, et qui par là est bien pire que tous les mouvements passagers de l'âme ; ceux-ci font naître du moins lepropos de s'améliorer, alors que la passion est un ensorcellement qui exclut toute amélioration. On appelle aussi la passion manie (manie des honneurs, de la vengeance, du pouvoir), sauf celle de l'amour, quand elle ne réside pas dans le fait d'être épris. En voici la raison : quand l'ultime désir a obtenu satisfaction (par le plaisir), le désir, celui du moins qui s'adresse à la personne en question, cesse aussitôt ; on peut donc appeler passion le fait d'être passionnémentépris (aussi longtemps que l'autre continue à se dérober), mais non pas l'amour physique : celui-ci, du point de vue de l'objet, ne comporte pas de principe constant. La passion présupposetoujours chez le sujet la maxime d'agir selon un but prédéterminé par l'inclination. Elle est donc toujours associée à la raison ; et on ne peut pas plus prêter des passions aux simples animauxqu'aux purs êtres de raison. La manie des honneurs, de la vengeance, etc., du moment qu'on ne peut les satisfaire complètement doivent être mises au nombre des passions comme autantde maladies qui ne connaissent point de remèdes. » KANT, « Anthropologie du point de vue pragmatique ». Kant distingue la « passion » du « penchant », de l' « instinct », de la « tendance » et de l' « émotion ». Il la définit donc comme une tendance exclusive, réfléchie, et dotée d'une certaine permanence.Ce dernier attribut le conduit à la comparer à une maladie incurable de l'âme. Mais il rétablit toutefois le lien qui l'unit à la raison : la passion est « toujours associée à la raison ». La spécificité de l'analyse kantienne tient à cette formule originale et assez ambiguë de cohabitation entre passion et raison : la passion est alliée à la raison, puisqu'elle n'est nullementimpulsive comme l'émotion ; mais en même temps elle est hostile à son activité, puisqu'elle aveugle la raison par des désirs contraires à la loi morale. Ainsi passion et raison sont associées, mais c'est la raison qui à le derniermot : elle est en mesure de limiter les effets de la passion, et d'imposer au sujet l'obéissance au devoir rationnel.Tel est le dernier paradoxe de la passion : maladie incurable, mais dont les effets peuvent toutefois être réduits par le vouloir autonome de la raison.Proust vieilli ne sait plus chercher dans le monde que les échos de son enfance disparue Le joueur, l'ivrogne ne pensent pas à leur santé ; ils n'envisagent pas leur ruine prochaine, l'amoureux coupable ne songe pas au déshonneur, au scandale qui l'attendent. Il y a une obnubilation passionnelle qui nous dissimule nos véritables intérêts, nos exigences les plus profondes ; c'est pourquoi toute passion nous voue tôt au tard au malheur. Tandis que l'hommevolontaire agit en fonction de sa personnalité tout entière, sait hiérarchiser avec lucidité ses tendances et tient compte de tous les instants du temps (ce qui lui donne le maximum de chances d'accomplir ses fins et d'êtreheureux), le passionné est l'homme d'un seul instinct et d'un seul instant, aveuglé par un caprice dont la force momentanée lui masque dangereusement tous ses autres besoins. Alors que la volonté est caractérisée par laconscience lucide et la maîtrise de soi, le passionné est dépossédé de lui-même. Il cesse d'agir, il est agi par des complexes inconscients dont il est la victime.D'autre part, on a souvent souligné l'égoïsme foncier qui marque l'état de passion. Non seulement parce que la passion nous rend indifférences pour tout ce qui n'est pas elle (« on n'aime plus personne, dès qu'on aime » dit Proust ) mais parce que la passion révèle, à l'égard de son objet lui-même, un besoin tyrannique de possession. Tandis que le sentiment nous ouvre au monde et aux autres, nous révèle des valeurs, la passion tend à faire du monde etd'autrui les instrument de notre égoïsme. Le sentiment est « oblatif », la passion est « possessive ». ainsi l'amour-passion est voué à la jalousie parce qu'il veut réduire l'être aimé à une chose possédée, à un objet, mais qu'il se heurte à la liberté de l'Autre, à sa Transcendance. Proust peut enfermer Albertine , la surveiller sans cesse ; mais il ne peut posséder que « l'enveloppe close d'un être qui par l'intérieur accédait à l'infini ». Ainsi, tandis que l'amour-sentiment est un amour de bienveillance qui fait, disait Leibniz , que nous nous réjouissons du bonheur d'autrui, l'amour-passion est un amour de concupiscence égoïste et possessif. La concupiscence n'est pas nécessairement liée au désir charnel. 3) Possibilité de passions raisonnables et libres.a) La liberté peut se comprendre comme désir guidé par la raison et non pas comme extinction du désir, le désir étant essentiel à l'homme, comme le voit bien Spinoza. »

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