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Le progrès scientifique peut-il faire disparaître les religions ?

Publié le 27/02/2008

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Néanmoins, dans La crise de la culture, Anna Arendt pointe une difficulté considérable et qui tient à l?incommunicabilité des travaux scientifiques les plus récents. Le langage mathématique en particulier a gagné tout les compartiments de la science, le langage scientifique est devenu si spécialisé qu?il est désormais hors de portée du commun des mortels. Il est incontestable que les plus grandes révolutions scientifiques au XXe siècle demeurent une énigme pour le sens commun, ainsi la théorie de la relativité d?Einstein, la physique quantique, mise en évidence par Planck, De Broglie, Schroedinger et Bohr, même la génétique, quoique plus populaire, reste un lieu de contresens habituels.   II-Un optimisme positiviste.               L?idée que la science, grâce à son progrès, fera disparaître les religions tiendrait donc à une espèce de vision naïve, plus qu?optimiste, que l?on pourrait même qualifier d?utopique. Au XIXe siècle en France s?est développée l?école de pensée positiviste, avec à sa tête Auguste Comte. Selon lui les âges du savoir peuvent se découper en trois temps : un âge théologique ou primitif où la connaissance dépend de simple croyances et remarques phénoménales, un âge métaphysique et transitoire où les principes du premier âge sont réifiés et systématisés grâce à des théories qui demeurent néanmoins invérifiables ; et un âge scientifique, positif, où la connaissance est rationnellement déterminée.             Selon Comte la logique du développement de l?humanité rend nécessaire une telle évolution et selon lui l?âge positiviste se réalisera de manière certaine. Sa position est donc que le progrès est inhérent à l?ordre même des choses, thèse éminement optimiste et qui explique donc difficilement les périodes de régression de l?humanité. Un tel optimisme faisait directement suite au siècle des lumières qui avait favorisé l?idée d?une vulgarisation et d?un partage du savoir scientifique.
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« « En étudiant […] le développement total de l'intelligence humaine dans ses diverses sphères d'activité, depuis sonpremier essor le plus simple jusqu'à nos jours, je crois avoir découvert une grande loi fondamentale, à laquelle il estassujetti par une nécessité invariable […].

Cette loi consiste en ce que chacune de nos conceptions principales,chaque branche de nos connaissances, passe successivement par trois états théoriques différents : l'étatthéologique, ou fictif ; l'état métaphysique, ou abstrait ; l'état scientifique, ou positif.

[…]Dans l'état théologique, l'esprit humain dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, lescauses premières et finales de tous les effets qui le frappent, en un mot, vers les connaissances absolues, sereprésente les phénomènes comme produits par l'action directe et continue d'agents surnaturels plus ou moinsnombreux, dont l'intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l'univers.Dans l'état métaphysique, qui n'est au fond qu'une simple modification générale du premier, les agents surnaturelssont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtresdu monde, et conçues comme capables d'engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observables, dontl'explication consiste alors à assigner pour chacun l'entité correspondante.Enfin, dans l'état positif, l'esprit humain reconnaissant l'impossibilité d'obtenir des notions absolues, renonce àchercher l'origine et la destination de l'univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s'attacheruniquement à découvrir, par l'usage bien combiné du raisonnement et de l'observation, leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations de succession et de similitude.

» COMTE, « Cours de philosophie positive ».

Une telle vision semble aujourd'hui trop idéaliste, d'ailleurs Michel Serres remarque avec justesse que lesprédictions d'Auguste Comte furent pour certaines exactement inverses à ce qui s'est réellement produit.

Parexemple Comte pensait que la théorie cellulaire n'avait aucun avenir, ni la psychologie ou l'économie politique.

Engénéral on peut remarquer que la science se caractérise par son optimisme, elle place toujours le but qu'elle sedonne dans un horizon idéal, ne doutant pas de sa réalisation et ne concédant une ignorance que quand à la datede celle-ci.

III- Le progrès scientifique ne saurait faire disparaître les religions. Mais les religions ne tiennent pas seulement à la part qu'elles possèdent dans la confiance que le senscommun leur accorde eu égard à la connaissance de la nature.

Sans quoi, effectivement il serait probable qu'ellesdisparaissent.

Elles ne sont donc pas que des systèmes dogmatiques sur le monde mais présentent une dimensionsociale absente du monde scientifique, ce n'est pas sur un savoir rationnel qu'elles fondent leur popularité mais surune foi partagée.

On a raison de remarquer que les arguments logiques en faveur d'une preuve de l'existence deDieu n'ont jamais converti les foules, on n'entre en religion que sur la base de sa foi et non par des arguments deraison.

Comme Kant l'a souligné dans La critique de la raison pure il faut distinguer l'ordre du savoir rationnel et scientifique de celui de la croyance ; la force de la religion est qu'elle repose sur la foi de ses fidèles, or celle-cin'est qu'indirectement mise en jeu lorsque la science progresse.

La religion est une institution, les sociologues,comme Mauss, ont mis en avant le rôle de lien social qui lui échoue, les hommes peuvent se retrouver et se fédérerautour de croyances communes.

La science n'est jamais quant à elle qu'une communauté de scientifiques, elle n'estpas ancrée dans la société de la même manière que la religion, cette dernière est directement accessible à n'importequel membre du corps social, ce qui n'est pas le cas de la science.

L'hypothèse d'une disparition des religions due au progrès scientifique fait abstraction de la dimensionpolitique du problème, il semble invraisemblable qu'aucune politique n'impose jamais à ses administrés une obligationde rationalisme.

La vision scientifique du monde n'est pas un programme politique mais c'est l'affaire de spécialistes,il nous semble qu'une culture entièrement rationnelle serait franchement ennuyeuse et appauvrie.

Mais il est vrai quel'on peut se prendre à souhaiter que la science l'emporte au moins sur le plan de l'enseignement des connaissances ;comme on le sait, une polémique récente aux Etats Unis concerne l'enseignement de la doctrine évolutionniste, elleest remplacée dans certains états par des leçons sur le créationnisme.

L'hégémonie de la science rien que sur leplan de l'éducation est même à l'heure actuelle, une simple fiction.

Conclusion : La raison n'est pas toute puissante, elle ne peut tout connaître ni tout maîtriser et doit composer avec la foi, l'expérience ou la croyance, cette humilité de la raison est une des leçons à tirer de La critique de la raison pure ; l'illusion positiviste d'une disparition historique et logique de la religion est soit un calcul philosophiquement pauvre,soit un espoir qui risque d'être déçu.

On peut donc dire que les progrès de la science notamment ses répercussionsdans la culture sont toujours le signe d'une amélioration des connaissances du sens commun et sont à ce titreappréciables, toutefois nous pouvons émettre des réserves quant à l'intérêt d'une Cité fondée de part en part sur lascience.. »

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