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Le recours à la force peut-il être une marque de faiblesse ?

Publié le 27/02/2008

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Le recours à la force peut-il être une marque de faiblesse ?

« II. Nous avons jusqu'ici émis l'hypothèse que la faiblesse à faire usage de la force ne valait que si cette force étaitspontanée, sans aucune médiation.

Car il faut de toute évidence de la force également pour contredire à la forcedes instincts, à la force des désirs.

Cette force d'opposition, de resistance pour ainsi dire, c'est précisément celle lapsychanalyse a thématisé sous le nom de surmoi .

L'instance surmoïque s'est construite en intériorisant progressivement les interdits parentaux, puis, plus largement les interdits plus proprement sociaux.

Mais cetteinstance n'est pour ainsi dire pas naît de n'importe quelle manière.

Selon Freud, il existe foncièrement en l'homme undésir de se punir, qui s'exprime d'ailleurs la plus part du temps sous la forme d'un sentiment de culpabilité.

Chaquedésir est ainsi lié à son pendant répressif, un désir de se punir.

La question est: comment dans le développement del'enfant, les choses peuvent prendre cette figure? Lorsqu'une motion pulsionnelle apparaît chez l'enfant, et ce quelque soit sa qualité, il peut arriver que cette dernièrene soit pas socialement acceptable.

Ainsi, l'enfant peu désirer par exemple mettre des coups de pieds à l'un de sescamarades.

De toute évidence, les parents peuvent intervenir pour mettre fin à ce manège.

Cependant, le désirn'est pas pour autant éradiquer chez l'enfant, il est toujours présent mais répréhensible.

L'enfant va donc devoirdétourner ce désir de son objet (l'autre enfant), et va éprouver de ce fait une certaine agressivité à l'endroit de sesparents censeurs.

Cependant, il ne veut pas risquer en cédant à cette agressivité de perdre l'amour de ses parents.Il finit de ce fait par retourner cette agressivité contre lui-même.

C'est ainsi que les parents monnaient leurobéissance à l'aune de leur amour.

Cette agressivité à présent retournée contre soi va progressivement prendre laplace d'un censeur intérieur qui va s'opposer à l'exercice sans discernement du désir.

Certains désirs devront êtrerefoulés, d'autres socialement convenable seront de ce fait acceptés.

Ainsi naît progressivement ce désir de sepunir comme revers de tous désirs. Comprenons ici que cette agressivité exprimée jadis sur l'autre qui se transforme en masochisme est ce que Freudnomme dans sa Métapsychologie un « retournement sur la personne propre ».

Or, plus un individu se montre conforme à cet idéal du moi qu'est précisément le surmoi, plus ce dernier exerce avec sévérité son pouvoir: de cefait, le saint se sentira d'autant plus coupable du moindre de ses péchés, des péchés qui pourraient sembler peugraves à n'importe qui d'entre nous.

En tout les cas, celui qui fait barrage à la force qui émane d'une pulsion par lacensure surmoïque n'est pas forcément héroïque, mais peut tout à fait être en ce sens masochiste en prenant plaisirà voir souffrir sa propre personne.

On comprend que par delà les considérations morales, l'angle psychanalytiquenous invite à relativiser les applaudissements face au sage ascétique qui trouve la force de s'opposer à ses instinctsdans ce plaisir de se sentir souffrir. Pascal: Réflexion sur le rapport entre force et justice III. Dans les Pensées (L.

103), Pascal commence par opposer radicalement force et justice.

La justice s'impose d'elle- même, absolument, et n'est suivie que par obligation (et non par la contrainte qui n'est qu'une obéissance extérieureet superficielle à la loi).

La force quant à elle, s'impose précisément par un rapport de forces, et n'est suivie de cefait que par nécessité.

Mais dans les faits, il est impossible de les séparer puisque la force sans la justice estaccusée, là où la justice sans la force est démunie.

Il faut donc les conjoindre, soit en donnant à la force lalégitimité (justifier la force), soit en donnant à la justice la force (fortifier la justice).

Le problème nous expliquePascal, c'est qu'il peu probable que nous trouvions la justice parfaite chez les hommes précisément parce que, parnature (et surtout pour Pascal par suite du péché originel) l'homme en est incapable.

Nous ne savons pas ce qu'estréellement la justice: elle n'est tellement qu'une oeuvre de la fantaisie des hommes que, d'un pays à l'autre, aumoindre passage de frontière, elle peut changer du tout au tout. Il s'agit donc de justifier la force, c'est-à-dire de l'institutionnaliser.

Qu'est-ce que Pascal entend par là? C'est iciqu'intervient l'imagination qui pare la force d'une légitimité qui lui est étrangère et qu'elle emprunte à la justice.

Laforce ne ferait de toute évidence pas droit si les hommes n'y projetaient pas une représentation de la justicerelevant de la fantaisie collective.

Ce que nous dis ici Pascal c'est que nos lois n'ont rien de juste en soi, puisque lecritère du juste nous demeure inaccessible.

Aussi l'homme invente des lois qui ne sont que pure convention,comprenons des lois qui sont oeuvre de l'imagination.

La force se pare des traits de ces institutions pour être ainsilégitime. Cependant, c'est un moindre mal.

En effet, si les hommes étaient livrés à eux-mêmes, ce serait à la force de lesdépartager.

Or, si la force peut progressivement générer l'avènement d'un parti dominant, elle ne pourra jamaisassurer sa pérénnité.

En ce sens, si l'ordre politique repose sur l'usurpation par la force des titres de justice (l'état ale monopole de la violence disait Weber), il n'empêche qu'il assume tout du moins un ordre établit toujours préférableau chaos des forces dispersées.

Cette force dépasse en cela toutes les forces naturelles à l'oeuvre au niveauindividuel.

Mais Pascal ne prône pas pour autant une soumission aveugle aux lois en vigueur.

On en peut cependantse passer foncièrement du concept de force, car ce serait sinon admettre que nous sommes sures de la justesse denos lois (pourquoi alors diffèrent-elles d'un pays à un autre dans ce cas?).

Les hommes ne sont pas forcément tousjuste: aussi, les lois ne peuvent suffire.

Preuve en est: si l'homicide est répréhensible, on ne peut cependantl'interdire sans discernement, sous quel cas sinon, nous mettrions au même niveau la crime gratuit, et une mère quidéfend ses enfants face à un agresseur.

Dans ce cas de toute évidence, le recours à la force est tout sauf un aveude faiblesse.

Conclusion. »

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