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Le respect d'autrui exclut-il toute passion ?

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Mais une telle passion signifiera-t-elle que sa personne y trouvera l'occasion de se réaliser pleinement ? Ne peut-on craindre qu'elle connaisse au contraire une certaine ALIÉNATION. Dans les trois acceptions, on trouve l'idée d'une chose ou d'un être devenu étranger à lui-même. On songera ici à Marx. aliénation, s'il est vrai que l'amour fou est exclusif. Devenir, comme le dit l'expression courante, l'objet d'une passion, n'est-ce pas perdre son autonomie, être pris dans le désir du passionné et, de la sorte, ne pas être respecté dans sa personne ? La passion peut s'exercer à l'égard d'un autre, mais que devient alors ce dernier ? Le respect qui lui est dû en tant qu'autrui n'exclut-il pas toute passion à son égard ?

[I. L'aliénation du passionné]

L'analyse traditionnelle de la passion s'intéresse surtout aux effets qu'elle peut avoir sur celui qui la vit.

« que, classiquement, on se préoccupe assez peu de son sort. Alors que Platon critique la passion ordinaire et élabore, par exemple, une conception de l'amour qui doit viser bien au-delà de l'aimé(e),la façon dont il évoque ce dernier n'implique aucunement qu'il souffre de sa situation.Bien au contraire, l'amour (homosexuel notamment) paraît de nature à l'enrichir, etparticipe de sa formation intellectuelle. Et lorsque Socrate réplique à Ménon qu'on voitbien qu'il est encore jeune et suscite le désir « parce que ses discours sont des ordres», on n'a guère l'impression — même s'il ne se prive pas d'ironiser — qu'il le prenne enpitié... C'est qu'à force de scruter les méfaits de la passion chez le passionné, l'analysedes classiques omet globalement de s'interroger sur ce que peut ressentir celui ou cellequi déclenche la passion. C'est plutôt du côté de la littérature qu'on évoquera sonéventuel malheur, dans des textes (Dom Juan, Les Liaisons dangereuses) où l'« objet »de la passion apparaît fréquemment comme trompé et finalement abandonné. C'est alorsau lecteur qu'il appartient éventuellement de le prendre en pitié, pour déplorer le «cynisme » d'un séducteur ou les ruses que peut déployer un mondain pour arriver à sesfins. Sans doute une telle littérature présente-t-elle de la passion amoureuse un tableautrès particulier, en l'assimilant à une exigence de conquêtes ; elle n'en révèle pas moinsque la passion est conçue comme dissymétrique, et que l'autre, n'y tenant que le rôle de la proie ou de la victime, est ravalé au rang de simple objet.«Autrui », dans de tels contextes, reste introuvable. C'est que le concept en est tardif, et que l'idée même qu'ilserait par principe respectable résulte aussi d'une lente élaboration. Dans des sociétés où la hiérarchie semble «naturelle » et pratiquement obligatoire (qu'il s'agisse de celle que veut instaurer, sinon restaurer, Platon dans LaRépublique, ou de celle que reconnaît la société classique), l'autre désigne évidemment ce que je ne suis pas, maissa perception s'inscrit dans un cadre hiérarchique (il peut alors être mon objet, ou inversement) ou concurrentiel (sinous appartenons au même groupe) : dans un cas comme dans l'autre, il ne peut avoir la même valeur ousignification que moi. Si donc, il suscite en moi une passion, il n'aura qu'un statut d'objet. C'est ce qui se manifeste,de manière presque caricaturale, dans les romans de Sade, dont les personnages appartiennent à deux groupes pardéfinition opposés : les maîtres en jeux érotiques et les victimes qui doivent satisfaire leurs passions.Pour qu'autrui se manifeste, et qu'il s'accompagne d'une exigence de respect, il est donc nécessaire que lesrelations entre individus s'établissent dans le cadre d'une réciprocité au moins possible. Cela ne peut avoir lieu quedans des sociétés affirmant l'égalité de tous leurs membres, que l'on nommerait « démocratiques » dans un sens quin'est pas nécessairement politique. Dans un tel contexte, l'autre n'est plus seulement différent de moi, il devientmon égal ou mon équivalent, parce qu'il représente, au même titre que moi, l'humanité. C'est donc parce qu'onadmet, dans cette dernière, une universalité de droits qu'autrui m'impose un devoir de le respecter comme personne,ou, comme le concevait Kant, de ne jamais le considérer comme un simple moyen. CITATIONS: « Une personne est ce sujet dont les actions sont susceptibles d'imputation. » Kant, Doctrine du droit, 1797.« Les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parceque leur nature les désigne déjà comme des fins en soi. » Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, 1785. « L'homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyendont telle ou telle volonté puisse user à son gré. » Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, 1785. Respecter l'autre, c'est m'interdire de l'utiliser comme un simple moyen pour parvenir à mes fins. Je ne respectel'autre qu'en tant que je respecte en lui la nature raisonnable de l'humanité, qui est à elle-même sa propre fin. « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autretoujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, 1785. « Il appartient à la culture, à la pensée comme conscience que l'individu prend sous la forme de l'universel, que jesois saisi comme personne universelle : en celle-ci tous sont identiques. L'homme a cette valeur parce qu'il esthomme, non parce qu'il est juif, catholique, protestant, allemand, italien, etc. » Hegel, Principes de la philosophie du droit, 1821. Tout sujet a droit à être reconnu, au-delà de la communauté nationale, politique ou religieuse à laquelle il appartient, comme personne universelle. « Dans la mesure où chacun est reconnu comme une essence libre, il est une personne. C'est pourquoi le principedu droit peut s'énoncer aussi de cette manière : chacun doit être traité par autrui comme une personne. » Hegel, Propédeutique philosophique, 1840 (posth.) »

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