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LE SOCIALISME UTOPIQUE : Charles FOURIER

Publié le 22/02/2012

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Vie et Œuvres Comme témoin du socialisme pré-marxiste nous choisissons Fourier de préférence à tout autre. Cet utopiste parfois délirant demeure en effet non seulement un grand écrivain français (par son style original, la richesse de ses images parfois burlesques, le don de la formule brillante) mais encore à sa manière un grand philosophe (beaucoup plus que Proudhon, son compatriote de Besançon qui est finalement moins cohérent tout en étant plus sensé). Le « cas Fourier » nous offre l'exemple d'un authentique et puissant génie philosophique confinant à la folie caractérisée. Il mérite selon nous d'être tiré de l'oubli où le XXe siècle l'a plongé, après la disparition de ses disciples qui au XIXe siècle l'avaient tenu pour un véritable réformateur social! En réalité c'est un grand poète métaphysicien, surréaliste avant l'heure, à qui André Breton, presque seul dans le silence de nos contemporains, a su dans son Ode à Charles Fourier rendre le juste hommage qu'il méritait.
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« en conflit avec lui-même, donc en conflit avec Dieu, auteur de notre nature, de nos instincts, de nos passions : «Dieu veut-il que nous luttions contre nos passions pour obtenir le bonheur éternel ? Ce serait dire qu'il doute de sapropre sagesse, qu'il veut se tenter lui-même, qu'il nous récompense si nous détruisons son ouvrage ».

En matièrede politique ou d'éducation la contrainte, dit lumineusement Fourier, signe l'absence de génie : « La répression estune absence de science et suppose Dieu un mécanicien absurde s'il a placé dans nos âmes des ressorts et despièces dont il faut entraver le jeu ».

Et Fourier conclut fortement « Nos doctrines morales sont des insultes à Dieu». D'où l'idée originale de Fourier qui rejette avec horreur « l'athéisme simple » (c'est-à-dire le parti pris de l'absurdecontraire aux exigences essentielles de notre raison naturelle) mais qui accepte « l'athéisme composé » une doctrineque l'on pourrait traduire en ces termes : Dieu n'existerait pas si le monde où nous vivons (la société « civilisée » duXIXe siècle) était le seul monde possible.

Mais en transformant cette société, en façonnant un monde juste etharmonieux, nous prouverons que Dieu existe (« la seule preuve de Dieu c'est le bonheur »).

Le phalanstère seradonc une société où toutes les œuvres utiles seront des œuvres agréables — et même délicieuses — où les métierscorrespondront aux vocations, où l'organisation sociale n'entravera plus les instincts et les passions : Les passionsque Fourier, Newton du monde moral, appelle « attractions » seront les guides du Nouveau Monde.

Toute l'œuvre serésume en cette formule de Fourier « les attractions sont proportionnelles aux destinées » formule gravée par lesfouriéristes sur le socle de sa statue, boulevard de Clichy. Fourier précurseur de Freud C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre la partie de l'œuvre de Fourier qui est peut-être la plus moderneet la plus féconde et qui a le plus scandalisé son temps, c'est-à-dire sa revendication constante (et souventéloquente) en faveur des droits du libre amour (fort méconnu dans une société qui l'asservit aux contingences de ladot et à l'égoïsme des familles).

C'est assurément là que « l'immoralisme » de Fourier apparaît le plus directement liéà sa vision providentialiste des destinées : « Il est impossible de croire que Dieu ait créé la plus belle des passionspour la réprimer, comprimer, opprimer au gré des législateurs, des moralistes et des pachas ».

Et Fourier dit encore «Rigoristes qui proscrivez l'amour, philosophes qui ridiculisez l'esprit religieux ne lisez pas ce traité de l'attraction ».On comprend que Proudhon qui dans la société idéale veut maintenir une journée de travail de seize heures pouréviter le dévergondage des mœurs ait traité Fourier de « bigot pornocrate » ! Fourier génial précurseur de Freud étudie les conséquences de l'éducation répressive dans la société industriellenaissante, montre que « le fils souhaite la mort du père », que la famille a pour sinistre fonction « en civilisation » «d'étouffer l'éclosion des instincts ».

Il dénonce les méfaits de la contrainte (« Pauvre ou riche l'enfant estmalheureux.

On frappe l'un corporellement l'autre spirituellement, celui-là à coups de bâton celui-ci à coups demorale »).

Il montre également que les passions brimées ne sont pas anéanties mais se développent en « essorfaussé récurrent » il parle de « l'engorgement » et du « refoulement » des passions.

« Toute passion engorgéeproduit sa contre-passion qui est aussi malfaisante que la passion naturelle aurait été bienfaisante » ; sous le nom «d'essor idéal » il préfigure même la notion freudienne de « sublimation ».

Il propose avant la lettre une «psychanalyse » de Néron ou du marquis de Sade expliquant l'atrocité de leurs actes à partir de « passionsprofondément engorgées ». Fourier sociologue La critique du moralisme conduit Fourier dans une autre direction toute aussi féconde et tout aussi moderne.

Si lamorale des moralistes directement contraire à nos passions n'est guère applicable (elle ne nous laisse le choixqu'entre le désespoir et l'hypocrisie), si elle n'est qu'une utopie (Fourier reprend contre la morale le terme par lequelses adversaires le combattent !) autrement dit « le rêve du bien sans moyen d'exécution, sans méthode efficace »,il est manifeste d'autre part que chaque milieu professionnel, chaque classe sociale produit à son usage une moralespécifique : « Fénelon déclare : « Il vaut mieux mourir que de dire un mensonge », ce n'est pas la morale desmaquignons ! En fait, il existe une grande diversité de « contre-morales » réellement mises en pratique dans lemonde des affaires, dans le monde du théâtre, chez les personnages de roman.

La morale sexuelle parlée n'est pasla même que la morale sexuelle écrite.

Les jeunes filles de la petite et de la moyenne bourgeoisie voient leursensualité plus franchement réprimée que les jeunes ouvrières.

Quant aux gens de la classe supérieure « ilscommandent à la morale, ils ne lui obéissent pas ».

Bref, à la morale des moralistes Fourier substitue une sociologiede la morale, une « morisophie » qui préfigure la « science des mœurs » de Lévy-Bruhl. La société idéale Fourier ne conteste pas que dans notre société civilisée l'homme fasse le malheur de son prochain et finalement lesien propre en voulant satisfaire ses passions.

Ce qui condamne la « civilisation » c'est précisément que le bonheurdes uns passe nécessairement par le malheur des autres.

En civilisation, « les attractions sont divergentes » etnous poussent au mal ce qui est métaphysiquement scandaleux.

L'homme de loi a besoin de la discorde, lesaccapareurs se réjouissent de la famine et les médecins des épidémies.

Les manufactures « prospèrent en raison del'appauvrissement de l'ouvrier ».

L'ordre civilisé apparaît alors comme une « cacophonie passionnelle, un orchestrefou où chaque musicien jouerait des airs différents en tons divers d'où résulte un charivari infernal ». D'où le but de la « science religieuse ou sociale » ; construire une société où les passions de tous soient satisfaitesdans l'harmonie universelle.

C'est le seul moyen de faire disparaître l'athéisme, de rendre à la religion sa vraie. »

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