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LE SOCIALISME UTOPIQUE de Charles FOURIER

Publié le 22/12/2009

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Comme témoin du socialisme pré-marxiste nous choisissons Fourier de préférence à tout autre. Cet utopiste parfois délirant demeure en effet non seulement un grand écrivain français (par son style original, la richesse de ses images parfois burlesques, le don de la formule brillante) mais encore à sa manière un grand philosophe (beaucoup plus que Proudhon, son compatriote de Besançon qui est finalement moins cohérent tout en étant plus sensé). Le « cas Fourier « nous offre l'exemple d'un authentique et puissant génie philosophique confinant à la folie caractérisée. Il mérite selon nous d'être tiré de l'oubli où le XXe siècle l'a plongé, après la disparition de ses disciples qui au XIXe siècle l'avaient tenu pour un véritable réformateur social ! En réalité c'est un grand poète métaphysicien, surréaliste avant l'heure, à qui André Breton, presque seul dans le silence de nos contemporains, a su dans son Ode à Charles Fourier rendre le juste hommage qu'il méritait.  Né en 1772 à Besançon dans une famille de riches commerçants (« élevé dit-il dans les bergeries mercantiles «), plus jeune de quatre ans que son cousin Joseph Fourier (qui sera baron, membre de l'Institut et fondera la théorie mathématique de la chaleur), Charles Fourier perd toute sa fortune (qu'il avait malencontreusement convertie en marchandises) à Lyon, en 1793 pendant le siège que les troupes fidèles à la Convention font subir à la ville. Depuis il occupe divers emplois de caissier, représentant. Il n'est plus désormais que « sergent de boutique « et finit comme employé aux écritures d'une succursale parisienne de la Maison Curtis et Lamb de New York.  C'est le soir, « après avoir employé la journée à servir les fourberies des marchands, après s'être abruti dans des fonctions mensongères et avilissantes « que Fourier, enfermé dans sa modeste chambre de célibataire, au milieu de ses pots de fleurs et de ses chats, invente un monde selon son coeur, décrit le phalanstère, cette association de travailleurs « passionnés « qui dans une harmonie parfaite trouvent leur joie suprême dans les oeuvres productrices. Le phalanstère comme toutes les utopies exprime avant tout les goûts de son auteur. L'horticulture y tient la place la plus grande (quand Fourier parle de division du travail il s'agit pour lui avant tout de distinguer les « cerisistes «, les « poiristes « et même les « blanc-rosistes « et les « jaune-rosistes « !). Comme Fourier déteste les intempéries on va de sa chambre aux ateliers par des rues-galeries (en partie suggérées par la galerie du Louvre) chauffées en hiver, ventilées en été ! Mais surtout l'utopie phalanstérienne doit s'interpréter comme un prodigieux rêve de compensation : si le poète Fourier (sa cité socialiste semble peinte par le douanier Rousseau) a pu trouver des disciples aussi sérieux qu'un Victor Considérant, polytechnicien, conseiller général de la Seine, député en 1848, c'est parce que la société de l'époque, à l'aube du grand capitalisme industriel, avec toutes ses plaies et ses horreurs presque inimaginables aujourd'hui (pensez au travail des enfants de cinq ans dans les usines, à la mortalité effroyable de la classe ouvrière) est elle-même un monstrueux cauchemar, insupportable pour les hommes de coeur et qui suscite nécessairement — par un processus que nous appellerions dialectique — le refuge de l'esprit dans les rêves paradisiaques et dans les utopies consolatrices. N'est-il pas remarquable que la ville de Lyon — qui, dit Michelet a « fait Fourier« — soit tout à la fois celle où la misère des exploités, l'hypocrisie des exploiteurs sont les plus évidentes et où pullulent théosophes, illuministes de toutes sectes ?  C'est de Lyon que Fourier adressera sa lettre au grand Juge (4 nivose an VII) c'est-à-dire au ministre de la justice du Consulat, où il expose déjà les grandes lignes de son système annonçant le bonheur terrestre pour tous, la « frénésie permanente « offrant généreusement au Premier Consul le grade « d'Empereur du globe « ! Les oeuvres suivantes seront en 1808 la Théorie des quatre Mouvements en 1822 la Théorie de l'Association domestique agricole, rééditée en 1834 sous le titre de Théorie de l'unité universelle (dans ces deux titres successifs apparaît le malentendu entre Fourier et ses commentateurs du XIXe siècle. Fourier est-il l'inventeur d'une association de coopérateurs ou le créateur d'une métaphysique unitaire ?). En 1829 paraît le Nouveau Monde industriel et commercial. En 1835 et 1836 les deux tomes de La Fausse industrie morcelée, répugnante mensongère et l'antidote l'industrie naturelle, combinée, attrayante, véridique. Charles Fourier meurt en 1837.

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« ».D'où l'idée originale de Fourier qui rejette avec horreur « l'athéïsme simple » (c'est-à-dire le parti pris de l'absurdecontraire aux exigences essentielles de notre raison naturelle) mais qui accepte « l'athéïsme composé » une doctrineque l'on pourrait traduire en ces termes : Dieu n'existerait pas si le monde où nous vivons (la société « civilisée » duXIXe siècle) était le seul monde possible.

Mais en transformant cette société, en façonnant un monde juste etharmonieux, nous prouverons que Dieu existe (« la seule preuve de Dieu c'est le bonheur »).

Le phalanstère seradonc une société où toutes les oeuvres utiles seront des oeuvres agréables — et même délicieuses — où les métierscorrespondront aux vocations, où l'organisation sociale n'entravera plus les instincts et les passions : Les passionsque Fourier, Newton du monde moral, appelle « attractions » seront les guides du Nouveau Monde.

Toute l'oeuvre serésume en cette formule de Fourier « les attractions sont proportionnelles aux destinées » formule gravée par lesfouriéristes sur le socle de sa statue, boulevard de Clichy. Fourier précurseur de Freud C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre la partie de l'oeuvre de Fourier qui est peut-être la plus moderneet la plus féconde et qui a le plus scandalisé son temps, c'est-à-dire sa revendication constante (et souventéloquente) en faveur des droits du libre amour (fort méconnu dans une société qui l'asservit aux contingences de ladot et à l'égoïsme des familles).

C'est assurément là que « l'immoralisme » de Fourier apparaît le plus directement liéà sa vision providentialiste des destinées : « Il est impossible de croire que Dieu ait créé la plus belle des passionspour la réprimer, comprimer, opprimer au gré des législateurs, des moralistes et des pachas ».

Et Fourier dit encore «Rigoristes qui proscrivez l'amour, philosophes qui ridiculisez l'esprit religieux ne lisez pas ce traité de l'attraction ».On comprend que Proudhon qui dans la société idéale veut maintenir une journée de travail de seize heures pouréviter le dévergondage des moeurs ait traité Fourier de « bigot pornocrate » !Fourier génial précurseur de Freud étudie les conséquences de l'éducation répressive dans la société industriellenaissante, montre que « le fils souhaite la mort du père », que la famille a pour sinistre fonction « en civilisation » «d'étouffer l'éclosion des instincts ».

Il dénonce les méfaits de la contrainte (« Pauvre ou riche l'enfant estmalheureux.

On frappe l'un corporellement l'autre spirituellement, celui-là à coups de bâton celui-ci à coups demorale »).

Il montre également que les passions brimées ne sont pas anéanties mais se développent en « essorfaussé récurrent » il parle de « l'engorgement » et du « refoulement » des passions.

« Toute passion engorgéeproduit sa contre passion qui est aussi malfaisante que la passion naturelle aurait été bienfaisante » ; sous le nom «d'essor idéal » il préfigure même la notion freudienne de « sublimation ».

Il propose avant la lettre une «psychanalyse » de Néron ou du marquis de Sade expliquant l'atrocité de leurs actes à partir de « passionsprofondément engorgées ». Fourier sociologue La critique du moralisme conduit Fourier dans une autre direction toute aussi féconde et tout aussi moderne.

Si lamorale des moralistes directement contraire à nos passions n'est guère applicable (elle ne nous laisse le choixqu'entre le désespoir et l'hypocrisie), si elle n'est qu'une utopie (Fourier reprend contre la morale le terme par lequelses adversaires le combattent I) autrement dit « le rêve du bien sans moyen d'exécution, sans méthode efficace »,il est manifeste d'autre part que chaque milieu professionnel, chaque classe sociale produit à son usage une moralespécifique : « Fénelon déclare : « Il vaut mieux mourir que de dire un mensonge », ce n'est pas la morale desmaquignons ! En fait, il existe une grande diversité de « contre-morales » réellement mises en pratique dans lemonde des affaires, dans le monde du théâtre, chez les personnages de roman.

La morale sexuelle parlée n'est pasla même que la morale sexuelle écrite.

Les jeunes filles de la petite et de la moyenne bourgeoisie voient leursensualité plus franchement réprimée que les jeunes ouvrières.

Quant aux gens de la classe supérieure « ilscommandent à la morale, ils ne lui obéissent pas ».

Bref, à la morale des moralistes Fourier substitue une sociologiede la morale, une « morisophie » qui préfigure la « science des moeurs » de Lévy-Bruhl. La société idéale Fourier ne conteste pas que dans notre société civilisée l'homme fasse le malheur de son prochain et finalement lesien propre en voulant satisfaire ses passions.

Ce qui condamne la « civilisation » c'est précisément que le bonheurdes uns passe nécessairement par le malheur des autres.

En civilisation, « les attractions sont divergentes » etnous poussent au mal ce qui est métaphysiquement scandaleux.

L'homme de loi a besoin de la discorde, lesaccapareurs se réjouissent de la famine et les médecins des épidémies.

Les manufactures « prospèrent en raison del'appauvrissement de l'ouvrier ».

L'ordre civilisé apparaît alors comme une « cacophonie passionnelle, un orchestrefou où chaque musicien jouerait des airs différents en tons divers d'où résulte un charivari infernal ».D'où le but de la « science religieuse ou sociale » : construire une société où les passions de tous soient satisfaitesdans l'harmonie universelle.

C'est le seul moyen de faire disparaître l'athéisme, de rendre à la religion sa vraiesignification.

Les prières qui ne sont que des plaintes, des protestations, des « malédictions déguisées » serontabandonnées au profit des seules « actions de grâce » par lesquelles l'homme, désormais voué au bonheur, (à «l'essor intégral et continu des passions ») remerciera son Créateur.La société « harmonique » est conçue pour satisfaire les douze passions fondamentales : passions sensorielles (quicorrespondent au plein essor des cinq sens) quatre passions affectives (l'amitié, l'amour, l'ambition, le familisme) etsurtout trois passions distributives (la cabaliste ou passion de l'intrigue source d'émulation, donc de richesse, lacomposite qui est la passion de l'ordre, des ajustements harmonieux, enfin la papillonne qui est le goût duchangement).

Nous ne décrirons pas l'organisation du phalanstère qui est une sorte de rêve surréaliste avant lalettre.

A côté d'idées remarquables — par exemple celle-ci que la pleine liberté de l'amour suppose une société. »

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