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Le temps est-il essentiellement destructeur ?

Extrait du document

temps

Sens des termes

- Temps : changement perpétuel transformant le présent en passé, milieu indéfini dans lequel les événements se déroulent.

Essentiellement : ici, fondamentalement.

Destructeur : ici, qui anéantit, supprime, qui annihile.

Sens du sujet

Le temps n'est-il rien d'autre, dans son principe même, qu'un processus mortifère de dégradation et d'anéantissement ? Problème Le temps est-il signe fondamental de mon impuissance existentielle ?

Le fait que l'homme soit inscrit dans le temps constitue la temporalité. Et on peut se demander si l'homme vit bien ce rapport au temps, ou au contraire s'il le subit comme un fardeau. D'un côté on peut affirmer que le temps se présente comme essentiellement destructeur : il est irréversible et son irréversibilité nous entraîne vers la mort. En même temps, l'homme est mémoire et conservation, ce qui peut rendre inefficace la destruction éventuelle du temps. Et puis le temps est aussi ce qui fait naître et durer. Alors peut-on réduire l'essence du temps à la destruction ?

« d) Espace et temps ne sont rien d'objectif, substances, accidents ou relations, mais des conditions subjectives, loiscoordinatrices de l'esprit et donc principes de la forme du monde sensible ou phénoménal (Erscheinung). Les idéesde temps et d'espace sont pures et intuitives. L'idée de temps fonde le postulat de continuité, celle d'espace lesaxiomes de la géométrie.La Critique renverse l'ordre d'exposition du temps et de l'espace de la Dissertation de 1770. L'espace et le temps seprésentent donc comme les conditions nécessaires à l'intuition sensible d'un objet (la seule dont nous disposions àdéfaut d'intuition créatrice), donc à sa connaissance. Néanmoins, le temps objectif, qui est notre allié, est, simultanément, ce qui nous défait et nous meurtrit. C'est ceque révèle par exemple, l'analyse de la temporalité chez Kant. Certes, le temps est une forme pure de la sensibilité,il est la condition a priori de toute science et donc l'instrument de la connaissance, mais il me renvoie aussi à monirrémédiable contingence. Après avoir décrit, dans l'Esthétique transcendantale, le temps a priori, Kant est obligé deréintroduire, lors de l'analyse de l'idée de causalité, le thème d'un avant et d'un après dans sa théorie et saconception du temps. N'est-ce pas reconnaître que le temps est, simultanément, mon allié et mon ennemi ? Letemps est, sans doute, à deux faces et à deux principes. Il est l'unité de deux dimensions ; il représente le temps dela construction, mais aussi notre visage d'ombre et notre blessure intime. En lui, s'unissent jour et lumière, vie etmort, création et destruction. Il est, en même temps, notre allié et le destructeur de nos vies. d. Le temps objectif : le cycle éternel de l'entropie destructrice et de la néguentropie créatrice La science, elle aussi, nous dit que le temps détruit tout et que le monde va à sa perte : c'est ce qu'énonce lecélèbre principe de l'entropie croissante de l'univers, conduit lentement et irrémédiablement à la mort.Ainsi, le temps de la science est rongé, dans le mouvement même de la vie, par le principe mortifère que suggèrel'entropie. Mais, par une boucle sans cesse renaissante, l'entropie elle-même appelle la néguentropie, c'est-à-diredes phénomènes de réorganisation, où le temps, de nouveau, est créateur. Au niveau scientifique, nous saisissonsclairement que le temps est, à la fois, ami et ennemi de tout ce qui vit dans l'univers.Cette néguentropie et cette entropie, que nous décelons dans le temps objectif, sont symbolisées dans le tempsvécu par le projet créateur, d'une part, et, d'autre part, par l'irréversibilité mortifère.Ainsi, temps vécu et temps objectif sont, tous deux, à la fois notre ennemi et notre allié. « Ceux qui descendent dans le même fleuve se baignent dans le courant d'une eau toujours nouvelle » (Héraclite). 2. Mais il est aussi le temps de la conscience se projetant vers l'avenir et créant (l'histoire, les oeuvres del'esprit, etc.). a. Le temps vécu : le projet de la conscience vers l'avenir. Ne voir dans le temps qu'un ennemi, c'est, semble-t-il, ne pas tenir compte de la dimension de l'Avenir : or laconscience est projet, anticipation d'elle-même, fuite vers l'avenir. Perpétuellement en avant d'elle-même, elle sedonne rendez-vous « dans le pas encore ». Dire que la conscience représente ce mouvement de transcendancevers l'avenir, cette dimension insaisissable et généralement imprévisible, c'est dire que la conscience humaine estliée à l'action, au faire : l'homme se dépasse vers un futur qu'il veut construire, bien que ce futur ne dépende quepartiellement de lui. Dans cette perspective, le temps peut donc être l'organe de ma liberté et de ma puissance, ildevient alors mon allié, puisque je veux construire mon histoire et l'Histoire et que je me projette ainsi vers lespossibles, vers cette page blanche où je décide d'inscrire mon nom et mes valeurs. 3. Enfin, le temps est celui de la science, créant et prévoyant. Néanmoins, pour ne pas en rester à cette opposition où le temps se révèle, soit principe mortifère, soit alliéconstructif et édificateur, il est possible de se tourner vers une autre dimension, plus rationnelle, qui permettra desaisir, en une. synthèse, les deux aspects précédemment dissociés. a. Le travail d'abstraction et de rationalité de l'intelligence. Jusqu'à présent, nous en sommes restés au niveau du temps vécu et concret. Mais l'homme est également un êtred'abstraction, opérant par concepts et idées générales, séparant ce qui ne l'est pas concrètement dans la réalité(telle se définit l'abstraction). Ainsi l'intelligence peut-elle mener à bien ses tâches en isolant, de manière abstraiteles données. C'est dans cette perspective de l'abstraction que nous pouvons comprendre le temps saisi commenotre allié, le temps objectif et scientifique. b. Le temps abstrait et objectif, mon allié pour accomplir mes tâches dans le monde. • Le temps du monde physique, dimension selon laquelle les faits s'ordonnent, et forme divisible, analogue àl'espace.Il faut donc mentionner, à côté du temps vécu et irréversible, un temps objectif, milieu indéfini dans lequel sedéroulent les événements. C'est une forme divisible, analogue à l'espace, appréhendée sur le modèle de cet espace.Ce temps est la condition de mon action dans le monde, il apparaît donc un organe, un instrument et un allié. Letemps des horloges, des instruments et de la science est le vrai temps de la liberté humaine. »

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