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Les erreurs ont-elles un sens ?

Publié le 21/03/2004

Extrait du document

Cette superbe puissance ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l'homme une seconde nature. Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres. Elle fait croire, douter, nier la raison. Elle suspend les sens, elle les fait sentir. (...) Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? Toutes les richesses de la terre (sont) insuffisantes sans son consentement. Ne diriez-vous pas que ce magistrat dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple se gouverne par une raison pure et sublime et qu'il juge des choses par leur nature sans s'arrêter à ces vaines circonstances qui ne blessent que l'imagination des faibles. Voyez-le entrer dans un sermon où il apporte un zèle tout dévot renforçant la solidité de sa raison par l'ardeur de sa charité ; le voilà prêt à l'ouïr avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, si la nature lui a donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l'ait mal rasé, si le hasard l'a encore barbouillé de surcroît, quelque grandes vérités qu'il annonce, je parie la perte de la gravité de notre sénateur.

On distingue l’erreur de la faute : l’erreur est un jugement qui, s’il est faux, n’est pas condamnable pour sa fausseté, il est une sorte d’égarement, d’errance de l’esprit, sans grande gravité, et susceptible d’être corrigé. La faute est une notion morale, le jugement faux est condamnable. La question est ici celle du « sens « des erreurs. Le sens d’une chose, c’est sa signification, mais c’est aussi ce vers quoi se dirige une chose, ce que peut produire une chose, l’apport qu’elle peut avoir. Il s’agira donc d’examiner la nature et les contenus possibles des erreurs dans le but de déterminer si une erreur est par nature absurde et inutile, ou si au contraire elle peut avoir un apport, une signification, une productivité, par exemple par contraste avec le jugement vrai et dépourvu d’erreur. C’est un sujet qui demande que l’on réévalue l’habitude que nous avons d’éviter et de mépriser les erreurs ; il permettra de mettre en relief peut-être une efficace paradoxale de la pensée, qui passerait par une attention à l’erreur, à la fausseté.

« Mais, paradoxalement, c'est par le fait même qu'elle doit être combattue et contrée que l'erreur peut prendre unsens, une efficace positive pour la raison.

En effet, une fois l'erreur reconnue comme erreur, elle devient une sortede garde-fou, de base pour l'édification d'un savoir.

Le sens des erreurs est alors de nous permettre de discerner leslimites à partir desquelles notre jugement s'égare. Descartes Quand donc on dit qu'un bâton paraît rompu dans l'eau, à cause de laréfraction, c'est de même que si l'on disait qu'il nous paraît d'une telle façonqu'un enfant jugerait de là qu'il est rompu, et qui fait aussi que, selon lespréjugés auxquels nous sommes accoutumés dés notre enfance, nous jugeonsla même chose.

Mais je ne puis demeurer d'accord de ce que l'on ajouteensuite, à savoir que cette erreur n'est point corrigée par l'entendement, maispar le sens de l'attouchement ; car bien que ce sens nous fasse juger qu'unbéton est droit, et cela par cette façon de juger à laquelle nous sommesaccoutumés dès notre enfance, et qui par conséquent peut être appeléesentiment... ...néanmoins cela ne suffit pas pour corriger l'erreur de la vue, mais outre celail est besoin que nous ayons quelque raison, qui nous enseigne que nousdevons en cette rencontre nous fier plutôt au jugement que nous faisonsensuite de l'attouchement, qu'à celui où semble nous porter le sens de lavue ; laquelle raison n'ayant point été en nous dès notre enfance, ne peutêtre attribuée au sens, mais au seul entendement ; et partant, dans cetexemple même, c'est l'entendement seul qui corrige l'erreur du sens, et il estimpossible d'en apporter jamais aucun, dans lequel l'erreur vienne pour s'êtreplus fié à l'opération de l'esprit qu'à la perception des sens. III.

Le travail philosophique passe par un travail de l'erreur On peut accentuer encore cette idée d'un sens constructif des erreurs en considérant que l'errance, le fait de setromper, est une étape inévitable de toute recherche de connaissance.

Les erreurs deviennent alors indispensablesà la recherche de la vérité.

Par là elles acquièrent un sens essentiel, en ce qu'il se trouve au commencement detoute recherche et qu'il forme la base de cette recherche. Alain Quiconque pense commence toujours par se tromper.

L'esprit juste se trompe d'abord tout autant qu'un autre ; sontravail propre est de revenir, de ne point s'obstiner, de corriger selon l'objet la première esquisse.

Mais il faut unepremière esquisse ; il faut un contour fermé.

L'abstrait est défini par là.

Toutes nos erreurs sont des jugementstéméraires, et toutes nos vérités, sans exception, sont des erreurs redressées.

On comprend que le liseur neregarde pas à une lettre, et que, par un fort préjugé il croit toujours l'avoir lue, même quand il n'a pas pu la lire, etsi elle manque, il n'a pas pu la lire.

Descartes disait bien que c'est notre amour de la vérité qui nous trompeprincipalement, par cette précipitation, par cet élan, par ce mépris des détails, qui est la grandeur même.

Cette vueest elle-même généreuse ; elle va à pardonner l'erreur ; et il est vrai qu'à considérer les choses humainement, touteerreur est belle.

Selon mon opinion, un sot n'est point tant un homme qui se trompe qu'un homme qui répète desvérités, sans s'être trompé d'abord comme ont fait ceux qui les ont trouvées J.

Wahl, Traité de métaphysique « C'est par l'expérience de l'erreur que nous arrivons à l'idée positive de vérité.

La vérité ne se manifeste que parson opposition à une erreur préalable.

». »

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