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Les hommes n'agissent-ils que par intérêt ?

Publié le 16/03/2005

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Pourquoi sommes-nous « sourds « ? Si la conscience était à nos actions ce que l'instinct est à la conduite animale, nous ne pourrions lui résister. Mais, précisément, « tout « nous fait oublier cette voix de la nature. a Tout «, c'est-à-dire l'éducation que nous recevons dans la société et qui, dès l'enfance, inculque des préjugés. La voix de la conscience n'est ni celle de la raison instruite, ni celle du fanatisme nourri dès l'enfance. D'où le projet 1 de Rousseau dans l'Émile d'expliquer ce que pourrait être une éducation --qui préserve, pour l'enfant, la possibilité d'entendre cette voix à la fois naturelle et divine. * Rapprochements possibles et intérêt philosophique du texte On retrouvera chez Kant la même idée selon laquelle le sens moral est à la portée de tout homme, même non instruit : chacun sait immédiatement où est son devoir. Mais cette universalité même de la moralité est pour Kant le signe que la conscience morale est l'oeuvre de la raison : non pas une raison « théorique « ou « savante «, mais une raison pratique. Contrairement à Rousseau, Kant ne fait pas de la morale un sentiment qui s'éprouve mais une loi qui s'impose à tout être raisonnable. La différence entre Kant et Rousseau n'est pourtant pas si grande : lorsque Rousseau dissocie conscience et raison, c'est à la « raison savante « qu'il pense, et le sentiment moral, dans sa spiritualité, est pour lui hautement raisonnable.

L'existence sociale est un fait assez banal dans la nature, comme si la vie avait fait de ce mode d'existence une stratégie préférentielle. Devant les difficultés de la survie, la vie fut bien avisée de regrouper les faibles animaux que nous sommes. Ainsi on pourrait croire qu'une manne providentielle tombant du ciel nous libèrerait de cette vie commune, contraignante par bien des aspects. Le sauvage heureux que dépeint ROUSSEAU, insoucieux des autres, ignorant toute loi et tout devoir, est en effet enviable à certains égards. Mais il n'en reste pas moins que notre être aspire à la présence de l'autre, à son affection et à son respect ; la présence en nous de notre capacité à dialoguer, de notre désir de justice ne marque-t-elle pas une nature profondément et nécessairement vouée à l'existence communautaire ?

  • I) Toute action sert l'amour de soi.

a) La passion égoïste est à l'origine de la morale. b) La bienveillance est une hypocrisie. c) L'utilité est le seul critère de la moralité.

  • II) Les hommes n'agissent pas uniquement par intérêt.

a) L'homme possède un sens moral naturel. b) Nous sommes bienveillants naturellement. c) Les vertus ont une utilité publique.

.../...

« A.

— Déjà, dans l'antiquité, ÉPICURE, tout en posant le plaisir commesouverain bien, avait, en réalité, dépassé l'hédonisme pur pour aboutir àun eudémonisme utilitaire, à vrai dire, assez étroit, qui ne reconnaîtguère qu'une vertu, l'amitié, laquelle a son principe dans l'intérêt.B.

— Dans les temps modernes, ce sont surtout les philosophes anglaisqui ont développé la théorie utilitaire.

C'est ainsi que BENTHAM (1748-1832), tout en posant lui aussi que le plaisir est bon en principe, veutque l'on considère surtout les conséquences objectives de nos actes.De ce point de vue, il y a lieu de tenir compte de la valeur comparéedes plaisirs d'après leur intensité, leur durée, leur certitude, leurproximité, leur fécondité et leur pureté (c'est-à-dire l'absence de toutmélange de douleur) et d'établir d'après cela une « arithmétique morale» aboutissant à une évaluation quantitative.

Dans cette évaluation, ondevra considérer aussi les conséquences sociales de nos actes; car, si,selon BENTHAM, notre intérêt particulier se confond avec l'intérêt de lasociété, celui-ci l'emporte cependant sur les intérêts privés parce qu'illes enveloppe tous.

C'est de ce point de vue, notamment, queBENTHAM juge le droit et spécialement le droit pénal.

L'expiationproprement dite est une souffrance inutile; mais le châtiment se justifiedans la mesure où il sert à empêcher le crime ou à le rendre plus rare.Cette doctrine a été élargie par J.

Stuart MILL (1800-1873) en unutilitarisme qui tient compte, non plus seulement de la quantité, mais de la qualité des plaisirs.

MILL fonde cette dernière idée sur un argument d'ordre psychologique.

En fait, selon lui,les hommes qui connaissent les plaisirs nobles du coeur, de l'intelligence, de la conscience, leur accordent unepréférence marquée par rapport aux plaisirs inférieurs communs à l'homme et aux animaux.

Le bonheur oul'intérêt — MILL identifie ces deux notions — consiste dans la plus grande somme possible de plaisirsconsidérés ainsi au point de vue de leur qualité comme de leur quantité.

Stuart MILL ajoute que, l'intérêtgénéral n'étant que la somme des intérêts particuliers, le critérium utilitaire consiste, non dans le bonheurpropre de l'agent individuel, mais dans celui de tous les intéressés, dans « la plus grande somme de bonheurgénéral ».

Le droit et la justice, notamment, se ramènent au bien social, à l'intérêt du plus grand nombre.C'est ainsi également que se justifient même le sacrifice et la vertu désintéressée, car rien n'est plus utile à lasociété que le dévouement et le désintéressement.Ces théories utilitaires ont été reprises, plus près de nous, en Angleterre, par Henry SIDGWICK (Methods ofEthics, 1875), qui soutient lui aussi un utilitarisme du bien général, le bien étant défini « ce que l'homme désireraisonnablement », et en France par Gustave BELOT (Études de Morale positive, 1907, 2e éd., 1921) quis'efforce d'établir qu'en fait, ou dans l'opinion des hommes, les règles morales ont toujours une utilité socialeet que la moralité s'est développée sous l'influence des exigences de l'intérêt collectif. [Si la morale n'a pas un fondement rationnel, elle n'est pas pour autant au service de nos passions.Elle dérive des sentiments, qui se réfèrent, non pas à l'égoïsme, mais au plaisir et au déplaisir.] Critique de l'utilitarismeA.

— Il ne faut pas méconnaître que l'utilitarisme représente un progrès par rapport à l'hédonisme pur : «L'intérêt, dit R.

LE SENNE (Tr.

de Morale générale, p.

392 se distingue du plaisir comme le médiat del'immédiat; il doit donc accentuer l'orientation de la morale vers le bien universel et lui-même évoluer dans cesens.

» La considération de l'intérêt introduit en effet un élément de réflexion, voire de calcul, dans l'actionmorale, et contribue ainsi à la rationaliser.B.

— Il est cependant impossible de ramener la valeur morale de nos actes à leur utilité sociale et même deprendre celle-ci pour mesure de cette valeur.1° D'abord, la rationalisation dont nous venons de parler est bien imparfaite.

Elle consiste en un simple calcul,en une supputation d'avantages et d'inconvénients.

Or, nous sentons bien que la valeur morale se situe sur unplan beaucoup plus élevé que ce calcul utilitaire.

Comme l'écrit CICÉRON dans le De Officiis (III, chap.

30), «on dit parfois qu'une chose, qui est très utile, devient moralement bonne; mais c'est qu'alors elle l'est parnature, elle ne le devient pas.

Car rien ne peut être utile qui ne soit, en même temps, moral; et ce n'est pasparce que la chose est utile qu'elle est morale; c'est au contraire parce qu'elle est morale qu'elle est utile ».Autrement dit, l'utilitarisme renverse l'ordre des valeurs, ou plutôt il détruit toute valeur en la rabattant sur leplan d'un calcul d'intérêts.

Ainsi que l'observe R.

LE SENNE (Ouv.

cité, p.

392-393 et 406), il y a là une. »

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