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Les Psychoses et la psychanalyse

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psychanalyse

C'est au XIXe s. que le terme de psychose apparaît, se substituant dans l'histoire de la folie à la malédiction religieuse ou à la condamnation sociale attachée à la maladie mentale. La psychanalyse a profondément modifié les conceptions de la psychose et de la névrose, et sans doute plus encore la ligne de partage entre les deux.

« : ainsi, la religion est faite de ces retours. À l'autre bout, la névrose se retrouve, comme miniaturisée, dansl'enfance, qui contient toutes les névroses en latence : « Dans le rêve et la névrose se retrouve l'enfant avectoutes ses particularités qui caractérisent son mode de penser et sa vie affective. [...] nous y retrouvons encorel'homme primitif, sauvage tel qu'il nous apparaît à la lumière des recherches archéologiques et ethnographiques»(Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa [Dementia paranoides] : le PrésidentSchreber, 1911). Et, dans une note écrite à Londres, quelque temps avant sa mort, Freud compare le paysagemental du névrosé à un paysage préhistorique : les prêles sont hautes comme des palmiers. La névrose est donc, dece point de vue, une démesure, cependant que la psychose a perdu toute commune mesure : d'où les signesd'associabilité qui la caractérisent. le président Schreber, un cas de paranoïa Parmi les psychanalyses rapportées par Freud, la plus connue sur le plan de la psychose est celle du présidentSchreber : Jacques Lacan, puis Maud Mannoni sont revenus sur les problèmes théoriques soulevés par Freud et ontcomplété l'analyse de ce délire. Freud n'a, d'ailleurs, pas fait le traitement psychanalytique du malade, puisqu'il s'agitde l'analyse du livre écrit par Daniel Paul Schreber {Mémoires d'un névropathe, 1903), où celui-ci fait lui-même lerécit de sa maladie et expose son système délirant.La maladie du président Schreber, président de la cour d'appel de Saxe, s'est développée après un premier épisode «hypocondriaque » neuf ans auparavant. Le président se sent persécuté en particulier par son médecin, le docteurFlechsig, qu'il appelle « assassin d'âmes». Le contenu du délire est le suivant : «Il se considérait comme appelé àfaire le salut du monde et à lui rendre la félicité perdue. Mais il ne le pourrait qu'après avoir été transformé enfemme. » Ce changement en femme n'est pas un souhait, mais une nécessité découlant de l'ordre divin. Dans cedélire intervient de façon insistante le terme de miracle : son corps a été détruit, pourri, mais les miracles divins onttout régénéré; ce sont des «rayons». Ce sont aussi les « nerfs » de Dieu : les hommes étant constitués de corps etde nerfs, Dieu, lui, n'est que nerf, et le terme de rayon fait appel au soleil. Dieu, après sa création, s'est retiré dumonde, et sa seule relation avec les hommes consiste à attirer à lui les âmes des défunts : « D'après l'ordre del'univers, il n'avait à fréquenter que des cadavres» (Mémoires d'un névropathe). Le culte schrébérien découle decette conception des nerfs : c'est un culte de la volupté. Mais une volupté féminine : Schreber se sent la femme deDieu. Il est persuadé d'avoir un buste féminin, demande un examen médical pour qu'on atteste la présence de «nerfsde volupté» dans tout son corps.L'essentiel de l'interprétation de Freud consiste à articuler ensemble le thème de la persécution et le thème de latransformation en femme : pour Freud, le lien est dans l'homosexualité refoulée du président Schreber. Quant aurefoulement, Freud ne manque pas de souligner le contraste entre la vie hautement morale de Schreber — magistratmarié, menant jusque-là une vie irréprochable — et le contenu sexuel et érotique de son délire. Il rappelle unfragment de fantasme de Schreber entre ses deux épisodes psychiatriques : [...] «Il serait beau d'être une femmeen train de subir l'accouplement» : idée repoussée avec horreur, pour mieux réapparaître dans le délire.L'homosexualité est manifeste dans le thème délirant d'«être la femme de Dieu» et la persécution devient clairelorsqu'on comprend que Flechsig, l'« assassin d'âmes», est l'objet du désir homosexuel inconscient de Schreber.Freud résume le mécanisme général de la transformation du désir en haine : « La personnalité à laquelle le délireassigne une si grande puissance et attribue une si grande influence et qui tient dans sa main tous les fils du complotest [...] la même que celle qui jouait, avant la maladie, un rôle d'importance égale dans la vie émotionnelle dupatient, ou bien un substitut de celle-ci et facile à reconnaître comme tel. » Flechsig, de persécuteur, devientbientôt « la plus haute figure de Dieu » : car s'il est impossible à Schreber de supporter l'idée d'être une prostituéelivrée à son médecin, il lui est, par contre, possible d'assumer la rédemption par l'émasculation. Reste à voirclairement à qui renvoient et l'image du médecin et l'image de Dieu : le père de Schreber, médecin et éducateur, està l'origine de tout le délire.Dans la partie théorique de son analyse, Freud insiste sur la projection, qui, pour exister à l'état libre dans la vienormale — en particulier dans la superstition et la jalousie —, est le processus le plus important dans la psychoseparanoïaque. « Une perception interne est réprimée et, en son lieu et place, son contenu, après avoir subi unecertaine déformation, parvient au conscient sous forme de perception venant de l'extérieur. » Dans la paranoïa, leretournement est celui de l'affect, qui, dans la névrose, est déplacé ou converti : « Ce qui devrait être ressentiintérieurement comme de l'amour est perçu extérieurement comme de la haine. » Or, cette projection, pour violenteet agressive qu'elle soit, est cependant une reconstruction thérapeutique par rapport à un état de délabrement,sans doute moins visible, mais réel : de fait, au début de son délire, Schreber développe des thèmes de catastropheimminente, de fin du monde, corrélatifs d'un retrait de l'investissement libidinal : « La fin du monde est la projectionde cette catastrophe interne, car l'univers subjectif du malade a pris fin depuis qu'il lui a retiré son amour. » Parrapport à cette destruction, le délire de persécution constitue une reconstitution du rapport à l'autre, tout ensupprimant le refoulement antérieur.Maud Mannoni s'est interrogée sur la famille de Schreber, et en particulier sur ce père, origine des figures délirantes.Le père de Schreber, Daniel Gottlieb Moritz Schreber, médecin célèbre, avait écrit un traité d'éducation et élaborédes règles de vie : l'enfant est mauvais de naissance; il faut donc le dresser pour corriger le mal. Ce dressages'effectue par des douches froides et chaudes alternées, par des gymnastiques correctives et des mécanismesorthopédiques variés. Enfin, il faut apprendre à l'enfant à renoncer à ses désirs : jusqu'à lui en créer pour mieux leslui refuser. Les conclusions qu'en tire Maud Mannoni réintègrent les problèmes de la psychose — et, a fortiori, de lanévrose — dans un contexte sociologique et idéologique, sans, pour autant, quitter la conceptualisation de lapsychanalyse. Le «terrorisme pédagogique » du docteur Schreber participe, dit Maud Mannoni (Éducation impossible,1973), de la « situation paranoïaque » de l'époque : c'est dire que la structure de la famille, profondément ancréedans l'histoire socioéconomique et promulguant des principes d'éducation (le docteur Schreber n'ayant rien faitd'autre que d'écrire systématiquement ce qui se pratiquait de façon dispersée), est responsable de l'éclosion de la »

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