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Les techniques ne sont-elles qu'une application des sciences ?

Publié le 08/03/2004

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La technique peut se définir comme un vouloir, incarné en un pouvoir par l'intermédiaire d'un savoir. Comme adjectif: par opposition à esthétique, qui concerne des procédés susceptibles d'être développés et transmis, et non des dons ou capacités innées. Il est vrai qu'avec le développement des sciences, la technique s'est considérablement développée. Elle en est même venue à changer de forme, abandonnant son caractère artisanal pour devenir une technologie, c'est-à-dire un ensemble de dispositifs et de procédés dérivés de théories scientifiques. Fondée sur la science, cette technique n'est plus celle, traditionnelle, de l'artisan ; elle devient, à partir de la Renaissance, le fait d'un technicien savant, l'ingénieur. Bergson a sans doute raison de considérer que l'intelligence technicienne de l'ingénieur s'ajoute, sans s'y substituer, au véritable « esprit d'invention mécanique « qui perdure aujourd'hui encore chez n'importe quel bricoleur. Cet esprit est inventif, rusé, plein de ressources, qualités qu'Ulysse incarnait aux yeux des Grecs. Il est à l'origine de la plus granderévolution technique qu'ait connu l'humanité : le passage à l'ère néolithique déterminé par l'apparition de l'agriculture et de l'élevage. Nulle science n'a fondé l'invention de ces très anciennes techniques qui ont été le fait de sociétés traditionnelles dominées par la croyance aux mythes.Les techniques ne sont donc pas exclusivement des applications des sciences ; elles le sont devenues seulement en partie et tardivement.
Se demander ce qui pourrait faire que les techniques ne seraient qu'une application des sciences. Relations logiques entre la connaissance et l'action ? La technique serait un savoir appliqué, et les techniques seraient d'ailleurs d'autant plus assurées (paradoxalement) que le savoir scientifique serait constitué de « façon désintéressée « (c'est-à-dire sans souci d'utilité pratique et sociale). Cf. Bachelard, Le rationalisme appliqué (PUF). Se demander s'il n'y aurait pas une indépendance possible de la science et de la technique. Cf. A. Koyré, Études d'histoire de la pensée scientifique (PUF), par exemple les pages 147 et 148 citées dans Sophia, La connaissance (Hatier). Se demander s'il ne pourrait y avoir (parfois) une dépendance de la science à l'égard de la technique. Cf. Crombie, Histoire des sciences de Saint-Augustin à Galilée (PUF), par exemple les pages 329 et 332 citées dans Sophia, La connaissance (Hatier). 
  • I) Les techniques ne sont que de la science mise en application.
a) La science précède la technique. b) Selon Bachelard, les techniques sont des "théories matérialisées".
  • II) Les techniques ne sont pas qu'une application scientifique.
a) La science est désintéressée. La technique est pratique. b) La technique n'a pas la rigueur de la science. c) La technique peut être mise au service d'une idéologie.
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« 1.

La pensée technique à l'époque d'Homère. Comme le montre Jean-Pierre Vernant dans « Mythe et pensée chez les Grecs », entre le VII ième et le V ième siècle avant Jésus-Christ, dans la Grèce, le terme de « teknè » désigne tout aussi bien le savoir-faire approprié et spécifique des charpentiers, des métallurgistes, des tisserands que les magies de Hephaistos ou les sortilèges de Protée : « Entre la réussite technique et l'exploit magique la différence n'est pas encore marquée.

Les secrets de métier, les tours de main du spécialiste rentrent dans le même type d'activité et mettent en jeula même forme d'intelligence, la même métis, que l'art du devin, les ruses du sorcier, la science des philtres et des enchantements de lamagicienne. » Cette confusion entre la maîtrise artisanale et les recettes magiques dura jusqu'à l'époque classique.

2.

Technique & connaissance contemplative chez Platon . Platon oppose la « théôria », connaissannce purement contemplative à la « teknè », savoir-faire lié à la production matérielle.

La technique (ou l'art) opère sur les réalité mouvantes du monde sensible, elle travaille sur une matière informe soit en imitant des modèlesidéaux comme le démiurge ou Dieu créateur qui, dans le « Timée », crée l'univers en se réglant sur la connaissance des « Idées », soit en tâchant de produire ce qui n'existe pas dans la nature.

La technique ou l'art concerne donc la production et se définit comme création :« Ce qui, pour quoi que ce soit, est cause de son passage de la non-existence à l'existence, est, dans tous les cas, une création ; ensorte que toutes les opérations qui sont du domaine des arts sont des créations, et que sont créateurs tous les ouvriers de cesopérations » (Platon , « Le Banquet »).

C'est pourquoi, pour Platon , les artisans sont tous poètes.

En effet, « Poésie » signifie étymologiquement en grec « faire » et faire consiste essentiellement à faire être ce qui n'était pas, cad à créer.

Si la technique (ou l'art) est création, elle porte donc sur lecontingent, cad sur ce qui peut aussi bien être que n'être pas.

C'est en cela que la technique s'oppose à la science.

Cette dernière, eneffet, porte sur des essences idéales éternelles, immuables, nécessaires.

Elle est donc « du nécessaire », cad de ce qui ne peut pas être autrement qu'il n'est. Ces essences ou Idées existent dans un monde suprasensible et ne sauraient être au pouvoir de notre action.

Elles ne peuvent qu'êtrel'objet d'une activité contemplative.

L'opposition de la science à la technique est donc celle de la « contemplation » à l' « action » ou encore de la « théorie » à la « pratique ».

A l'époque de Platon , la technique est en plein essor et se libère du magique et du religieux.

L'artisan forme une « catégorie sociale particulière », étrangère au domaine de la politique comme à celui de la religion : « L'activité artisanale répond à une exigence de pure économie.

L'artisan est au service d'autrui.

Travaillant pour vendre le produit qu'il a fabriqué –en vue del'argent-, il se situe dans l'Etat au niveau de la fonction économique de l'échange. » (Vernant ). Platon reconnaît la fonction sociale de la technique, mais il ne lui accorde aucune valeur humaine.

Il ne loue, dit Vernant , « ni la tension du travail comme effort humain d'un type particulier, ni l'artifice technique comme invention intelligente, ni la pensée techniquedans son rôle formateur de la raison. » Bien au contraire, il considère la technique comme une occupation servile qui ne peut que détourner celui qui s'y adonne de la véritable intelligence des choses. Cette dévalorisation de la production matérielle et de la technique se manifeste clairement dans la « République », lorsque Platon construit la Cité parfaite.

Le principe qui fonde une telle Cité est la justice.

Or, celle-ci consiste en une hiérarchie s'ordonnant selon lesdegrés même du savoir.

Ainsi, les philosophes doivent gouverner la Cité parce qu'ils possèdent le vrai savoir, la connaissance suprême duBien par une pure intellection (« noêsis »).

Ils incarnent la science contemplative, et la sagesse, vertu suprême, est leur apanage.

Ils sont la tête de la Cité.

En dessous de ces chefs, doivent se situer les guerriers ou gardiens de la Cité.

Ils possèdent en propre la penséeraisonnante ou discursive (« dianoia »).

Le courage est leur vertu.

Ils constituent l'armature de l'Etat, son coeur.

Tout en bas, au champ ou à l'atelier, doivent se trouver les simples citoyens, la masse des producteurs.

Leur connaissance est de l'ordre de la foi et de l'opinion.

Ilssont le ventre de la Cité. On le voit, pour Platon , les artisans, les producteurs se situent tout en bas de la hiérarchie.

Bien plus, contrairement aux deux autres classes de la Cité, ils ne possèdent aucune vertu propre, pas même celle de travail.

Si Platon refuse de leur accorder une vertu positive, c'est bien parce qu'à ses yeux, la technique n'a aucune valeur humaine. 3.

Technique & sciences théorétiques chez Aristote . Dans sa « Métaphysique », Aristote distingue trois types de « sciences » : les sciences « théorétiques », les sciences « pratiques » et les sciences « poétiques ».

Les premières (théologie, physique, mathématiques) sont pure contemplation ; les secondes (éthique,politique) ont trait à l'activité humaine dans la mesure où les causes sont inhérentes à l'hommeet ont pour but la perfection de l'agent ; les troisièmes concernent toute production d'objetsexternes à l'homme.

La technique relève de ces dernières. La technique est donc définie par Aristote comme science poétique, cad science de la production.

Elle se propose la réalisation d'une oeuvre extérieure à l'homme.

Elle s'oppose à lascience théorétique qui est l'étude, la contemplation de la vérité, la science en acte, laspéculation désintéressée, indépendante de toute fin utilitaire ou morale. Pour Aristote , le domaine de la production matérielle et de la technique est réservé aux esclaves.

Ces derniers sont une propriété instrumentale du maître.

Or, il y a deux sortesd'instruments : l'inanimé, l'outil, et l'animé, l'esclave.

L'esclave est préférable jusqu'à un certainpoint à l'outil inanimé, car en l'absence de véritable « esclave mécanique », il faut nécessairement passer par l'outil libre.

De plus, au travail de l'outil inerte qui renvoie l'homme àautre chose que lui-même, il faut préférer l' « action », cad l'usage de la vie qui ne renvoie l'homme qu'à lui-même.

Mais les esclaves sont semblables aux outils inanimés dans la mesureoù ils agissent sans savoir ce qu'ils font, « à la façon dont le feu brûle ».

La seule différence, c'est que les outils inanimés accomplissent chacune de leurs fonctions par une tendancenaturelle, tandis que les esclaves le font par habitude. Ainsi, pour Aristote , la théorie comme « connaissance des causes » s'oppose à la technique qui ne requiert que la pure et simple habileté pratique acquise par habitude.. »

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