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L'homme est-il naturellement sociable ?

Publié le 10/07/2004

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et donc il faut conclure à l'inverse, contre  Hobbes (que les Sauvages ne sont pas méchants précisément, parce qu'ils ne savent pas ce que c'est qu'être bons). Plus exactement, la thèse que Rousseau suggère, dans cette conclusion (de sorte qu'on pourrait dire...), résulte d'une double opposition, aux Jurisconsultes autant qu'à Hobbes, lesquels sont eux-mêmes opposés entre eux (comme user de leur raison à abuser de leurs facultés) : on voit comment se trame la nécessité d'une conséquence. Mais celle-ci semble réactualiser une vieille histoire : Justin l'écrivait déjà des Scythes, sous les Antonins (traduit du latin : « Chez eux, l'ignorance des vices est plus efficace que ne l'est chez les autres la connaissance de la vertu. «). Le témoignage de l'historien ne contredit pas la déduction du logicien. 3. Sur le fond du débat, maintenant, on voit tout ce qu'il faut éclairer, et comment procéder : on ne peut comprendre la sévérité de  Rousseau envers Hobbes qu'à la lumière de ce qui sépare Hobbes des tenants du droit naturel classique (les Jurisconsultes). C'est là le point sensible, puisque Rousseau loue Hobbes pour la perspicacité critique dont il a fait preuve à l'égard de leurs définitions (il en a très bien vu le défaut), mais lui reproche de leur en avoir substitué une autre tout aussi fautive (comme on peut en juger aux conséquences « qu'il a tirées de la sienne «). a) Pour l'école du droit Naturel, il s'agissait d'affranchir la politique de la théologie, de libérer de la tutelle de l'Église la science de l'État, sans pour autant séparer la politique de la morale (comme avait pu le faire Machiavel).

« afin de subvenir à la multiplicité de leurs besoins, est une nécessité.

Comme le souligne Platon dans La République,l'échange utilitaire fait le lien social : « Ce qui donne naissance à une cité [...] c'est [...] l'impuissance où se trouvechaque individu de se suffire à lui-même, et le besoin qu'il éprouve d'une foule de choses.

» Coopération et divisiondu travail permettent aux hommes de transformer le milieu naturel et de satisfaire leurs besoins.

De plus, l'individuisolé, vivant sans rapport avec autrui, sans langage, ne pourrait être qu'une brute ou un dieu.

Pourtant, lacoexistence des hommes au sein d'une société ne va pas de soi, au point que s'il n'y avait pas des lois pour tenir leshommes en respect, aucune société ne pourrait survivre longtemps.Outre le besoin qui lie les hommes les uns aux autres, ne faut-il pas admettre un sens naturel du lien social ? C'estla thèse d'Aristote : les hommes sont par nature des êtres sociaux et que rapprochent des liens d'affection:« Qui donc, voyant un homme écrasé par une bête, ne s'efforcerait, s'il le pouvait, d'arracher à la bête sa victime ?Qui refuserait d'indiquer la route à un homme égaré ? Ou de venir en aide à quelqu'un qui meurt de faim ? [...] Quidonc enfin n'entendrait avec horreur comme contraires à la nature humaine, des propos tels que ceux-ci : "Moimort, que la terre soit livrée aux flammes ! " ou : "Que m'importe le reste, mes affaires à moi prospèrent" ? De touteévidence, il y a en nous un sentiment de bienveillance et d'amitié pour tous les hommes, qui manifestent que ce liend'amitié est chose précieuse par elle-même.

»Belle vision, mais un peu idyllique.

Il est vrai que la plupart des êtres humains éprouvent une répugnance naturelle àvoir périr ou souffrir tout être sensible et principalement leurs semblables, mais c'est, peut-être, plus par craintepour soi (autrement dit, par peur de subir le même sort) que par sympathie.

Admettons toutefois que les hommesaient une certaine propension à la sociabilité.

Il n'en demeure pas moins que c'est d'abord leur bien-être et laconservation d'eux-mêmes qu'ils recherchent.

De ce fait, ils veulent tout diriger dans leur sens et cherchent àéchapper aux contraintes de la vie en société.

Si donc l'homme a des tendances sociables, celles-ci sontinséparables de tendances inverses, de penchants à l'insociabilité.

Et Kant, dans Idée d'une histoire universelle aupoint de vue cosmopolitique, n'hésite pas à évoquer ce qu'il appelle « l'insociable sociabilité » des hommesL'homme a une inclination à s'associer car dans un tel état, il se sent plus qu'homme par le développement de sesdispositions naturelles.

Mais il manifeste aussi un grand penchant à se détacher (s'isoler), car il trouve en mêmetemps en lui le caractère d'insociabilité qui le pousse à vouloir tout diriger à sa guise; et de ce fait, il s'attend àrencontrer des résistances de tout côté, de même qu'il se sait par lui-même enclin à résister aux autres.

»Ainsi, deux forces s'opposent en l'homme : la sociabilité qui le pousse à rechercher ses semblables et l'insociabilitéqui le porte à résister aux autres mais menace sans cesse de dissoudre la société.

Cette insociabilité résulte desinclinations sensibles et des passions égoïstes.

Si elle est moralement condamnable, elle est toutefois à l'origine dudéveloppement des dispositions de la société humaine:« C'est cette résistance qui éveille toutes les forces de l'homme, qui le porte à surmonter sa tendance à la paresse,et fait que, poussé par l'ambition, l'appétit de domination ou de possession, il se taille une place parmi sescompagnons qu'il supporte de mauvais gré, mais dont il ne peut se passer »Cette insociabilité constitue pour une société des ferments ou des germes de progrès.

Imaginons, en effet, unecommunauté ignorant les antagonismes : vivant dans une concorde, une satisfaction et un amour mutuel parfaits,les hommes, « doux comme les agneaux qu'ils font paître, ne donneraient à l'existence guère plus de valeur que n'ena leur troupeau domestique ».

Les talents resteraient à jamais enfouis en germe.

« Remercions donc, dit Kant, lanature pour cette humeur non conciliante, pour la vanité rivalisant dans l'envie, pour l'appétit insatiable depossession ou même de domination.

»Faut-il, pour autant, considérer cette insociabilité comme le dernier mot de l'histoire ? Les potentialités humaines sedéveloppant, ne peut-on pas envisager l'absence future de conflits au sein des sociétés ? La véritable destinationde l'homme n'est-elle pas la réalisation de sa nature d'être raisonnable ? L'idée que l'insociabilité disparaîtra pourlaisser place entière à la sociabilité est souhaitable et légitime.

Cette idée a un usage régulateur.

Autrement dit, ellepeut orienter dynamiquement la pensée des hommes et les amener à réaliser les actes nécessaires à sonactualisation. 1.

L'état de nature, un état de guerre. Pour Hobbes, l'état de nature est un état de guerre, qui ne cesse qu'avec lacréation d'un pouvoir commun. «Nous trouvons [...] dans la nature humaine trois principales causes dediscorde tout d'abord, la Compétition; en second lieu, la Défiance; et, entroisième lieu, la Gloire.

La première pousse les hommes à s'attaquer en vuedu Gain, la seconde en vue de la Sécurité, et la troisième en vue de laRéputation.

La Compétition fait employer la Violence pour se rendre Maître dela personne des autres, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurstroupeaux; la Défiance la fait employer pour se défendre; la Gloire pour desriens: en un mot, un sourire, une différence d'opinion, un autre signequelconque de dépréciation dirigée directement contre Soi ou indirectementcontre sa Famille, ses Amis, son Pays, sa Profession ou son Nom.Hors des États Civils, il y a perpétuellement Guerre de chacun contre chacun.Il est donc ainsi manifeste que, tant que les hommes vivent sans unePuissance commune qui les maintienne tous en crainte, ils sont dans cettecondition que l'on appelle Guerre, et qui est la guerre de chacun contrechacun.

» Hobbes, Léviathan (1651), I, Chapitre XIII. Les trois causes de la guerre. »

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