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Liberté et Contingence ?

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à chacun des degrés de l'être qu'étudient les sciences, mécanique, physique, vital, psychologique, ces lois semblent être des principes qui excluent toute contingence. Mais d'abord il y a autant de lois qu'il y a de degrés d'être, et dans ces degrés, hiérarchisés du moins parfait au plus parfait, le degré supérieur est contingent par rapport au degré inférieur... ». Par une analyse abstraite extrêmement serrée, Boutroux montre comment, lorsqu'on passe d'un étage de l'être à l'étage supérieur, on trouve un « quelque chose » de plus qui ne s'explique pas ou s'explique mal par la législation propre à l'étage inférieur. Nous ne suivrons pas le détail de cette analyse, et nous nous contenterons d'étudier la possibilité du passage de l'organisme à l'homme. a) Il importe de voir d'abord pour quelles raisons certains penseurs ont cru pouvoir réduire la conscience humaine à une modalité de l'organisme. Trois importants arguments ont été invoqués : 1. La nature humaine, étudiée dans son passé comme dans son présent, montre une série de dégradations au terme desquelles on voit mal en quoi l'homme se distinguerait de l'animal. Il semble, de ce fait, qu'il y ait continuité et non discontinuité entre nature animale et nature humaine. 2.

« unicellulaire, c'est modifier la notion même de conscience. Le terme est entendu au sens de conscience personnelle. d) On pourrait enfin, acceptant l'irréductibilité de la conscience par rapport à ses conditions organiques, affirmerqu'elle est cependant soumise à une législation interne : la psychologie n'est-elle pas une science et à ce titre, nedoit-elle pas découvrir les lois auxquelles le psychisme est soumis ? On a cru, notamment, pouvoir énoncer une loide « conservation de l'énergie psychique » analogue à la loi physique de la conservation de l'énergie. Mais : « ...plus que tous les autres êtres, la personne humaine a une existence propre, est à elle-même son monde. Plus queles autres êtres, elle peut agir, sans être forcée de faire entrer ses actes dans un système qui la dépasse. La loigénérale de la conservation de l'énergie psychique se morcelle, en quelque sorte, en une multitude de lois distinctesdont chacune est propre à chaque individu... Il y a plus : il semble que, pour un même individu, la loi se subdiviseencore et se résolve en lois de détail propres à chaque phase de la vie psychologique. La loi tend à se rapprocherdu fait. Dès lors, la conservation de l'ensemble ne détermine plus les actes de l'individu : elle en dépend. L'individu,devenu, à lui seul, tout le genre auquel supplique la loi, en est maître. Il la tourne en instrument... (Op. cit., p. 130.) En définitive, lorsqu'en montant à travers les divers étages de de l'être, on accède à l'étage supérieur, c'est-à-direau monde de l'homme, on se trouve en présence d'un être qui n'est plus intégralement déterminé, du fait même qu'ilest déterminant.Liberté et détermination selon N. Hartmann. — Le tort de toute doctrine déterministe est non pas d'affirmer que lesphénomènes sont soumis à des lois, mais de poser un monisme de la détermination : le déterminisme naturaliste setrompe en ce qu'il ramène l'homme à la nature, le déterminisme téléologique se trompe en ce qu'il ramène la nature àl'homme. Une troisième erreur consiste à nier le déterminisme en invoquant le fait du hasard : l'indéterminismeprocède d'une fausse interprétation du hasard, qui ne s'identifie pas à l'indétermination. Ce qui est contingent n'estpas indéterminé, mais en dehors du lien pensable avec telle ou telle détermination préalablement donnée : estcontingent le phénomène qui, se produisant au sein d'une législation, n'est explicable que par une autre. La libertéhumaine ne peut être fondée que par une doctrine qui rejette et l'erreur déterministe et l'erreur indéterministe, carla liberté n'est ni indétermination ni détermination par un seul type de détermination. Elle n'est justifiable que dansun monde soumis à au moins deux sortes de déterminations, entre lesquelles elle établit un rapport spécifique.Encore faut-il préciser que ces deux sortes de déterminations doivent coexister dans un même monde. a) Or il est exact que le monde est d'une « stratification ontologique » des types de déterminations : il y a un typede déterminations que l'on peut appeler mathématique, définissable rumine un système de rapports d'ensembles, degrandeurs, de mesures, au-dessous de laquelle on reconnaîtra un étage de déterminations logiques, au-dessus delaquelle on trouvera les stratifications ontologiques de la matière physique, puis du vivant, puis de la conscience, etenfin de l'esprit. On peut donc dire chaque étage de la stratification dépend de toute la série des étages inférieurs,mais non des étages supérieurs. Pour être un vivant, il faut d'abord être un corps physique, pour être un esprit ouune personne morale, il faut d'abord être doué de psychisme. En revanche, la détermina! ion supérieure n'est jamaisdéterminée par les déterminai ions inférieures, qui ne jouent vis-à-vis d'elle que le rôle de matière. Il ne suffit pas dese donner les lois de fonctionnement de la matière physique pour connaître les lois du vivant. b) On peut alors énoncer les trois lois qui permettront de comprendre la liberté : 1. La loi de la puissance : hi détermination supérieure dépend toujours de la détermination inférieure, mais l'inversen'est pas vrai ;2. La loi de la matière : la détermination inférieure est pour la détermination supérieure une pure matière ;3. La loi de la liberté : toute détermination supérieure est libre vis-à-vis des déterminations inférieures. La thèse de VI. V Hartmann est doublement intéressante : en ce que, d'abord, elle précise avec une grande subtilitéla combinaison de la liberté avec les formes de détermination; en ce qu'elle fait de la liberté non pas l'apanage del'homme seul, mais la propriété de toute forme de l'être par rapport à toute forme moins complexe. »

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